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Des vidéos montreraient des forces irakiennes se comportant comme Daech

Certaines « sales brigades » au sein des forces irakiennes auraient commis des atrocités dont ils partagent les vidéos sur les réseaux sociaux afin d’effrayer leurs opposants
Capture d’écran du reportage d’investigation d’ABC News montrant les atrocités commises par les forces iraquiennes (YouTube)

Les forces armées irakiennes appuyées par les milices chiites dans la lutte contre l’Etat islamique (EI) commettraient des atrocités similaires à celles perpétrées par les militants de l’EI, filmant ces actes pour partager ensuite les vidéos sur les réseaux sociaux.

Un reportage d’investigation d’ABC News a révélé des preuves visuelles de plusieurs actes effroyables qui auraient été commis contre des civils par certains groupes des forces irakiennes, appelés par les médias « les sales brigades ».

Les atrocités incluent des exécutions sommaires, des actes de torture et des décapitations. Leurs auteurs posent ensuite avec les corps ou les têtes coupées, parfois en souriant, puis partagent fièrement les vidéos et photos sur les réseaux sociaux, notamment des pages Instagram et Facebook soutenant l’armée et les milices.

Le site d’information VoA news a cité jeudi Phillip Smyth, un chercheur de l’université du Maryland spécialisé dans les opérations des milices irakiennes, selon qui : « Les milices chiites ont délibérément mis à jour des images très brutales ainsi que de nombreux actes véritablement épouvantables ».

« Les combattants utilisent et promeuvent cette imagerie… en quelque sorte afin de démontrer qu’ils peuvent être aussi durs et brutaux que l’EI, et qu’ils ne rigolent pas », ajoute-t-il, notant également que l’on observe depuis 2014 « une recrudescence réelle en termes d’imagerie très, très brutale ».

L’authenticité des vidéos, dont la plupart semblent avoir été filmées par des caméras de téléphones mobiles, ne peut être identifiée de manière indépendante.  

Toutefois, le lieutenant-colonel James Gavrilis des forces spéciales de l’armée américaine a déclaré à ABC News que les vidéos paraissent dans leur ensemble authentiques et trop nombreuses en ligne pour être fausses.  

Des groupes de défense des droits de l’homme ont confirmé que de tels actes étaient survenus.

« Les milices paramilitaires chiites ont souvent commis des attaques sectaires de représailles contre des civils sunnites qui ne sont pas impliqués dans les hostilités », a déclaré à l’AFP Donatella Rovera, conseillère principale en réaction aux crises à Amnesty International.

Des représentants de Human Rights Watch et d’Amnesty International qui ont accédé aux données d’investigation d’ABC News ont noté le nombre important de preuves visuelles de violations des droits de l’homme.

« Ce à quoi nous assistons est un étalage fier et effronté de ces crimes atroces » a déclaré à ABC News Sarah Leah Whitson, directrice exécutive pour le Moyen-Orient de Human Rights Watch.

Une vidéo effroyable montrant apparemment les forces de sécurité irakiennes abattant un garçon menotté qu’elles accusent de travailler pour l’EI en est un exemple.

Certains commentateurs pro-chiites se sont emparés des médias sociaux afin de justifier de tels actes, alors que d’autres ont nié qu’ils aient eu lieu ou ont minimisé leur nombre. Des critiques ont également souligné le rôle de Téhéran et de Washington dans le financement, entraînement et armement de tels groupes.

« Mis dans le même sac » que Daech

La porte-parole du Département d’Etat américain, Jen Psaki, a déclaré jeudi que les Etats-Unis ont suspendu leur assistance aux unités militaires irakiennes à cause de ces allégations.

« Il existe des lois qui ont été mises en place depuis un moment et que nous avons appliquées à certaines unités irakiennes, et nous allons continuer de les appliquer si elles sont applicables », a-t-elle mentionné, ajoutant que « leur comportement doit être au-delà de tout reproche, sans quoi ils risquent d’être mis dans le même sac que les combattants de l’EI ».

Un haut représentant de l’armée américain a indiqué à ABC News que Washington a bloqué l’aide à certaines unités irakiennes car la loi américaine interdit le financement de tels groupes.

« Il n’y a pas de partie neutre »

Jeudi, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a attribué ces actes à des « infiltrés qui veulent ternir nos victoires en commettant des crimes et de graves infractions contre la sécurité et les biens des personnes ».

Abadi avait déjà lancé une enquête sur les massacres commis dans les zones saisies à l’EI. Cependant, son récent discours au parlement, dans lequel il a affirmé que « dans cette bataille, il n’y a pas de partie neutre », a attiré les critiques des organisations de défense des droits de l’homme dans la mesure où il suggère que ne pas supporter les forces irakiennes reviendrait, de fait, à s’allier avec l’EI.

Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch, a indiqué à l’AFP que « la déclaration d’Abadi selon laquelle il ne peut y avoir de neutralité est préoccupante », ajoutant que « toute personne ne participant pas directement aux hostilités doit être considérée comme civil, et protégée contre toute attaque délibérée ou aveugle.



Traduction de l'anglais (original).