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Blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme : l’UE pointe l’Arabie saoudite 

Une liste des nouveaux pays à « haut risque » doit recevoir le feu vert du Parlement européen et des pays membres. Mais Paris et Londres ont émis des réserves
Le roi d’Arabie saoudite Salmane ben Abdelaziz et le prince héritier Mohammed ben Salmane en décembre 2017 (AFP)
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La Commission européenne a proposé mercredi d’ajouter sept nouveaux pays, dont l’Arabie saoudite, à la liste établie par l’Union européenne (UE) des pays tiers ne luttant pas assez contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, ont indiqué plusieurs agences d’information.

Cette initiative de l’exécutif européen, qui survient dans un contexte de tensions diplomatiques avec Riyad, doit encore recevoir le feu vert du Parlement européen et des pays membres, dont certains comme la France et le Royaume-Uni ont exprimé des réserves.

Si les nouveaux pays à « haut risque » proposés par la Commission sont approuvés, avec notamment l’Arabie saoudite et Panama, la « liste noire » de l’UE en compterait désormais 23. L’Iran, l’Irak, le Pakistan ou encore l’Éthiopie et la Corée du Nord y figuraient déjà.

Vera Jourova, commissaire européenne en charge des questions de justice (AFP)

Le fait de se retrouver sur cette liste ne déclenche pas de sanctions, mais oblige les banques européennes à appliquer des contrôles renforcés sur les opérations financières impliquant des clients ou des établissements financiers dans ces pays.

Traquer les « déficiences stratégie »

« Nous avons mis en place les normes les plus strictes au monde en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux », a fait valoir la commissaire européenne en charge des questions de justice, Vera Jourova. 

« Mais nous devons veiller à ce que l’argent sale provenant d’autres pays ne se retrouve pas dans notre système financier », a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse au Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg.

Le gouvernement saoudien et ses alliés, y compris les États-unis, ont également fait pression sur Bruxelles pour retirer Riyad de la liste

C’est en cas de « déficiences stratégiques dans les systèmes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement de régimes terroristes posant une menace significative pour le système financier de l’UE que des pays peuvent se retrouver sur cette liste noire », est-il mentionné sur la liste actuelle européenne, précise Reuters. 

« L’argent sale est le moteur de la criminalité organisée et du terrorisme », a poursuivi Vera Jourova, exhortant les pays sur la liste « à remédier rapidement à leurs carences ».

La décision de Bruxelles d’inclure Riyad sur cette liste a provoqué une querelle entre la commission et les grands États membres de l’UE, a révélé le quotidien économique britannique Financial Times

Le gouvernement saoudien et ses alliés, y compris les États-unis, ont également fait pression sur Bruxelles pour retirer Riyad de la liste, ajoute le même journal. La France a noté que si l’identification des pays incriminée était un exercice « technique », elle était aussi « très politique ».

Des soupçons, des enquêtes et des silences

Pour le quotidien économique français Les Échos« il s’agit d’un revers pour l’Arabie saoudite qui peine à redorer son image à l’international déjà écornée par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi ». 

« Le revers est d’autant plus important que le prince héritier Mohammed ben Salmane cherche à attirer les investisseurs étrangers pour financer la diversification de son économie », rappelle le même journal de référence en rappelant que MBS devrait annoncer des investissements à hauteur de 425 milliards de dollars. 

Le 30 novembre 2017, le président français Emmanuel Macron a révélé que le prince héritier saoudien lui avait promis de cesser le financement de mouvements et de fondations extrémistes listés par Paris. « [Mohammed ben Salmane] ne l’a jamais fait publiquement, mais quand je me suis rendu à Riyad, [il] s’est engagé à ce que nous puissions lui fournir une liste et qu’il cesse les financements », avait déclaré le chef de l’État une interview à France 24 et RFI. « Je le crois, mais je vais le vérifier. La confiance se crée par les résultats  », avait-il ajouté.

En Grande-Bretagne, une enquête du ministère de l’Intérieur concernant le financement des groupes extrémistes islamistes sur le sol britannique pourrait incriminer l’Arabie saoudite, avait souligné le journal français La Tribune, qui précisait que les résultats de ces investigations, lancées par le gouvernement de David Cameron débit 2016, pouvaient ne pas être rendus publics.