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Algérie : le FLN appelle Bouteflika à briguer un cinquième mandat

Vantant un bilan « à 90 % positif », le FLN, parti au pouvoir, a appelé le président algérien à se présenter à nouveau à l’élection présidentielle de 2019
Abdelaziz Bouteflika est à la tête de l'État depuis avril 1999 (AFP)
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ALGER – « Au nom de tous les militants du parti du FLN, au nombre de 700 000, et au nom de ses partisans et ses sympathisants, je m'engage en tant que secrétaire général, à transmettre au président de la République les souhaits et le désir des militants de le voir poursuivre son œuvre, en tant que président de la République ». 

Samedi 8 avril, le secrétaire général du FLN (Front de libération nationale, parti au pouvoir), Djamel Ould Abbès, a annoncé l’appel de son parti à un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika. 

Devant sa télé, Souhila, 55 ans, femme au foyer, qui a toujours voté, comme le reste de sa famille, pour reconduire le président Bouteflika, estime qu’un cinquième mandat « serait le mandat de trop ». « Il a 81 ans, il est malade, fatigué, pourquoi on ne le laisse pas se reposer ? », demande-t-elle. 

À LIRE : Algérie : la présidentielle de 2019 entre les mains de… Dieu ! 

Djamel Ould Abbès, s’exprimant devant la presse à Alger en compagnie de ministres et d’un membre du cabinet du chef de l’État, a tenu à préciser : « le dernier mot revient au président qui, nous espérons, accèdera à la demande du peuple ». 

Le FLN a mis en place une « commission » chargée d’établir le bilan « à 90 % positif » des quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika depuis avril 1999. Pour rappel, en 1999, le « candidat du consensus » de l’époque, Bouteflika, avait refusé de se porter candidat sous les couleurs de son propre parti, le FLN, ex-parti unique. 

« La sortie précipitée d’hier est intrigante »

- Un cadre du FLN

« Pour le parti, les réalisations enregistrées constituent une motivation supplémentaire pour apporter au président Bouteflika un soutien fort, afin de poursuivre et parachever son programme de développement et de réformes, base solide pour l'application de la nouvelle feuille de route 2020-2030 », lit-on dans le communiqué de la commission constituée de six ministres FLN (dont le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel), de membres du bureau politique du parti, de députés et d’un conseiller de la Présidence de la république, Mohamed Benamar Zerhouni. 

Le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, également cadre du FLN, prend la parole pour défendre le bilan du président Bouteflika lors de la réunion du parti samedi 8 avril 2018

« La sortie précipitée d’hier est intrigante », commente un cadre du FLN contacté par Middle East Eye. D’un côté, Ould Abbès nous a interdit d’évoquer la question du cinquième mandat [en février dernier], a envoyé en commission de discipline des députés et des cadres du partis qui voulaient créer un comité de soutien à la candidature du président, et de l’autre, il convoque médias, ministres et cadres pour leur annoncer, un an à l’avance, l’option du cinquième mandat ». 

« Installer la résignation »

Mais pour l’éditorialiste Abed Charef une telle sortie, précoce, « a l’avantage d’installer la résignation et de neutraliser toute initiative collective indépendante ». 

« Le clan présidentiel est dans l’impasse », analyse pourMEE l’opposant Soufiane Djilali, président du parti Jil Jadid (Nouvelle génération). « À défaut de trouver un consensus sur la succession et pour éviter toute tension à l’intérieur du système, le clan préfère le statu quo, c’est-à-dire maintenir Bouteflika au pouvoir ». 

« Une candidature infondée au plan démocratique, injustifiée au vu du bilan de gestion du président, et aberrante au regard de son état de santé »

- Mustapha Hammouche, éditorialiste

De son côté, l’éditorialiste du quotidien privé Liberté, Mustapha Hammouche, résume cette candidature en une seule formule : « une candidature infondée au plan démocratique, injustifiée au vu du bilan de gestion du président, et aberrante au regard de son état de santé ». 

Dans l’un de ses récents messages écrits, en mars derniers, le chef de l’État avait déclaré : « La scène politique doit connaître une diversité, une confrontation de programmes et une course pour le pouvoir ». 

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« Toutes ces contradictions entre vœux et réalités politiques du pouvoir rendent la population désemparée, alors elle cesse de croire en la politique », commente ce cadre dissident du FLN. « En dehors de la clientèle classique du système, les Algériens ne voteront pas pour un homme malade et absent de la scène publique depuis 2012 », conclut Soufiane Djilali. « Dans cette situation-là, nous ne sommes plus dans la sphère du politique ».