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Des robes de luxe critiquées pour « appropriation culturelle » de designs nord-africains

Tory Burch et Harvey Nichols sont vilipendés car ils vendent des vêtements brodés traditionnels à des prix élevés sans référence à leurs racines maghrébines
Cette robe ressemble énormément aux robes décontractées portées par les femmes en Afrique du Nord pendant l’été (harveynichols.com)

Un grand magasin de luxe britannique et une marque américaine sont devenus les dernières cibles d’allégations d’appropriation culturelle après avoir présenté des robes auxquelles on reproche d’imiter les vêtements traditionnels d’Afrique du Nord.

Ces robes, conçues par Tory Burch et présentes sur le site web de l’enseigne Harvey Nichols, basée à Londres, sont décrites comme des tuniques brodées « inspirées du folklore » et affichées à 625 livres sterling (715 euros).

En l’absence d’autres références aux robes traditionnelles portées par les femmes en Afrique du Nord auxquelles elles ressemblent énormément, ou à la broderie qu’on trouve fréquemment au Maroc en particulier, une vague de critiques a déferlé sur internet.

Le coût de la robe a également attiré l’attention, surtout lorsqu’on le compare à celui des robes qu’on trouve en Afrique du Nord, qui se vendent beaucoup moins cher.

https://twitter.com/Rbabe_/status/1252579026083946497?s=20

Traduction : « Les blancs encore en train de voler la culture. »

« Je vois beaucoup de gens [comprendre des « whypipo »] délirer. Je suis désolée mais si vous prenez des vêtements culturels sans mentionner la culture et que vous les vendez à ce prix, c’est considéré comme du vol. Tory Burch a volé les designs créés par mon peuple et vendus 5 euros et elle les vend 400 euros. »

https://twitter.com/anti_yous/status/1252267448604209152?s=20 

Traduction : « Je suis même pas en colère. Laissez-les payer 500 € une robe qui en vaut 5. »

Traduction : « Le prix ne reflète pas seulement le design ou le motif. Le tissu (sa provenance, la façon dont il a été fabriqué) vaut bien plus. Mais je suis d’accord, c’est très cher (mais comme beaucoup d’autres marques). Lorsque vous achetez du luxe, vous payez la marque plus que le produit. »

https://twitter.com/cheetopuff5000/status/1252059398115131392?s=20 

Traduction : « Je suis une ambassadrice Tory Burch, envoyez-moi un message privé si vous voulez ma robe ou quelque chose de similaire. »

Selon son site internet, Harvey Nichols défend la mode durable, en utilisant principalement des matériaux durables et des processus de fabrication à faible impact pour minimiser les effets nocifs sur l’environnement. 

Le grand magasin indique également qu’il tente de présenter des marques de mode éthiques qui traitent convenablement les ouvriers et utilisent des matériaux biologiques. Ces pratiques expliqueraient en partie le prix plus élevé des robes par rapport à celles vendues en Afrique du Nord.

Ce n’est pas la première fois que Tory Burch est accusée d’appropriation culturelle. En 2017, la marque a été attaquée à cause de la campagne pour sa collection été qui utilisait une chanson de deux artistes noirs sans toutefois faire figurer des mannequins de couleur dans son clip promotionnel.

S’exprimant dans une interview en 2014, Burch, dont la société est évaluée à plus de 3,5 milliards de dollars, se disait « inspirée par des femmes de nombreuses cultures » et qu’elle faisait écho à « d’autres endroits à travers le monde car il s’agit avant tout des femmes qui nous inspirent et de toutes les cultures ».

Middle East Eye a sollicité les réactions de Tory Burch et Harvey Nichols mais n’avait pas obtenu de réponse au moment de la publication.

« Blanchiment »

Ces dernières années, les créateurs ont été accusés un certain nombre de fois de « blanchir » les designs culturels et de survendre des articles facilement accessibles aux clients du luxe.

En 2017, le distributeur britannique Topshop s’était retrouvée sous le feu des critiques sur les réseaux sociaux pour avoir commercialisé un combishort s’appropriant le motif du keffieh palestinien, symbole national rendu célèbre dans les années 1960 par le dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine de l’époque, Yasser Arafat.

Traduction : « Préparez-vous pour un festival en vous appropriant un symbole de résistance à l’ethnocide du peuple palestinien ! Tellement chic ! Merci @Topshop ! »

De la même manière, l’année dernière, la marque de luxe Cecilie Copenhagen a été prise à partie pour avoir utilisé l’imprimé keffieh dans le cadre de sa collection automne-hiver. Les vêtements coutaient de 84 livres (95 euros) à plus de 230 livres (265 euros).

Les distributeurs Urban Outfitters, Boohoo et Asos ont également été attaqués pour la vente de vêtements à imprimé keffieh, accusés de diluer son usage par les activistes dans le chic de la mode.

La première collection de la marque israélienne Dodo Bar Or’s présente l’imprimé sur des combinaisons et des blouses, lequel est populaire chez les influenceuses d’Instagram.

Ces questions d’appropriation culturelle ont aussi concerné le détaillant de vêtements espagnol Zara. Ses lignes de vêtements ont été conspuées parce qu’il ne reconnaissait pas l’héritage ou la signification culturelle des styles vendus dans ses boutiques.

Parmi les produits vendus figurent des chaussures de style marocain, des robes aux designs afghans traditionnels, des jupes qui ressemble à des habits d’Asie du Sud et des vêtements d’inspiration somalienne.

Traduction : « @ZARA mise sur notre vêtement traditionnel somalien sheed/baati, où est la référence ? – pour 39,99 livres sterling, je peux en avoir une pour vous, votre mère et votre grand-mère. Un peu de respect @ZARA #remplacezparbaati »

Si certains créateurs ont été salués pour l’inclusion et la représentativité, les critiques pour opportunisme ne sont jamais bien loin. Les tentatives de Nike, visant à l’inclusion par le sport, de fabriquer spécifiquement des tenues pour les athlètes musulmanes ont tourné court après la vente de sa version du burkini pour près de 500 livres sterling. 

https://twitter.com/amberjian_/status/1225869889019285504?s=20 

Traduction : « Nike facture 600 dollars ce burkini. Ça doit être un crack »

https://twitter.com/aa1everything_/status/1204924026721832960?s=20

Traduction : « Les musulmanes s’excitent à propos des maillots de bain Nike alors que des sœurs fabriquent légitimement des burkinis depuis des années ! Impossible qu’il ait fallu que cette grande marque crée un maillot de bain pour que vous toutes vous sentiez inclues ! Sérieux, soutenez les petites entreprises, de toute façon c’est de là que certains tirent leurs idées ! »

Traduction : « Bien évidemment. Il a fallu cinq ans à Aheda Zanetti, la designer du premier burkini, pour tester son tissu. Elle l’a fait au début des années 2000. Son produit est bien mieux et coûte bien moins de 200 dollars. Ce que Nike a fait n’est pas révolutionnaire. Ils ont imité des produits existants. »

En 2019, les consommateurs musulmans ont dépensé 484 milliards de dollars en vêtements et chaussures, ce qu’avait anticipé Dolce et Gabbana, qui a dévoilé une collection d’abayas et de hijabs, laquelle a été accueillie par des réactions mitigées. 

De nombreuses marques de créateurs tels que des DKNY, Oscar de la Renta, Tommy Hilfiger, Mango et Monique Lhuillier ont réalisé des collections souvent vendues aux alentours du Ramadan pour miser sur cette occasion chargée qui sera cette année bien restreinte.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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