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En Belgique, les propos sulfureux de Bart De Wever font craindre une montée de l’islamophobie

La dernière polémique suscitée par le président du premier parti flamand de Belgique, qui a stigmatisé les musulmans dans une comparaison avec les juifs, nourrit des craintes quant à une radicalisation du discours publique en amont des élections communales d’octobre
Bart De Wever, président de la NVA (Alliance néo-flamande) et bourgmestre d’Anvers, en 2016 (Reuters)

C’est dans un entretien accordé au journal flamand De Zondag dimanche dernier que Bart De Wever, nationaliste flamand, a de nouveau suscité la polémique : « Les juifs orthodoxes attachent beaucoup d’importance aux signes extérieurs de la foi. Mais ils en acceptent les conséquences », contrairement, selon lui, aux musulmans qui « revendiquent une place dans l’espace public, dans l’enseignement, avec leurs signes de croyance extérieurs. C’est ce qui crée des tensions ».

Bart De Wever n’en est pas à son coup d’essai. Le président de la NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie, Alliance néo-flamande), premier parti flamand de Belgique, au pouvoir à Anvers depuis 2014, martèle un discours identitaire depuis des années.

« [Pour la NVA,] il faut devenir invisible pour participer à la vie collective. Bart de Wever semble dire que les juifs sont gentils et que les musulmans nous créent des problèmes. C’est totalement irresponsable. Il ne mesure pas les conséquences dramatiques d’un tel discours »

- Henri Goldman, Union des progressistes juifs de Belgique

En 2015 par exemple, il avait déclaré dans une intervention télévisée sur la chaîne flamande VRT : « Nous avons autorisé [à venir] la mauvaise sorte de migrants en masse », poursuivant : « Surtout les Berbères. Ce sont des communautés fermées, avec une défiance envers les autorités ». Une déclaration qui avait poussé l'Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à porter plainte contre lui.

La dernière sortie médiatique de celui qui est également le bourgmestre d’Anvers sur les juifs et les musulmans a choqué l’opinion publique jusqu’à susciter des réactions de la sphère politique belge. Céline Fremault, ministre belge du Logement, a ainsi qualifié le discours de Bart De Wever de « racisme et xénophobie ».


 

« Contre le racisme, juifs et musulmans, même combat »

Des représentants juifs et musulmans ont allié leurs voix pour s’opposer à la division des différentes communautés en Belgique. Dans un communiqué de presse, l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) a affirmé « sa totale solidarité avec ses compatriotes musulmans victimes de l’islamophobie que des personnalités politiques n’hésitent pas à alimenter », et refusé « les cadeaux empoisonnés de certains islamophobes qui utilisent un philosémitisme hypocrite comme alibi ».

Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue belge Politique et administrateur de l’UPJB, a expliqué à MEE que cette déclaration du président de la NVA relevait « d’une certaine conception de ce qu’est la diversité culturelle et le vivre ensemble pour le parti nationaliste flamand ». Pour ce parti, explique-t-il, « il faut devenir invisible pour participer à la vie collective ».

« Bart de Wever semble dire que les juifs sont gentils et que les musulmans nous créent des problèmes. C’est totalement irresponsable. Il ne mesure pas les conséquences dramatiques d’un tel discours », s’est-il alarmé.  

« [Ce genre de discours] participe clairement à l’augmentation des actes islamophobes »

- Mustapha Chairi, Collectif contre l’islamophobie en Belgique

Un constat partagé par Mustapha Chairi, président du Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB), qui a regretté qu’« au lieu de proposer une société apaisée et inclusive, Bart De Wever stigmatise une partie de la population et monte les uns contre les autres ».

Ce genre de discours « participe clairement à l’augmentation des actes islamophobes », a prévenu Chari, qui a rappelé en exemple que « sur les deux derniers mois, le CCIB a reçu 28 signalements d’actes islamophobes qui touchent à l’emploi, à l’enseignement et à la dégradation des biens et services.»

 

Stratégie électorale à l’approche des élections communales

Pour mieux en saisir la portée, il est nécessaire de replacer les déclarations de Bart De Wever dans le contexte de la campagne pour les futures élections communales d’octobre 2018. La NVA a dévoilé les grandes lignes de sa campagne à travers son slogan : « En sécurité dans une Flandre prospère ». Le premier parti flamand souhaite clairement mettre l’accent sur la sécurité et l’identité.

« [La NVA] essaye de se présenter comme un parti anti-establishment en gardant des aspects populistes dans son discours afin de conforter l’électorat de l’extrême droite »

- Dave Sinardet, politologue

Dave Sinardet, politologue belge et spécialiste du nationalisme, constate que « le discours de De Wever a une finalité politique ». Pour le politologue, « il est clair que la NVA et particulièrement Bart De Wever ont décidé depuis longtemps de focaliser leur discours sur les questions liées à l’identité, à l’immigration et avec un discours assez critique sur l’islam ».

D’après lui, « la NVA, qui n’est pas un parti d’extrême droite mais clairement un parti de droite nationaliste, veut miser sur l’importance de l’opinion publique qui est sensible à ces sujets ». Il rappelle d’ailleurs à MEE que « c’est grâce à cette focalisation que Bart De Wever et la NVA ont réussi pendant les dernières élections communales en 2012 à Anvers à attirer près de deux tiers des voix du Vlaams Belang, le parti d’extrême droite en Flandre ».

« Ce que fait la NVA depuis des années est de jouer sur deux pieds », décrypte-t-il. « D’un côté, la NVA se profile comme un parti de gouvernance à Anvers mais aussi au niveau national en Belgique et, de l’autre, elle essaye de se présenter comme un parti anti-establishment en gardant des aspects populistes dans son discours afin de conforter l’électorat de l’extrême droite. » 

En réaction aux propos de Bart De Wever, plusieurs associations ont appelé à participer le samedi 24 mars à Bruxelles à une manifestation nationale contre le racisme.