Aller au contenu principal

Les réseaux sociaux s’enflamment pour une internaute tunisienne poursuivie pour une parodie du Coran

Une étudiante tunisienne a partagé sur sa page Facebook une parodie du Coran qui évoque la pandémie de COVID-19. La justice tunisienne la poursuit pour « atteinte au sacré et aux bonnes mœurs et incitation à la violence »
L’étudiante est poursuivie en vertu de l’article 6 de la Constitution qui stipule que « l’État protège la religion » (AFP)
L’étudiante est poursuivie en vertu de l’article 6 de la Constitution qui stipule que « l’État protège la religion » (AFP)
Par

 « Misère ». « Honte ». « Régression ». Mercredi 6 mai, les témoignages de solidarité pour Emna Charki se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Cette étudiante tunisienne de 26 ans avait partagé le 4 mai sur sa page Facebook une parodie du Coran intitulée « sourate corona », qui parle de la pandémie de COVID-19 en imitant le style du texte sacré. 

Mercredi, la justice tunisienne a décidé de la poursuivre pour « atteinte au sacré et aux bonnes mœurs et incitation à la violence ». Elle avait partagé sur les réseaux sociaux une parodie du Coran, a indiqué à l’AFP son avocate Inès Trabelsi.

« Il n’y a pas de différence entre rois et esclaves, suivez la science et laissez les traditions », peut-on lire dans le texte à la conclusion ironique publié par la jeune fille, qui ajoute : « ainsi parle le grand Jilou », un nom de divinité inventé.  

Le parquet a ouvert une enquête et elle a été convoquée le 5 mai au poste de police à la Kasbah à Tunis, a indiqué son avocate .

Mercredi, elle a été entendue par un procureur général du tribunal de première instance de la capitale qui a décidé de la poursuivre pour « atteinte au sacré », « atteinte aux bonnes mœurs et incitation à la violence », a ajouté l’avocate, précisant que l’internaute était actuellement libre.

Selon Me Trabelsi, l’étudiante est poursuivie en vertu de l’article 6 de la Constitution qui stipule que « l’État protège la religion ». 

Selon la loi fondamentale votée en 2014, fruit d’un compromis historique, l’État « garantit la liberté de croyance, de conscience » tout en s’engageant à « protéger le sacré et empêcher qu’on y porte atteinte ».

Le 28 mai, elle doit comparaître devant la Cour correctionnelle du tribunal de première instance, a ajouté l’avocate.

Sur les réseaux sociaux, certains internautes ont dénoncé une publication « provocatrice » et « irrespectueuse » et approuvé les poursuites judiciaires, tandis que d’autres les ont déploré, les qualifiant d’atteinte à la liberté d’expression.

Des représentants de la société civile ont exprimé mardi leur crainte que cette affaire cache l’intention des autorités de faire « taire les gens ».

« La convocation par la police d’une citoyenne tunisienne, pour un texte qui utilise le style du Coran, fait vraiment rire mais c’est un rire qui fait pleurer », a réagi l’islamologue Olfa Youssef. « On n’est quand même pas aujourd’hui en train d’activer des lois pour faire taire les bouches ? », s’est-elle inquiétée.

Dans un communiqué, l’Observatoire national pour la défense du caractère civil de l’État a « exprimé son vif étonnement de l’ampleur prise par cette affaire et appelé à respecter la liberté d’expression ».

Néji Bghouri, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) est allé plus loin en qualifiant cette garde à vue de « scandale d’État » ajoutant au passage que cette affaire est un signe dangereux du retour de la politique de la répression et que le gouvernement de Fakhfakh [le Premier ministre] reste soumis au Conseil de la Choura d’Ennahdha ».