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En Arabie saoudite, une activiste chiite risque la peine de mort

Une activiste des droits de l’homme en Arabie saoudite risquerait la peine de mort pour avoir participé à des manifestations pacifiques en faveur de la démocratie pendant le printemps arabe
Si la peine de mort était requise contre Israa al-Ghamgham, cela laisserait présager de sévères représailles à l'encontre d'autres militantes des droits des femmes telles que Samar Badawi (en photo), Nseema Al-Sadah, Loujain Hathloul et Aziza Yousef (Twitter)

Israa al-Ghamgham est une militante chiite pour les droits de l’homme et la démocratie, de la région chiite de Qatif, située dans l’est de l’Arabie saoudite – une région qui a connu des protestations pour la libération des prisonniers politiques pendant le Printemps arabe.

En décembre 2015, les autorités saoudiennes avaient alors arrêté Israa al-Ghamgham pour avoir participé à des manifestations pacifiques. L’activiste avait appelé à la défense des droits civils et politiques, tels que les rassemblements pacifiques, la libération des prisonniers d'opinion et des défenseurs des droits de l'homme. Depuis, Israa al-Ghamgham est emprisonnée à la prison des renseignements généraux de Dammam.

Selon la European Saudi Organization for Human Rights (ESOHR), Israa a récemment été traduite devant le tribunal pénal de la capitale saoudienne Riyad, pour sa première audience. Un procès qui s'est ouvert après 32 mois de détention arbitraire, et pour lequel Israa n'a pas eu accès à un avocat pour la défendre. 

Et depuis quelques jours, des nouvelles sur les réseaux sociaux circulent sur la possible condamnation à la peine de mort contre l’activiste chiite. C’est un compte Twitter sur les détenus de la région de Qatif qui a annoncé la nouvelle. 

Traduction : « La détenue #IsraaAlGhomgham a subi des violations flagrantes pour le seul crime d'avoir demandé la liberté. Il est impératif de parler de ses souffrances et de la condamnation à la peine de mort contre elle. Garder le silence sans parler d’elle est une honte ! »

Les autorités saoudiennes ne se sont pas officiellement exprimées à ce sujet. Mais la European Saudi Organization for Human Rights (ESOHR) évoque aussi, après avoir mené une enquête, le risque d'une condamnation à la peine de mort dans un communiqué publié sur son site.

Depuis l’annonce de la condamnation à la peine de mort contre l’activiste saoudienne, une fausse vidéo de son exécution a circulé sur les réseaux sociaux. La sœur d’Israa a démenti la nouvelle dans un tweet, en rappelant qu’elle était encore en procès, toujours avec le risque d’une condamnation à la peine de mort. 

Traduction : « J’ai remarqué qu’une vidéo de l’exécution de ma sœur avait circulé sur les réseaux sociaux. Je vous demande d’arrêter de propager ces rumeurs car elles nous peinent beaucoup. Ma sœur est toujours en procès, priez pour elle »

Traduction : « La sœur d’Israa al-Ghamgham a exprimé sa tristesse devant les fausses nouvelles selon lesquelles sa sœur a été exécutée. La diffusion de ces fausses nouvelles ne soutient pas la cause d'Israa et afflige sa famille. Israa fait actuellement l'objet d'un "procès" et risque d'être exécutée »

Répression des activistes et persécution des minorités religieuses

La European Saudi Organization for Human Rights précise : « L'invocation de la peine de mort contre Israa al-Ghamgham s'inscrit dans le contexte d'une agression plus large contre les activistes des droits de l’homme au royaume saoudien, sous le prétexte d'un récit de sécurité nationale cherchant à qualifier d'infraction pénale l'activisme légitime ». 

L'ESOHR craint que « cette nouvelle approche autoritaire à l'égard des militantes n'entraîne des représailles sévères à l'encontre d'autres militantes des droits des femmes telles que Samar Badawi, Nseema Al-Sadah, Loujain Hathloul et Aziza Yousef ».

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L’observatoire des droits de chiites « Shia Rights Watch » a également exprimé des préoccupations pour les minorités religieuses du royaume d'Arabie saoudite. « Israa al-Ghamgham est la première femme à être condamnée à la peine de mort, ce qui soulève des inquiétudes quant aux violations des droits des chiites en Arabie saoudite ». 

L’ONG a aussi appelé « le comité international à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la condamnation d'al-Ghamgham, car cela peut ouvrir la porte à d'autres exécutions de femmes en Arabie saoudite ».