Aller au contenu principal

« Manger n’est pas un crime » : au Maghreb, le combat des non-jeûneurs continue

Comme à chaque Ramadan, des militants manifestent pour exiger la liberté de ne pas jeûner, dénonçant les agressions et les arrestations dont ils sont victimes
Terrasses de cafés à Rabat, au Maroc, vides en journée pendant le mois sacré du Ramadan (AFP)
Par

Le débat sur le droit de manger en public pour les non-jeûneurs ressurgit en ce mois de Ramadan. Des militants en Algérie, au Maroc et en Tunisie manifestent pour la liberté et réclament le droit de manger et de boire en public pendant la période de jeûne.

Les militants dénoncent aussi les agressions subies par ceux et celles qui osent transgresser cette interdiction morale, parfois punie par la loi.

Le 11 mai en Algérie, plusieurs médias locaux ont relayé l’agression d’un étudiant diabétique sur le campus universitaire d’Alger II, à Bouzaréah. Le jeune homme a été passé à tabac et grièvement blessé à l’œil. Une autre étudiante a été aussi agressée sur le même campus pour avoir mangé en public.

Selon cette vidéo relayée par des médias locaux algériens, une bagarre a éclaté entre plusieurs étudiants en désaccord au sujet de l’agression de la jeune fille.

« Les libertés individuelles et le droit à la différence dans un pays de diversité doivent être respectés en toutes circonstances. La démocratie, le vivre ensemble et la plénitude citoyenne ne peuvent pas se construire sur l’‘’unicisme’’ et l’intolérance », a rappelé la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) dans un communiqué diffusé sur sa page Facebook, qui a exprimé toute sa « solidarité avec les victimes ».

Ces agressions ont suscité aussi l’indignation sur les réseaux sociaux. Des internautes les ont qualifiées de « pratiques moyenâgeuses, à contre-courant des valeurs que porte la révolution en Algérie ».

D’autres ont manifesté leur « solidarité » avec les victimes.

Ces agressions ont poussé un collectif à exprimer son exaspération en créant une page Facebook, « Yawmiyates Fatiroune Djazairiounes » (chroniques de non-jeûneurs algériens) suivie par plus de 26 000 abonnés. Des non-jeûneurs partagent leurs expériences dans un pays musulman en réclamant plus de libertés individuelles.

Photos et bonnes adresses

Au Maroc, une campagne sous le slogan « Manger n’est pas un crime » a été lancée depuis l’an dernier, appelant à l’abolition de l’article 222 du code pénal qui punit d’un à six mois d’emprisonnement et d’une amende de 200 à 500 dirhams (de 48 à 121 euros) quiconque « notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion ».

Les militants de cette campagne ont partagé sur les réseaux sociaux des photos de repas dans les toilettes, exprimant leur souffrance d’être contraints à manger en cachette, par crainte d’être arrêtés et punis.

La sociologue et journaliste marocaine Sanaa El Aji a écrit une tribune pour dénoncer la pression exercée sur les non-jeûneurs : « On est une société qui chercher à punir le non-jeûneur pendant le Ramadan, mais qui oublie de chercher durant l’année le nécessiteux pour le nourrir », déplore-t-elle. « Il n’y a aucun texte dans le Coran ou dans la tradition prophétique qui appelle à incriminer le non-jeûneur. »

En Tunisie, les réseaux sociaux rapportent les revendications de ceux qui veulent que la possibilité de ne pas jeûner dans les lieux publics ne soit pas incriminée. Deux mouvements de la société civile, « Fater » (non-jeûneur) et « Mouch Bessif » (sans contraintes) ont été organisés par l’Association des libres penseurs (ALP).

Les militants et partisans de ces deux mouvements se communiquent des adresses, sous le hashtag #Fater, où les non-jeûneurs peuvent manger librement. Les militants manifestent aussi contre la circulaire de 1981 qui « préconise durant le mois de Ramadan la fermeture des cafés et restaurants, ainsi que l’interdiction de vente de boissons alcoolisées ».