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« Dernier clou dans le cercueil de la réforme » : Bahreïn dissout un groupe d’opposition

Le groupe d’opposition chiite al-Wefaq a été dissout après avoir été accusé de « nourrir le terrorisme » dans le royaume de Bahreïn, gouverné par les sunnites
Un Bahreïni tient un portrait du cheikh Ali Salman, chef du mouvement d’opposition al-Wefaq (AFP)
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Une cour d’appel de Bahreïn a confirmé jeudi l’ordonnance de dissolution du principal groupe d’opposition du pays, malgré les critiques internationales concernant la répression qui s’intensifie contre la dissidence dans le royaume du Golfe.

Un tribunal de première instance avait ordonné la dissolution de l’association al-Wefaq en juillet, l’accusant de « nourrir le terrorisme », et avait ordonné la saisie de ses fonds par le gouvernement.

Parmi les accusations figuraient également l’incitation à la violence et l’appui aux manifestations qui menaçaient de déclencher des conflits sectaires dans le pays majoritairement chiite.

Al-Wefaq est le plus grand mouvement politique à Bahreïn, mais est enregistré en tant que société car les partis politiques sont interdits. En 2010, la société a remporté plus de 60 % des voix aux élections législatives.

Cependant, les députés d’al-Wefaq ont démissionné en masse en 2011 après que les autorités ont écrasé les manifestations pro-démocratie inspirées par les soulèvements du Printemps arabe.

Al-Wefaq a été créé en 2001, deux ans après l’arrivée au pouvoir du roi Hamad, au cours de ce qui a été décrit comme une période de réforme à Bahreïn.

La décision de justice ordonnant la dissolution d’al-Wefaq s’est attirée les critiques du chef de l’ONU Ban Ki-Moon et des alliés du royaume à Washington et à Londres.

L’Iran, qui est accusé par ses ennemis du Golfe de se mêler des affaires de Bahreïn, a également condamné cette ordonnance.

La dissolution est survenue à un moment où les initiatives contre des personnalités de l’opposition et des militants des droits de l’homme se multiplie dans le royaume.

Mercredi, trois ecclésiastiques chiites ont été emprisonnés pour un an après avoir été reconnus coupables de l’organisation d’un « rassemblement illégal ». Depuis juin, plus d’une vingtaine d’activistes des droits de l’homme se sont vu refuser la sortie du pays afin qu’ils ne puissent assister à la session actuelle du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Nabeel Rajab, principal activiste des droits de l’homme du royaume, connaîtra sa condamnation le 6 octobre : il encourt une peine de quinze ans d’emprisonnement pour avoir tenu des propos critiques envers la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen.

Plus tôt ce mois-ci, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al-Hussein a critiqué Bahreïn lors de sa déclaration d’ouverture au Conseil des droits de l’homme : « La décennie écoulée a démontré à maintes reprises et avec une clarté implacable à quel point les résultats peuvent être désastreux lorsqu’un gouvernement tente d’écraser la voix de son peuple au lieu de le servir. »

Depuis le soulèvement de 2011, le roi Hamad a été soutenu par son proche allié, la Grande-Bretagne, pour mener une série annoncée de réformes visant à améliorer les relations avec le public. Cependant, alors que la répression est encore répandue à Bahreïn, les activistes ont condamné le soutien de la Grande-Bretagne à un dictateur dont le régime n’a pas été réformé.

Sayed Ahmed al-Wadaei, directeur du plaidoyer à l’Institut de Bahreïn pour les droits de l’homme et la démocratie, basé à Londres, a réagi ainsi à la décision de dissoudre al-Wefaq : « Les dirigeants de Bahreïn croient que la solution pour Bahreïn est d’écraser les opposants et de réduire au silence les voix dissonantes. La dissolution d’al-Wefaq est aujourd’hui le dernier clou dans le cercueil des prétentions réformistes du roi Hamad. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.