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Cinéma : censure en Iran, violences contre les femmes et occupation

Trois films très différents sortent en France au mois d’octobre pour parler à leur manière du quotidien en Iran, en Tunisie et en Cisjordanie
Scène de « Téhéran Tabou » d’Ali Soozandeh (ARP Sélection)
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La Belle et la meute, une histoire vraie

Présenté lors de la sélection « Un certain regard » au festival de Cannes, le second métrage de Kaouther Ben Hania, qui a remporté le Grand prix cinéma du magazine Elle, sort sur les écrans le 18 octobre.  

En exploitant les codes du thriller et du film d’horreur, La Belle et la meute raconte en neuf plans-séquences l’histoire vraie d’une jeune femme Myriam, violée par des policiers en 2013 à Tunis, puis obligée de chercher un hôpital voulant bien attester du viol. Le calvaire de la jeune femme a continué lorsqu’elle a ensuite porté plainte mais s’est retrouvée convoquée chez le juge en tant que « coupable » en raison de sa tenue légère au moment des faits, et du fait qu’elle se trouvait avec son petit ami lors de l'arrestation.

« Je voulais faire un film qui évoque la tension, d’où la volonté de réaliser l’action autour de la nuit qui suit le viol de la jeune femme. Je voulais montrer un personnage naïf et ordinaire qui face à une situation traumatisante, trouve la force d'aller jusqu’à porter plainte », avait expliqué la réalisatrice à Middle East Eye en avril dernier.

Le film a été salué par les premières critiques, notamment Télérama, qui écrit : « Thriller féministe étonnant, La Belle et la meute est, avant tout, la chronique haletante de la naissance d’une conscience politique ».

Téhéran Tabou, un pied de nez à la censure

À en croire les critiques, ceux qui ont aimé Valse avec Bachir pourraient apprécier « Téhéran Tabou ».

« Téhéran : une société schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption et la prostitution coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous » : voilà comment est présenté ce film d’animation filmé en rotoscopie pour contourner les interdictions de tournage en Iran.

« Durant cette phase, le travail se fait en studio avec une équipe de tournage normale. Puis, il faut créer des images provisoires pour les arrière-plans », explique le réalisateur Ali Soozandeh. « Une fois le montage terminé, on passe à l’animation. On crée les arrière-plans définitifs c’est à dire, une combinaison d’éléments 3D et de dessins, puis les personnages, dessinés séparément. Enfin, on combine tous ces éléments pour composer l’image finale. Pour ce film, ce travail a duré treize mois avec une équipe de plus de 40 artistes. »

VSD parle d’un film « poignant, poétique, choquant » en précisant que depuis Valse avec Bachir, « on n’avait jamais vu ça ». Le Monde qui nuance, « le film n’échappe pas toujours à sa nature d’exposé et ses personnages sensmblent surtout disposés à relayer un catalogue de problèmes sociaux », reconnaît aux situations mises en scène « un caractère inédit et explosif » qui lui confèrent un témoignage captivant.

Le film est en salles depuis le 4 octobre.

 

À l’ouest du Jourdain : le retour d’Amos Gitaï

Il y a 35 ans, le réalisateur israélien Amos Gitaï tournait Journal de campagne dans les territoires occupés, au moment de l’invasion du Liban, filmant au jour le jour le malaise des soldats israéliens, leur refus d’être filmés, l’état d’esprit des colons et des Palestiniens.

Il y revient avec À l’ouest du Jourdain, en salles à partir du 11 octobre, en choisissant de tourner en Cisjordanie pour montrer « les efforts citoyens israéliens et palestiniens pour tenter de dépasser les conséquences d’une occupation qui dure depuis 50 ans. »

Le réalisateur raconte avoir éprouvé à l’époque de Journal de campagne la même sensation : « Les points de conflits ne cessaient de s’étendre en raison de la politique mise en œuvre par le gouvernement israélien sans en mesurer les conséquences. La situation actuelle est dans une impasse totale. Le gouvernement israélien actuellement au pouvoir est très réactionnaire. Il intervient dans tous les domaines, y compris la justice, la culture et l’éducation, pour limiter la liberté d’expression et faire circuler les propos racistes ».

Sélectionné au festival international du film de Vancouver (Canada) et à la Quinzaine des réalisateurs (France), le documentaire a obtenu le prix Illy du court-métrage à Genoa City.