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Des moines coptes battus par la police israélienne au Saint-Sépulcre de Jérusalem

Les moines faisaient un sit-in pour protester contre la restauration par les autorités israéliennes du monastère d’al-Sultan. Des travaux qui, selon eux, favorisent les moines éthiopiens
Arrestation d’un moine copte par les forces militaires israéliennes à Jérusalem (capture d’écran)

Mercredi, des dizaines de moines coptes ont été molestés par la police militaire israélienne lors d’une manifestation concernant le monastère contesté d’al-Sultan, sur le site de l’église du Saint-Sépulcre, a déclaré le chef de l’Église copte de Jérusalem à Middle East Eye.

Les moines organisaient une manifestation sur la place de l’église dans la vieille ville de Jérusalem pour s’opposer aux travaux de restauration menés par les Israéliens sur le site qui, selon eux, favorisent les moines éthiopiens vivant dans le monastère.

Un moine, Macarius Orshalemy, a été traîné et plaqué au sol par la police militaire lors de la manifestation, tandis que d’autres ont été frappés à coups de matraques alors qu’ils cherchaient à empêcher des ouvriers de l’Autorité des antiquités d’Israël d’apporter des matériaux de restauration et des outils à l’intérieur.

Orshalemy a été libéré une demi-heure après que l’Église copte a demandé à l’ambassade d’Égypte à Tel Aviv d’intervenir, a déclaré à MEE l’évêque copte Anba Antonius.

« Les Israéliens procèdent à une restauration de la propriété de l’Église copte sans notre consentement et en faveur des moines éthiopiens. C’est pourquoi nous avons protesté et essayé de les en empêcher », a déclaré Antonius. 

Un différend qui dure depuis 47 ans

Le monastère d’al-Sultan se dresse au-dessus de l’église du Saint-Sépulcre. Il est actuellement contrôlé et géré par l’Église éthiopienne de Jérusalem, en dépit d’une décision rendue par la Cour suprême israélienne en 1971 qui affirmait que l’Église copte égyptienne était propriétaire du monastère.

Antonius a déclaré que l’Église copte irait devant les tribunaux pour mettre fin à la restauration menée par Israël à l’intérieur d’al-Sultan et demanderait que la décision de la Cour suprême soit appliquée.

« Nous avons 23 documents de propriété délivrés depuis 1680 et jusqu’en 1961 par l’Empire ottoman et certains par la Jordanie, ce qui prouve que le monastère d’al-Sultan est notre propriété. La décision de la Cour suprême [israélienne] stipulait qu’une commission devrait être formée pour étudier ces documents, mais 47 ans plus tard, aucune commission n’a vu le jour », a déclaré Antonius.

Un moine copte marche dans la vieille ville de Jérusalem, en octobre 2018 (AFP)

En 1970, les autorités israéliennes ont pénétré dans al-Sultan et en ont expulsé les moines coptes. Ils ont changé les serrures des portes et ont donné les clés aux moines éthiopiens qui vivaient déjà dans le monastère.

Antonius a affirmé qu’il s’agissait de « représailles » contre l’Égypte, qui s’est battue contre Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967, à l’issue de laquelle Israël s’est mis à occuper la Cisjordanie, y compris la vieille ville de Jérusalem.

Connu sous le nom de Deir es-Sultan par la population locale, le monastère compte plusieurs pièces réservées aux moines et deux chapelles : la chapelle de l’Ange et celle des Quatre Bêtes.

En septembre 2017, le plafond de la chapelle de l’Ange s’est effondré après des travaux de restauration d’une propriété située au-dessus, appartenant à l’Église orthodoxe grecque, qui ont mal tourné.

La chapelle de l’Ange, site de pèlerinage et de tourisme situé à la neuvième station du chemin de croix, a été fermée pour des raisons de sécurité par les autorités israéliennes.

Antonius a déclaré que l’Église copte avait signé un contrat avec une entreprise de construction pour la restauration du plafond de la chapelle, mais que le gouvernement israélien avait refusé de délivrer un permis pour les travaux de restauration.

« [Le Premier ministre israélien Benyamin] Netanyahou a lui-même ordonné de restaurer de force la chapelle il y a une semaine, m’a informé le ministre des Services religieux [David Azulai] », a rapporté Antonius.

« Israël privilégie les moines éthiopiens par rapport aux moines coptes du monastère, et cela parce que les relations entre l’Égypte et Israël sont plus faibles qu’entre l’Éthiopie et Israël »

- Anba Antonius, évêque de l’Église copte à Jérusalem

« Ils ont refusé de nous laisser rénover et réparer la chapelle située à l’intérieur du monastère afin de montrer que nous n’avions aucun lien avec cet endroit et qu’il appartenait aux moines éthiopiens. »

Antonius a déclaré que le gouvernement israélien jouait à un « jeu politique » à travers les propriétés de l’Église en soutenant le contrôle de l’Église éthiopienne sur al-Sultan.

« Israël privilégie les moines éthiopiens par rapport aux moines coptes du monastère, et cela parce que les relations entre l’Égypte et Israël sont plus faibles qu’entre l’Éthiopie et Israël », a-t-il déclaré.

MEE a contacté l’Église éthiopienne de Jérusalem mais n’avait pas reçu de réponse à ses sollicitations au moment de la publication.

« Nous les avons accueillis »

Antonius a déclaré que la revendication des coptes sur al-Sultan remontait au VIIe siècle, quand Abd al-Malik ibn Marwan, le calife omeyyade qui a construit la mosquée du Dôme du Rocher à Jérusalem, a fait don du monastère aux moines de cette confession.

« Aujourd’hui, vous avez plus de quinze moines éthiopiens dans le monastère et un seul copte. Ils n’ont pas le moindre document prouvant leur propriété et nous ne sommes pas autorisés à entrer dans le monastère. Même moi, l’évêque de l’Église copte, on m’empêche de prier là-bas »

- Anba Antonius, évêque de l’Église copte à Jérusalem

« Nous sommes ici depuis. Bien que nous n’ayons pas les documents datant du VIIe siècle, nous avons toujours un document de propriété datant de 1680 », a-t-il déclaré.

Au XVIIe siècle, contraints par les lourdes taxes imposées par les autorités ottomanes de vendre leurs propriétés aux Églises arménienne et catholique, les moines éthiopiens ont été accueillis à al-Sultan.

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« Les Arméniens et les catholiques les ont chassés des propriétés après les avoir achetées. Ils étaient déplacés et n’avaient nulle part où aller. Ils sont venus nous voir et nous les avons accueillis dans notre monastère », a déclaré Antonious.

« Aujourd’hui, vous avez plus de quinze moines éthiopiens dans le monastère et un seul copte. Ils n’ont pas le moindre document prouvant leur propriété et nous ne sommes pas autorisés à entrer dans le monastère. Même moi, l’évêque de l’Église copte, on m’empêche de prier là-bas. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.