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Des milliers d’Israéliens se rassemblent en soutien au soldat qui a « exécuté » un Palestinien

Le médecin militaire, qui a été accusé d’homicide, a obtenu le soutien d’un large spectre de la société israélienne
Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Tel Aviv ce mardi pour manifester leur soutien à un soldat israélien qui a suscité une controverse en tuant un Palestinien blessé en Cisjordanie occupée (MEE/Rori Donaghy)

TEL AVIV, Israël – Plus de 2 000 personnes se sont réunies dans le centre de Tel Aviv ce mardi soir à l’occasion d’un rassemblement nationaliste mouvementé pour manifester leur soutien à un soldat israélien qui a suscité une controverse en tuant un assaillant palestinien présumé déjà blessé en Cisjordanie occupée.

Par une chaude soirée au cœur de la ville méditerranéenne, des foules de personnes portant un drapeau israélien autour de leurs épaules ont descendu une avenue bordée de palmiers pour gagner la place Rabin en centre-ville et contester la décision judiciaire d’inculper le sergent Elor Azarya pour homicide suite au meurtre d’Abed al-Fatah al-Sharif à Hébron le 24 mars.

L’enregistrement du meurtre publié après les faits par le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem a suscité l’indignation internationale : on y voit Azaria abattre Sharif d’un tir à la tête alors qu’il gisait par terre, blessé. Sharif avait prétendument pris part à une attaque et blessé un soldat posté dans la ville-poudrière d’Hébron et a été abattu onze minutes après que l’attaque présumée a été déjouée.

Mardi soir, des Israéliens jeunes et plus âgés issus de l’ensemble du spectre politique se sont unis sur la place Rabin dans une ambiance qui ne peut être décrite que comme festive, où les participants buvaient de la bière, fumaient des cigarettes et s’occupaient de leurs enfants tout en scandant des slogans en soutien à Azaria, qui est actuellement détenu dans une base militaire dans l’attente de son procès.

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Traduction :  Plusieurs milliers d’Israéliens se rassemblent à Tel Aviv ce soir pour afficher leur soutien pour le soldat accusé d’homicide suite au meurtre d’Hébron.

Les manifestants, qui ont été contrôlés par un dispositif de sécurité renforcé à toutes les entrées de la place, ont scandé des slogans contre le ministre de la Défense Moshe Ya’alon ; des acclamations ont été entendues lorsqu’un orateur sur la scène a crié : « Le peuple d’Israël est contre le ministre de la Défense ».

Un sondage réalisé par la chaîne israélienne Channel 2 a récemment révélé que seulement 20 % des Israéliens soutiennent la condamnation initiale du meurtre d’Hébron par Ya’alon et le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Ce même sondage a révélé que 57 % des Israéliens s’opposent à l’arrestation d’Azaria, tandis que 42 % ont affirmé que son coup de feu contre Sharif était un acte « responsable ».

De nombreuses pancartes parsemaient une mer de drapeaux israéliens, dont certains indiquaient « Nous ne doutons pas que l’armée israélienne est la plus forte au monde » ou encore « La nation d’Israël vous soutient ».

Un autre indiquait tout simplement « Tuez-les tous ».

Le rassemblement a été ouvert par l’ancien député israélien Sharon Gal, qui a déclaré : « Elor, notre frère, nous sommes convaincus qu’alors que vous êtes assis en prison, la nation d’Israël est derrière vous et avec vous et ne vous abandonne pas. »

La manifestation a également obtenu le soutien de stars de la musique israéliennes, telles que le rappeur Kobi Shimoni, ainsi que d’autres personnalités politiques, comme Nava Boker et Oren Hazan, du parti Likoud dont est originaire le Premier ministre Benjamin Netanyahou.

Lorsque la mère d’Azaria, Oshra, est montée sur scène, la foule l’a acclamée avant qu’elle ne fonde en larmes en parlant de son fils, qui, a-t-elle affirmé, « a le plus grand cœur [qu’elle ait] jamais connu ».

« Tu es le premier à aider un être humain en difficulté », a-t-elle poursuivi alors que des larmes coulaient sur son visage. « Tu as grandi dans un esprit de moralité et avec les valeurs de l’amour de la patrie. »

« Depuis ton plus jeune âge, tu m’as fait part de ton désir d’être un combattant et de remplir ton devoir envers l’État. »

Peu de temps après, le père d’Azaria, Charlie, a pris le micro et la foule s’est tue brièvement alors qu’il s’adressait directement à son fils incarcéré.

« Je veux te dire que tu ne croiras jamais combien de personnes se trouvent ici », a-t-il déclaré, faisant allusion au grand nombre de personnes rassemblées sur la place Rabin.

« Tous les gens sains d’esprit d’Israël se trouvent ici. Nous sommes forts et nous ne laisserons personne nous arrêter », a-t-il ajouté en référence à l’opinion largement répandue parmi les personnes présentes selon laquelle Azaria n’a rien fait de mal en tuant Sharif.

Avertissement : cette vidéo contient des images explicites

Niché entre des drapeaux israéliens et une banderole indiquant « Un soldat n’est pas un meurtrier », se tenait Ralph, 60 ans, qui a quitté New York pour Israël à l’âge de dix ans.

Ralph s’est brièvement retiré d’une foule de personnes scandant « Mort aux Arabes » pour expliquer à Middle East Eye pourquoi il avait décidé d’assister au rassemblement.

« Je suis ici pour soutenir le soldat à qui l’on a reproché sans justification d’avoir tué un meurtrier, a-t-il affirmé. Lorsque quelqu’un vient pour vous assassiner, la seule chose que vous pouvez faire est de vous protéger. »

« Il ne savait pas si ce meurtrier avait des explosifs cachés sous son manteau. »

« Ils devraient le couvrir d’éloges »

Ralph, qui n’a pas donné son nom de famille, a ajouté que les critiques à l’échelle internationale du meurtre d’Hébron, qui a été décrit par Amnesty International comme un acte « extrême et illégal », sont imprégnées d’antisémitisme.

« C’est de l’antisémitisme pur qui remonte à l’histoire de l’Europe », a-t-il affirmé.

Ralph a également critiqué le gouvernement israélien pour ne pas être intervenu afin d’empêcher le procès d’Azaria.

« Au lieu de condamner ce soldat, ils devraient le couvrir d’éloges », a-t-il lancé.

Un homme de 22 ans originaire de Sdérot, près de Gaza, dans le sud d’Israël, a indiqué à MEE qu’il était « très mécontent » du fait qu’Azaria, âgé de 19 ans, soit accusé d’homicide.

« Il ne devrait pas être jugé », a affirmé l’homme, qui travaille dans une banque à Tel Aviv. « Je suis heureux [de ce que le soldat a fait]. Tout le monde souhaite la mort des terroristes. »

A côté de lui se trouvait son amie, une étudiante en médecine de 29 ans originaire de Tel Aviv, qui a également refusé de donner son nom.

Illustrant la diversité des opinions politiques des personnes présentes, le jeune homme de 22 ans a indiqué qu’il était d’« extrême-droite », tandis que son amie a précisé qu’elle était libérale mais qu’elle soutenait également Azaria.

« Je ne suis pas heureuse que le soldat ait tué une autre personne, mais cette personne était un terroriste, a-t-elle argumenté. Les critiques contre Israël sont exagérées. »

« Il y a tellement de Palestiniens qui aident les terroristes. »

Ralph, qui se tenait à proximité lorsque MEE a interrogé les deux jeunes amis, est intervenu pour ajouter qu’il estimait que le gouvernement israélien n’avait pas agi suffisamment pour faire face à une vague de violence qui s’est propagée à travers Israël au cours des derniers mois.

Plus de 200 Palestiniens, dont de nombreux assaillants présumés, ont été tués depuis octobre dernier, tandis que plus de 30 Israéliens ont perdu la vie au cours d’une vague d’attaques au couteau et à la voiture-bélier.

Bien que les soldats israéliens aient tué de nombreux assaillants présumés, Ralph a demandé à son gouvernement d’en faire plus et a décrit une réponse « très faible » de leur part.

« Le gouvernement doit prendre des mesures préventives pour mettre fin à cela », a-t-il affirmé.

« Que cela nécessite de renverser ce gouvernement terroriste à Gaza ou d’ériger un mur à la fois haut et large, il faut le faire. »

Lorsque les orateurs ont terminé leur discours, la foule n’a montré aucune intention de quitter la place et des gens affluaient encore à l’approche des 22 heures, heure locale.

Et alors que la foule continuait de croître, une atmosphère tendue a commencé à se répandre entre les manifestants et les Israéliens locaux qui essayaient de boire un verre ou de manger dans les restaurants voisins.

« Nous tuerons tous les gauchistes », a crié un homme qui tenait un drapeau israélien au-dessus de sa tête et descendait la rue à grands pas devant les fêtards d’un soir.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.