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Bahreïn libère la militante Zainab al-Khawaja et son fils

Sa libération intervient seulement un jour après le verdict à l’encontre du chef de l'opposition qui a vu passer sa peine de quatre à neuf mois de prison
Zainab al-Khawaja a été libérée de prison à Bahreïn, où elle avait été détenue avec son jeune fils

Les autorités bahreïnies ont libéré une militante des droits de l'homme détenue avec son bébé depuis mars, a indiqué sa famille à Middle East Eye.

Zainab al-Khawaja, 32 ans, purgeait une peine d'emprisonnement de trois ans et un mois pour de multiples condamnations, l'une étant d'avoir par deux fois déchiré une photo du roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al Khalifa.

La famille a dit avoir été convoquée par les autorités après avoir vu des articles publiés par l'agence d’information officielle de Bahreïn indiquant que Zainab avait été libérée.

Cette libération intervient à la suite d'une semaine de publication d’articles sur les violations des droits de l'homme à Bahreïn. D’après les informations deMEE, les poursuites à l’encontre de Zainab al-Khawaja n’ont pas encore été abandonnées et elle risque d’être à nouveau incarcérée.

Lors d’une interview avec MEE, sa sœur Maryam al-Khawaja, co-directrice du Gulf Center for Human Rights (Centre du Golfe pour les droits humains), a déclaré : « Ce matin, son mari a reçu un appel téléphonique l’informant qu’elle allait être libérée et lui demandant de venir la chercher à sa sortie ».

Elle a ajouté : « Nous sommes évidemment ravis, mais le plus important, ce qui doit surtout changer à Bahreïn, c’est le système même qui a permis sa mise en détention. Elle a certes été libérée, mais nous n’avons aucune garantie : elle peut tout aussi bien être de nouveau arrêtée  dans quelques semaines ou quelques mois. »

Dans une déclaration fournie à l'Agence d’informations nationale de Bahreïn, la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn – organisme chargé d’examiner les décisions judiciaires – a déclaré avoir recommandé la libération de Zainab al-Khawaja et de son fils, après examen de son cas sollicité par l’accusation.

Elle était détenue avec son fils de 17 mois, Abdulhadi. Ayant eu la grippe au début du mois, Zainab al-Khawaja avait demandé que son fils soit libéré et confié à son père, mais les autorités avaient dans un premier temps rejeté sa requête.

Zainab al-Khawaja a langui en prison jusqu'à mardi, malgré la promesse du ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid ben Ahmad al-Khalifa, qu'elle serait libérée le 7 avril, promesse formulée lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d'État américain John Kerry.

Plus d'un mois plus tard, le 9 mai, le ministère des Affaires étrangères a déclaré que la militante serait libérée pour raisons humanitaires, parce qu’elle était mère.

Zainab al-Khawaja est issue d'une famille de militants. Son père Abdulhadi al-Khawaja purge une peine à perpétuité pour son rôle présumé dans le soulèvement de 2011, qui avait d’abord réclamé des réformes démocratiques, et exigé ensuite la chute de la monarchie.

Les autorités bahreïnies affirment avoir, au cours des cinq dernières années et aidées par la Grande Bretagne, entrepris un processus de réforme impliquant une refonte des secteurs de la sécurité et de la Justice.

Or, les militants ont fait valoir que la situation ne fait qu’empirer, et qu’un nombre croissant de Bahreïnis se retrouvent en prison et soumis à la torture.

La libération de Zainab al-Khawaja intervient seulement un jour après le verdict rendu par une cour d'appel de Bahreïn à l’encontre du chef de l'opposition, Sheikh Ali Salman, qui a vu passer sa peine de quatre à neuf mois de prison. La cour d'appel l’a reconnu coupable de « tentative de renversement du régime ». Ebrahim Sharif, ancien chef de la société politique laïque Waad, a également comparu mardi pour faire appel d'une peine d'un an pour des chefs d’accusation relatifs à la liberté d'expression. L’affaire a été reporté.

L'annonce de l’imminence de la libération de Zainab al-Khawaja a été publiée quelques heures seulement après la visite à Bahreïn du ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, qui avait salué « l'engagement du pays à poursuivre ses réformes ».

Cependant, Maryam al-Khawaja a suggéré que le gouvernement à Manama l’aurait libérée afin de « contrôler les pressions » qu’il subit de la part de la communauté internationale quant aux violations des droits de l'homme.

« Ce n’est pas la première fois que le gouvernement joue sur des affaires très médiatisées pour essayer de faire retomber les pressions exercées par la communauté internationale. Il est parfaitement logique pour lui de libérer Zainab juste après avoir alourdi la peine de Sheikh Salman. »

Quelques heures à peine avant les premiers signes d’une libération imminente de Zainab al-Khawaja, la cour d'appel à Bahreïn aurait confirmé la peine de mort contre trois hommes accusés d'avoir tué un agent de police en 2014, en dépit de certaines inquiétudes formulées par Amnesty International : ils n’auraient pas bénéficié d’un procès équitable, ce qui s’ajoute aux allégations de torture signalées au Rapporteur des Nations Unies à la torture.

Le groupe de campagne de l'Institut de Bahreïn pour les droits de l'homme et la démocratie (Bahrain Institute for Rights and Democracy, BIRD) a également déclaré avoir des preuves que 23 hommes avaient été déchus de leur citoyenneté ces deux derniers jours. Bahreïn a déclaré que ces hommes ont été reconnus coupables de « terrorisme ».

Sayed Ahmed Alwadei, directeur des services d'assistance judiciaire pour la BIRD, a déclaré : « Il faut dire les choses comme elles sont : la libération de Zainab al-Khawaja est un coup de communication orchestré par Bahreïn.  Pour commencer, elle n’aurait jamais dû faire de la prison et, au cours des dernières vingt-quatre heures, les tribunaux bahreïnis ont alourdi de quatre à neuf ans la peine de prison d'un chef de l'opposition ; rendu apatrides plus de vingt personnes ; et confirmé les condamnations à mort de victimes de la torture. »

Au début du mois, Zainab al-Khawaja a fait sortir clandestinement de prison une lettre ouverte décrivant sa détresse, où elle affirmait : « Ma cause est la cause de mon peuple. Si rien ne change pour le peuple de Bahreïn, que je sois libérée ou que je reste en prison n’a guère d’importance. »

Traduit de l'anglais (original) par Dominique Macabies.