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« Pour nous, c’est comme revoir le Christ » : les chrétiens du Maroc se préparent pour la venue du pape François 

Après les Émirats arabes unis, le pape poursuit ses visites en terre d’islam, ce week-end au Maroc, à l’invitation de Mohammed VI pour développer le dialogue inter-religieux 
Durant une messe à l’église Notre-Dame-de-Lourdes à Casablanca (MEE/Louis Witter)
Par
CASABLANCA, Maroc

Après deux heures d’une longue messe de carême, les marches blanches de l’église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca se remplissent de dizaines de fidèles. Ces derniers dimanches avant la venue au Maroc du pape François ont été rythmés par l’organisation des célébrations. 

Trente-quatre ans après la visite de l’un de ses prédécesseurs, Jean-Paul II, c’est l’occasion pour les chrétiens du pays de se rassembler et de vivre des moments de prières ensemble à Rabat.

Samedi 30 et dimanche 31 mars, le souverain pontife rencontrera d’abord le roi du Maroc, Mohammed VI, qui l’accueillera à l’aéroport de Rabat. Ils se rendront ensuite au Palais royal où ils y échangeront en privé puis plus tard dans l’après-midi, ils feront un discours depuis l’esplanade de la tour Hassan. 

« Renforcer le dialogue entre musulmans et chrétiens »

C’est le dimanche que la grande messe organisée par le diocèse, très attendue par les croyants du Maroc, se tiendra à Rabat. Le Maroc compte 30 000 à 35 000 catholiques, dix fois moins qu’avant son indépendance, en 1956.

Il y avait 200 églises à l’époque de la colonisation française et espagnole, il en reste aujourd’hui 44. Les églises ont été sauvées de l’abandon par l’affluence des migrants subsahariens, arrivés en deux vagues : les étudiants dans les années 1990, attirés par le système de bourses universitaires, et les migrants depuis une dizaine d'années, portés par leurs rêves d'eldorado européen.

« Nous valorisons plus ce qui nous unit que ce qui nous divise »

- L'archevêque de Rabat

« C’est un grand, grand événement », confie Emiliano, 28 ans. Originaire de Guinée-Bissau, il est arrivé à Casablanca il y a huit mois pour y suivre des études. 

Le dimanche après-midi, de nombreux étudiants étrangers viennent réviser et travailler leurs cours dans une salle adjacente à l’église. 

« C’est un pape humaniste, il me rappelle Jean-Paul II dans son approche », continue Thérèse, arrivée du Sénégal pour étudier le droit il y a deux mois. « Pour nous, chrétiens, voir le Pape et partager des instants de prière avec lui c’est comme revoir le Christ, son témoignage », poursuit-elle. « Et le fait qu’il vienne au Maroc peut renforcer le dialogue entre musulmans et chrétiens ».

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À Rabat, le Pape visitera, en compagnie du roi, l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams. Il y rencontrera également des élèves de l’Institut al-Mowafaqa, établissement qui promeut le dialogue interreligieux, thème de cette visite à l’invitation de Mohammed VI, commandeur des croyants. 

Au terme de la Constitution marocaine, l’« islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes » mais le code pénal punit le « prosélytisme » de six mois à trois ans de prison. 

Pour l'archevêque de Rabat, cette visite est une « occasion unique » de montrer « que nous valorisons plus ce qui nous unit que ce qui nous divise ».

Depuis son arrivée au Vatican, le pape François multiplie les rencontres en terres d’islam et sa visite au Maroc suit de quelques semaines seulement sa visite dans la capitale des Émirats arabes unis (EAU), Abou Dabi.

Le Pape finira sa journée par une visite, seul, à Caritas. Un spectacle lui sera présenté par des enfants et il rencontrera des exilé(e)s, dans la continuité de ses messages de solidarité envers les personnes qui fuient leurs pays.

« Une vraie joie »

Dans la petite cour à la sortie de l’église, deux panneaux en bois sont installés. Les noms des responsables de groupes pour la venue du Pape y sont affichés. Dimanche prochain, pour la grande messe qui se déroulera en début d’après-midi au stade Moulay-Abdallah de Rabat, une dizaine de bus sont affrétés depuis Casablanca, capitale économique du Maroc où résident plusieurs milliers de chrétiens.

Pour Édouard, 39 ans, « la visite du Pape est une vraie joie ». En 1992, il avait assisté à la visite du Pape Jean-Paul II au Sénégal. Alors quand il a appris que le Saint-Père actuel venait au Maroc, il n’a pas hésité un instant. « Je serai là quand il viendra, pour la messe sans aucun doute. »