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EXCLUSIF : Israël propose d’accorder un passage maritime au Hamas si les attaques cessent

Alors que « des progrès significatifs » sont réalisés en vue d’une trêve entre le Hamas et Israël, un responsable du Fatah a déclaré que le rival gazaoui ne faisait qu’aider les États-Unis et Israël à « concrétiser leur stratagème »
Des pêcheurs palestiniens brandissent un drapeau lors d'une manifestation dans le port de Gaza en 2015 (Reuters)

Israël a proposé d’ouvrir tous les postes frontaliers vers la bande de Gaza et d’accorder au Hamas l’accès à un passage maritime vers Chypre en échange de l’arrêt de toutes formes d’attaques depuis l’enclave, indique un haut responsable du Hamas à Middle East Eye.

Dans le même temps, depuis Ramallah, dont le chef des services de renseignement égyptiens Abbas Kamel est parti ce jeudi sans avoir rencontré le président palestinien Mahmoud Abbas, qui aurait eu d’autres obligations, le responsable du Fatah chargé de la réconciliation intrapalestinienne a indiqué que le Hamas se livrait à un « stratagème hostile » qui briserait l’unité palestinienne.

« En négociant avec Israël un cessez-le-feu et une trêve à Gaza ainsi que des arrangements séparés pour Gaza, le Hamas s’engage dans le stratagème hostile qui vise à séparer Gaza de l’État de Palestine internationalement reconnu selon la ligne de 1967 », a déclaré Azzam al-Ahmad, responsable du Fatah chargé de la réconciliation, ce jeudi à MEE.

« Nous avons accepté que ce passage soit sous le contrôle [de l’Autorité palestinienne], comme le poste frontalier de Rafah, et sous surveillance internationale »

- Source du Hamas

La découverte des détails de l’accord intervient alors que la source a précisé que le Hamas et Israël avaient réalisé « des progrès significatifs » vers une trêve à long terme autour de la situation à Gaza, tandis que les négociations engagées avec la médiation de l’Égypte, largement considérées comme faisant partie de l’« accord du siècle » américain, se poursuivent.

« Nous avons accepté que ce passage soit sous le contrôle [de l’Autorité palestinienne], comme le poste frontalier de Rafah, et sous surveillance internationale », a indiqué la source.

Selon la source, Israël a abandonné ses revendications historiques, notamment le désarmement du Hamas, l’arrêt du creusement de tunnels et la libération d’Israéliens captifs ou disparus à Gaza. Dans le même temps, le Hamas a fait pression en faveur du déploiement de projets humanitaires à Gaza, portant notamment sur l’eau, l’électricité et les eaux usées.

Toutefois, jusqu’à présent, le plus grand obstacle rencontré au cours des négociations s’est avéré être le choix du moment où le Hamas aurait accès au passage qui relierait Gaza au port chypriote de Spyros.

Alors qu’Israël souhaite attendre que les deux camps échangent des prisonniers, le Hamas a insisté pour bénéficier tout d’abord du passage maritime afin d’aider à soulager la situation humanitaire critique que connaît la bande de Gaza assiégée depuis onze ans, a ajouté la source.

Un responsable israélien a déclaré à Haaretz que des discussions avaient eu lieu autour d’un appontement maritime, mais qu’il n’y avait « pas de consensus » à ce sujet du côté israélien. 

« Ce n’est que si le calme est maintenu pendant une période prolongée qu’Israël acceptera de discuter des projets humanitaires qui dépendent d’Israël, à condition que des négociations soient également engagées pour retourner [les corps de soldats israéliens détenus à Gaza et de deux civils israéliens qui y sont retenus] », a déclaré le responsable ce vendredi.

« Le Hamas n’est qu’une faction »

Les spéculations vont bon train ces derniers jours quant à l’imminence de l’annonce d’un accord final. Alors que des plans en six points et d’autres détails ont été divulgués dans les journaux régionaux, le responsable égyptien Abbas Kamel a fait la navette entre Tel Aviv et Ramallah.

De hauts responsables du Hamas, du Jihad islamique et d’autres groupes basés à Gaza sont entrés en Égypte jeudi soir en direction du Caire.

« Ce n’est un secret pour personne qu’Israël et les États-Unis œuvrent en vue de placer l’État [palestinien] à Gaza et de prendre la majeure partie de la Cisjordanie. Le Hamas les aide à concrétiser leur stratagème »

- Azzam al-Ahmad, responsable du Fatah

Néanmoins, selon de multiples éléments d’information, les pourparlers se poursuivent et une annonce finale n’est pas attendue avant un certain temps après la fin de l’Aïd el-Kebir, qui se terminera vendredi prochain.

Les dirigeants du Fatah, qui manquent pour l’instant à l’appel, devraient se joindre aux pourparlers au Caire en fin de semaine ou la semaine prochaine, selon Reuters.

Azzam al-Ahmad, responsable du Fatah chargé de la réconciliation, a déclaré que la poursuite de l’implication du Hamas dans les négociations sans le Fatah ou l’OLP aidait uniquement Israël et les États-Unis.

« Le Hamas n’est qu’une faction, une faction parmi un grand nombre, et si tout le monde dans ces factions veut négocier de son côté avec les Israéliens, ce sera la pagaille. L’OLP est la seule représentante du peuple palestinien partout dans le monde et c’est à elle de négocier des accords au nom du peuple palestinien », a-t-il déclaré.

« Ce n’est un secret pour personne qu’Israël et les États-Unis œuvrent en vue de placer l’État [palestinien] à Gaza et de prendre la majeure partie de la Cisjordanie, a-t-il soutenu. Le Hamas les aide à concrétiser leur stratagème. »

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Le journaliste israélien Meron Rapoport a récemment affirmé que ses sources avaient conclu qu’à travers ses tactiques militaires, le Hamas avait créé un élément dissuasif qui avait forcé Israël à faire des concessions.

« Tout le monde se souvient de la manière dont les affrontements ont déstabilisé l’aéroport de Tel Aviv et c’est quelque chose qui n’intéresse pas Benyamin Netanyahou, certainement pas au cours d’une année électorale », a-t-il déclaré.

« La priorité absolue d’Israël est d’isoler Gaza et de créer un organisme dépendant appelé Gaza et entièrement dépendant de l’Égypte. »

Vendredi, alors que des fuites et des détails ont continué d’apparaître dans les médias, de nombreux regards en Israël étaient tournés vers Gaza et ce qui se passerait lors d’une manifestation prévue ce vendredi à la frontière avec Israël.

Depuis le 30 mars, des milliers de Palestiniens manifestent chaque vendredi devant la barrière séparant Gaza d’Israël dans le cadre de la « Grande marche du retour », une vague d’indignation populaire sans précédent.

Les protestations ont persisté malgré la poursuite de la répression contre les manifestations dans la bande de Gaza (AFP)

Les forces israéliennes ont tué au moins 169 Palestiniens – dont une majorité de manifestants – à Gaza en l’espace de quatre mois et demi, tandis qu’un soldat israélien a été tué par un sniper palestinien et que l’utilisation de cerfs-volants incendiaires par des manifestants palestiniens a suscité l’indignation en Israël.

Au cours des dernières semaines, les frappes aériennes israéliennes et les tirs de roquettes palestiniens ont fait craindre que la situation ne dégénère en une guerre totale.

Pourtant, depuis la semaine dernière, un silence s’est installé entre les deux camps. Le journal Israel Today a laissé entendre que les événements de ce vendredi seraient un test pour le Hamas.

« S’il garde le silence dans les prochains jours, les pourparlers se poursuivront et ils pourront parler de quelque chose de plus sérieux qui résoudra les problèmes fondamentaux de Gaza, à savoir l’énergie, l’eau et les salaires », a écrit le journal.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.