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« Nous sommes captifs » : athlètes, artistes et journalistes iraniens sortent du rang pour dénoncer les autorités

D’éminentes personnalités du pays osent critiquer le gouvernement pour l’affaire de l’avion de ligne ukrainien abattu par un missile iranien et appellent à la démission des responsables
Kimia Alizadeh, qui a désormais quitté l’Iran, montre sa médaille à son arrivée à l’aéroport international Imam Khomeini de Téhéran en 2016 (AFP)

Après l’assassinat de Qasem Soleimaini par un drone américain il y a deux semaines, le gouvernement iranien aurait été pardonné s’il avait pensé que la sympathie des Iraniens était fermement de son côté.

Des milliers de personnes à travers le pays ont en effet participé au cortège funèbre de Soleimani, agitant des drapeaux, brandissant des portraits du chef militaire assassiné et scandant des slogans à l’unisson.

Les Iraniens étaient également unis dans leur condamnation du président américain Donald Trump, qui a notamment tweeté qu’il prendrait pour cibles les « sites culturels » iraniens en représailles à toute agression de Téhéran.

Depuis, cependant, l’Iran a admis – après plusieurs jours de déni – avoir abattu par erreur un avion de ligne ukrainien, tuant les 176 personnes à son bord. Des manifestations anti-gouvernementales ont suivi cet aveu pour demander des réponses aux dirigeants, accusés de malhonnêteté et de dissimulation.

Outre ces manifestations, le gouvernement est confronté à une vague de critiques parmi d’éminentes personnalités du pays.

Cela a commencé samedi dernier lorsque la première et unique femme médaillée olympique d’Iran a annoncé qu’elle avait quitté le pays en raison « de l’hypocrisie, des mensonges, de l’injustice et de la flagornerie » qui y régnaient.

Dans une lettre publiée sur son compte Instagram, l’athlète de taekwondo Kimia Alizadeh a déclaré : « Je fais partie des millions de femmes opprimées en Iran dont ils abusent depuis des années. »

« J’ai porté tout ce qu’ils m’ont dit de porter et répété tout ce qu’ils m’ont ordonné de répéter. Chaque phrase qu’ils ont ordonnée, je l’ai répétée. Aucun de nous n’a d’importance pour eux, nous ne sommes que des outils », a-t-elle écrit.

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با سلام آغاز کنم، با خداحافظی یا تسلیت؟ سلام مردم مظلوم ایران، خداحافظ مردم نجیب ایران، تسلیت به شما مردم همیشه داغدار ایران. شما مرا چقدر می‌شناسید؟ فقط آنطور که در مسابقات، در تلویزیون، یا در حضور مقامات دیده‌اید. اجازه دهید حالا آزادانه، هویت سانسور شده‌ام را معرفی کنم. می‌گویند کیمیا پس از این چیزی نخواهد شد. خودم از این هم فراتر می‌روم و می‌گویم قبل از این هم چیزی نبوده‌ام: «من کیمیا علیزاده، نه تاریخسازم، نه قهرمانم، نه پرچمدار کاروان ایران» من یکی از میلیون‌ها زن سرکوب شده در ایرانم که سال‌هاست هر طور خواستند بازی‌ام دادند. هر کجا خواستند بردند. هر چه گفتند پوشیدم. هر جمله‌ای دستور دادند تکرار کردم. هر زمان صلاح دیدند، مصادره‌ام کردند. مدال‌هایم را پای حجاب اجباری گذاشتند و به مدیریت و درایت خودشان نسبت دادند. من برایشان مهم نبودم. هیچکداممان برایشان مهم نیستیم، ما ابزاریم. فقط آن مدال‌های فلزی اهمیت دارد تا به هر قیمتی که خودشان نرخ گذاشتند از ما بخرند و بهره‌برداری سیاسی کنند، اما همزمان برای تحقیرت، می‌گویند: فضیلت زن این نیست که پاهایش را دراز کند! من صبح‌ها هم از خواب بیدار می‌شوم پاهایم ناخودآگاه مثل پنکه می‌چرخد و به در و دیوار می‌گیرد. آنوقت چگونه می‌توانستم مترسکی باشم که می‌خواستند از من بسازند؟ در برنامه زنده تلویزیون، سوال‌هایی پرسیدند که دقیقاً بخاطر همان سوال دعوتم کرده بودند. حالا که نیستم می‌گویند تن به ذلت داده‌ام. آقای ساعی! من آمدم تا مثل شما نباشم و در مسیری که شما پیش رفتید قدم برندارم. من در صورت تقلید بخشی از رفتارهای شما، بیش از شما می‌توانستم به ثروت و قدرت برسم. من به اینها پشت کردم. من یک انسانم و می‌خواهم بر مدار انسانیت باقی بمانم. در ذهن‌های مردسالار و زن‌ستیزتان، همیشه فکر می‌کردید کیمیا زن است و زبان ندارد! روح آزرده من در کانال‌های آلوده اقتصادی و لابی‌های تنگ سیاسی شما نمی‌گنجد. من جز تکواندو، امنیت و زندگی شاد و سالم درخواست دیگری از دنیا ندارم. مردم نازنین و داغدار ایران، من نمی‌خواستم از پله‌های ترقی که بر پایه فساد و دروغ بنا شده بالا بروم. کسی به اروپا دعوتم نکرده و در باغ سبز به رویم باز نشده. اما رنج و سختی غربت را بجان می‌خرم چون نمی‌خواستم پای سفره ریاکاری، دروغ، بی عدالتی و چاپلوسی بنشینم. این تصمیم از کسب طلای المپیک هم سخت‌تر است، اما هر کجا باشم فرزند ایران زمین باقی می‌مانم. پشت به دلگرمی شما می‌دهم و جز اعتماد شما در راه سختی که قدم گذاشته‌ام، خواسته دیگری ندارم.

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L’agence de presse officielle iranienne, ISNA, a annoncé que l’athlète avait l’intention de participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020 sous un autre drapeau.

La défection de Kimia Alizadeh a provoqué une onde de choc en Iran et a été suivie, dimanche, par les déclarations fracassantes de Taraneh Allidoosti, une actrice populaire qui a joué dans un film nominé aux Oscars. « Nous sommes captifs », a-t-elle déclaré à ses six millions de followers sur Instagram.

« J’ai combattu ce rêve pendant longtemps et je n’ai pas voulu l’accepter. Nous ne sommes pas des citoyens. Nous ne l’avons jamais été. Nous sommes captifs », a-t-elle écrit.

Le message semble avoir été supprimé ou retiré mais l’actrice l’a republié mardi. « J’ai posté ceci il y a trois jours et j’ai réalisé que ce n’était plus là il y a quelques minutes. Je le poste à nouveau », a-t-elle déclaré.

Taraneh Allidoosti n’est pas la seule star du monde culturel à prendre la parole ouvertement. Plusieurs cinéastes, artistes et musiciens ont annoncé qu’ils boycotteraient le festival annuel de cinéma, théâtre et musique parrainé par l’État iranien, Fajr, en raison de la manière dont a été traité l’incident de l’avion abattu.

Traduction : « Davantage de réactions négatives contre l’Iran. D’éminents réalisateurs iraniens retirent leurs films du festival du film de Fajr pour protester contre l’avion abattu et en solidarité avec les victimes. Des artistes et graphistes retirent également leurs œuvres du festival d’art. »

Parmi ces artistes figureraient le célèbre chanteur Alireza Assar, le réalisateur Masoud Kimiai et les actrices Fatemah Motamed-Aria et Mahtab Keramati.

Un groupe de dessinateurs qui se sont également retirés de l’événement a écrit un long post sur Instagram, demandant des éclaircissements sur la « véritable cause » de la catastrophe et des « démissions et procès » pour tous les responsables.

S’ajoutant à ces défections et critiques, plusieurs journalistes ont démissionné de la chaîne de télévision publique iranienne IRIB pour avoir participé à la dissimulation du crash.

Tandis que la présentatrice Zahra Khatami a promis de « ne jamais revenir à la télévision », sa collègue Saba Rad a annoncé : « Après 21 ans de travail à la radio et à la télévision, je ne peux pas continuer mon travail dans les médias. Je ne peux pas. »

Gelare Jabbari, qui a quitté son poste d’animatrice à la télévision d’État il y a quelque temps, a pour sa part demandé pardon « pour les treize années durant lesquelles [elle a] dit des mensonges [au public] ».

Plusieurs agences de presse et journaux iraniens ont par ailleurs été contraints de s’excuser après avoir accordé une vase couverture médiatique aux démentis des autorités, qui ont initialement nié que l’avion ukrainien avait été touché par un missile iranien.

Dans une déclaration accablante, l’Association des journalistes, basée à Téhéran, a déclaré : « Nous organisons des funérailles pour la confiance du public. Les premiers cercueils comprennent les dépouilles des médias officiels... puis celles d’autres journaux et sites web ».

Traduit de l’anglais (original).