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EXCLUSIF : Les renseignements britanniques savaient qu’Ibn al-Sheikh al-Libi avait été torturé

Le MI5 et le MI6 ont transmis des questions aux interrogateurs d’un suspect de terrorisme tout en sachant qu'il était sérieusement maltraité, et les fausses déclarations de ce dernier sur des liens entre al-Qaïda et Saddam Hussein ont été utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak
Bien que le rôle des États-Unis dans les violations des droits de l’homme commises après les attentats du 11 septembre soit bien documenté, l’implication du Royaume-Uni a été démentie et à demi dissimulée pendant des années (MEE)

Les agences de renseignement britanniques ont transmis des questions aux interrogateurs d’un suspect de terrorisme alors qu’elles savaient que ce dernier était sérieusement maltraité, et les ministres ont ensuite utilisé ses réponses pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003.

En analysant minutieusement des documents officiels expurgés, Middle East Eye a établi qu’un agent du MI6, les renseignements extérieurs du Royaume-Uni, savait que des officiers de la CIA avaient placé Ibn al-Sheikh al-Libi dans un cercueil scellé dans une prison américaine en Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre 2001. L’agent avait alors regardé le cercueil être chargé dans un camion et conduit jusqu’à un avion qui attendait de décoller pour l’Égypte.

Dans un rapport d’incident envoyé au siège du MI6 à Londres, l’officier et ses collègues ont déclaré qu’« [ils étaient] tentés de dénoncer » le traitement réservé à al-Libi, mais ne l’ont pas fait. « L’événement a renforcé le sentiment inconfortable d’opérer dans un chaos juridique », ont-ils déclaré.

Tout en sachant qu’al-Libi avait été envoyé par avion en Égypte dans un cercueil et malgré les nombreuses preuves de violations des droits de l’homme dans ce pays, le MI6 et le MI5, le service de renseignement responsable de la sécurité intérieure du Royaume-Uni, ont décidé de transmettre des questions à lui poser et ont continué à recevoir des rapports concernant ses déclarations.

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Sous la torture, al-Libi a informé ses interrogateurs égyptiens qu’il existait des liens entre al-Qaïda et le programme d’armes nucléaires du président irakien Saddam Hussein. Trois membres de l’organisation militante avaient été envoyés en Irak pour y suivre une formation, a-t-il déclaré.

Suite à son transfert ultérieur dans une prison de la CIA, al-Libi a déclaré qu’il avait inventé cette histoire afin d’éviter de nouveaux actes de torture.

Cependant, à ce moment-là, ses déclarations avaient déjà été utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak.

Certaines avaient été incluses dans un discours que le secrétaire d’État américain Colin Powell avait prononcé devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 5 février 2003, quelques semaines à peine avant l’invasion menée par les États-Unis, tandis que le même jour, le Premier ministre britannique Tony Blair avait déclaré au Parlement qu’il existait « incontestablement » des liens entre al-Qaïda et l’Irak.

« Il serait faux de dire qu’il n’y a aucune preuve de liens quelconques entre al-Qaïda et le régime irakien », avait déclaré Blair.

« Il existe des preuves de ces liens. On ne connaît pas exactement leur ampleur. Cependant […] il y a des renseignements qui nous parviennent constamment à ce sujet. »

Blair avait ajouté que le dossier en faveur de la guerre contre l’Irak ne reposait pas sur les liens avec al-Qaïda mais sur le programme de Saddam Hussein en matière d’armes de destruction massive (ADM) : « Je crois que notre dossier sur les armes de destruction massive est très clair. Il est parfaitement évident que Saddam en a. »

Le secrétaire d’État américain de l’époque, Colin Powell, prend la parole devant l’ONU, le 5 février 2003 (AFP)

Après l’invasion, il est vite devenu évident que le programme d’armes de destruction massive de Saddam Hussein avait été démantelé depuis longtemps. Il est également devenu évident qu’il n’existait pas de lien entre l’Iraq et al-Qaïda.

Toutefois, le rôle du Royaume-Uni dans l’interrogatoire d’al-Libi n’avait pas été révélé jusqu’à présent.

Un camp d’entraînement soutenu par les États-Unis

Al-Libi, de son vrai nom Ali Muhammad Abdul Aziz al-Fakheri, est né en Libye en 1963.

Il aurait quitté le pays au milieu des années 1980 et parcouru l’Afrique du Nord avant de s’installer en Arabie saoudite, où il a accepté de rejoindre des forces combattant l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Al-Libi a été capturé alors qu’il tentait de fuir l’Afghanistan en 2001.

Selon de nombreuses sources, al-Libi était devenu le chef du camp d’entraînement militaire de Khalden, dans l’est du pays. Créé initialement avec le soutien des États-Unis, Khalden a continué de dispenser une formation aux armes et aux explosifs après le départ des Soviétiques.

Al-Libi a été capturé alors qu'il tentait de fuir l'Afghanistan en 2001

Parmi ses « diplômés », figurait Zacarias Moussaoui, qui purge actuellement une peine d’emprisonnement à perpétuité aux États-Unis après avoir avoué avoir conspiré pour l’assassinat de citoyens américains dans le cadre des attentats perpétrés par al-Qaïda le 11 septembre 2001 à New York et Washington.

Suite à ces attaques et à l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis, al-Libi a tenté de s’enfuir. Il a été capturé alors qu’il tentait de franchir la frontière pakistanaise et était sous la garde des Américains en Afghanistan au début du mois de janvier 2002.

À ce moment-là, des personnalités influentes de l’administration américaine étaient déjà impatientes d’établir s’il existait des liens entre al-Qaïda et l’Irak.

Dès le 14 septembre 2001, à peine trois jours après les attentats perpétrés par al-Qaïda, le président américain George W. Bush avait évoqué la possibilité d’un lien entre Oussama ben Laden et Saddam Hussein : il en a été de même lors d’un appel téléphonique à Tony Blair, selon des preuves présentées ultérieurement à la Commission d’enquête Chilcot, l’enquête officielle du Royaume-Uni sur son rôle dans la guerre en Irak. Blair aurait répondu qu’il aurait besoin de voir des preuves convaincantes avant de pouvoir accepter cela.

Le président américain George W. Bush a évoqué la possibilité d’un lien entre al-Qaïda et l’Irak trois jours seulement après les attentats du 11 septembre (AFP)

Peu de temps après, selon un rapport de 2006 du comité du renseignement du Sénat américain, la CIA a répondu aux demandes politiques d’une évaluation complète de toute relation entre les deux en déclarant qu’elle serait « délibérément agressive dans la recherche de liens, en partant du principe que tout signe d’un lien entre ces deux éléments hostiles pourrait présenter de grands dangers pour les États-Unis ».

En dépit de ces efforts « agressifs », la CIA a initialement évalué que les preuves de liens entre l’Irak et al-Qaïda s’appuyaient sur des rapports « fragmentés et contradictoires » provenant de « sources à la fiabilité diverse », a constaté ultérieurement le comité du Sénat.

Au cours de l’été 2002, cependant, Richard Dearlove, chef du MI6, également connu sous le nom de Secret Intelligence Service (SIS), est rentré d’une visite à Washington avec des nouvelles inquiétantes. Selon une note de service divulguée par la suite, Dearlove a informé Blair que « les renseignements et les faits [étaient] en train d’être corrigés [par les États-Unis] autour de la politique » d’élimination de Saddam Hussein du pouvoir.

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L’enquête Chilcot a révélé que cinq jours après avoir appris cela, Blair a écrit à Bush pour lui demander d’« ajouter un lien [entre Saddam Hussein et] al-Qaïda », dans la mesure où ce serait « extrêmement persuasif ici », pour bâtir son dossier en faveur de la guerre.

En septembre, le directeur de la CIA, George Tenet, a déclaré aux sénateurs qu’« il [était] prouvé que l’Irak [avait] dispensé à al-Qaïda divers types de formation : combat, fabrication de bombes, armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires ».

Le mois suivant, Bush a déclaré à un auditoire dans l’Ohio : « Nous avons appris que l’Irak avait formé des membres d’al-Qaïda à la fabrication de bombes, aux poisons et aux gaz meurtriers. »

Avec le temps, le comité du renseignement du Sénat américain a pu constater que ces fausses déclarations venaient d’une seule source : al-Libi, l’homme que le MI6 avait vu être transporté en Égypte dans un cercueil.

« Il s’agissait de CUCKOO qui était transporté vers l’avion qui l’attendait »

Après avoir été capturé à la frontière pakistanaise, al-Libi a été emmené au nouveau centre de détention américain situé à Bagram, une base aérienne tentaculaire de l’ère soviétique au nord de Kaboul.

La suite des événements est décrite dans deux rapports accablants sur la participation du Royaume-Uni à des transferts extrajudiciaires et à des mauvais traitements infligés à des détenus, publiés en juin dernier par le Comité du renseignement et de la sécurité du Parlement britannique (ISC), organe chargé de surveiller les services de renseignement du pays.

Bien que le rôle des États-Unis dans les violations des droits de l’homme commises après les attentats du 11 septembre 2001 soit bien documenté, l’implication du Royaume-Uni a été démentie et à demi dissimulée pendant des années.

Après une série de révélations dans les médias et une enquête judiciaire au point mort, les rapports de cette année de l’ISC constituent la première reconnaissance officielle de la culpabilité du Royaume-Uni : ils décrivent des centaines de cas où les services de renseignements britanniques ont été impliqués dans des enlèvements, des actes de torture et des traitements inhumains, souvent avec l’approbation ministérielle.

Comme les autres détenus dont les mauvais traitements sont décrits dans les rapports de l’ISC, l’identité d’al-Libi est dissimulée derrière un nom de code.

MEE a établi qu’il était identifié dans le rapport comme étant CUCKOO et que l’officier du MI6 qui l’a vu être remis à l’Égypte alors qu’il était enfermé dans un cercueil porte le nom de code BAIRD. L’Égypte est dissimulée sous le nom de code CUPAR, tandis que les références à la CIA sont censurées.

Le rapport de l’ISC décrit comment « CUCKOO » a été interrogé par un agent du MI6 et un certain nombre d’Américains considérés comme des agents du FBI : « Pendant plusieurs jours, un agent du SIS a participé à des entretiens avec CUCKOO aux côtés d’un personnel américain », indique le rapport.

« Le huitième jour, *** a annoncé unilatéralement qu’elle prenait la suite de sa détention et qu’elle entendait remettre CUCKOO à CUPAR. Le *** janvier 2002, l’agent du SIS a assisté au départ de CUCKOO, fait qui a été décrit dans un rapport d’incident du SIS. »

Des soldats américains regardent un avion Hercules C-130 décoller de la base aérienne de Bagram, le 15 janvier 2002 (AFP)

Le rapport ISC cite ensuite directement ce rapport d’incident : « Environ une demi-heure plus tard, BAIRD était assis avec l’un des membres de l’équipe à l’extérieur du hangar lorsqu’un pick-up est passé devant eux avec un coffre scellé de près de deux mètres à l’arrière. Il s’agissait de CUCKOO qui était transporté vers l’avion qui l’attendait […], [un responsable américain] était au volant. »

« Nous devons peut-être avoir une conversation sur les questions plus larges soulevées par ce fait et d’autres aspects du processus de détention. Nous avons été tentés de dénoncer ce que nous avons vu […] mais nous ne l’avons pas fait. L’événement a renforcé le sentiment inconfortable d’opérer dans un chaos juridique. »

« Néanmoins, poursuit le rapport de l’ISC, le MI5 a continué de transmettre des questions pour l’interrogatoire de CUCKOO après sa remise à CUPAR et tant le SIS que le MI5 ont reçu des comptes rendus des interrogatoires qui en ont découlé. »

En recoupant les faits relatés dans le rapport de l’ISC concernant le cas de CUCKOO avec des témoignages non classés de détenus, des documents officiels du gouvernement américain faisant aujourd’hui partie du domaine public ainsi que des reportages médiatiques actuels et anciens, il est possible de conclure que CUCKOO est al-Libi.

« Le traitement qui lui a été réservé semble avoir été en deçà de la norme que nous jugeons appropriée d’un commun accord »

– Plainte du MI6 auprès des autorités américaines

En outre, plus d’une trentaine de détenus auraient été détenus à Bagram à l’époque. Tous affirment avoir subi des mauvais traitements et au moins deux d’entre eux ont soutenu plus tard qu’ils pensaient qu’al-Libi avait été placé dans un cercueil et emmené. Shaker Aamer, un résident britannique qui a ensuite été détenu à Guantánamo, le centre de détention militaire américain à Cuba, a indiqué à son avocat Clive Stafford Smith qu’il en avait été témoin.

Le MI6 a déposé une plainte auprès des autorités américaines au sujet du mauvais traitement dont son agent avait été témoin, bien que l’ISC note que les termes employés étaient très nuancés, l’agence indiquant simplement : « Le traitement qui lui a été réservé semble avoir été en deçà de la norme que nous jugeons appropriée d’un commun accord. »

Même ce langage aurait été trop fort pour un agent de haut rang du MI6. L’ISC rapporte qu’« étonnamment », cet agent a formulé une plainte auprès du chef de l’agence.

Aucune preuve de complot d’al-Qaïda en matière d’ADM

Avant même l’invasion de l’Irak, tout le monde ne partageait pas la certitude que Bush, Blair, Powell et Tenet avaient exprimée au sujet du soutien supposé de Saddam Hussein à un complot d’al-Qaïda impliquant des armes de destruction massive.

À Washington, la Defense Intelligence Agency (DIA) avertissait dans une série de rapports que ceci était hautement improbable.

« Malgré les informations récentes fournies par un formateur principal d’al-Qaïda actuellement en détention, les renseignements de toutes sources n’ont pas permis de confirmer l’implication de l’Irak », a déclaré l’agence dans une analyse achevée sept semaines après l’arrivée d’al-Libi en Égypte.

« Il est peu probable que l’Irak ait fourni à ben Laden des connaissances ou une assistance utiles [en matière d’armes chimiques ou biologiques] ».

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Cinq mois plus tard, la DIA a retenté sa chance dans un rapport dans lequel elle reconnaissait qu’al-Libi était suffisamment expérimenté pour avoir accès à de telles informations, mais avertissait également que ses affirmations reposaient sur des ouï-dire, manquaient de précisions et n’identifiaient aucun formateur irakien, ni le centre d’entraînement, ni même le type d’armes impliquées.

À Londres, le Joint Intelligence Committee, qui coordonne le travail des agences de renseignement du pays, a informé le gouvernement britannique en novembre 2001, en octobre 2002 et en mars 2003 qu’aucune preuve ne renvoyait à une coopération entre l’Irak et al-Qaïda.

Dix-sept heures dans un petit coffre

Après presque un an de détention en Égypte, al-Libi a été remis à la CIA et emmené dans plusieurs prisons, notamment à Guantánamo, où il a rapidement retiré ses affirmations au sujet de l’Irak, d’al-Qaïda et des ADM.

Des enquêtes ultérieures menées par le comité du renseignement du Sénat américain ont révélé qu’al-Libi avait alors déclaré à la CIA qu’avant même de quitter Bagram, il s’était résolu à dire ce qu’il pensait que ses interrogateurs souhaitaient entendre afin de recevoir de meilleurs traitements.

À son arrivée en Égypte, selon ses dires, il a été placé une nouvelle fois dans un petit coffre pendant environ dix-sept heures. Il a ensuite été extirpé du coffre et battu, avant de se voir offrir « une dernière occasion de dire la vérité ».

Al-Libi a alors décidé d’indiquer à ses interrogateurs que trois membres d’al-Qaïda s’étaient rendus en Irak pour se renseigner sur les armes nucléaires, tout en utilisant des noms de personnes réelles afin de pouvoir se souvenir de certains détails de son histoire inventée. Cela a manifestement plu à ses interrogateurs, a-t-il indiqué, puisque ces derniers l’ont emmené dans une grande pièce et lui ont donné à manger.

Une unité de la Garde nationale des États-Unis se prépare à entrer dans une maison à Falloujah (Irak), en juillet 2003 (AFP)

Quelques jours plus tard, il a été interrogé sur l’anthrax et le programme irakien en matière d’armes biologiques, mais il n’a pas pu raconter une autre histoire fausse puisqu’il ne comprenait pas le terme d’armes biologiques, a-t-il expliqué.

Si l’on ignore quelles questions ont été transmises aux Égyptiens par le MI5 et le MI6 pour être posées à al-Libi, MEE comprend qu’un certain nombre de ressortissants britanniques étaient suspectés d’avoir été des formateurs dans le camp de Khalden.

On sait également que Blair voulait être en mesure de démontrer l’existence d’un lien entre al-Qaïda et l’Irak, indépendamment du scepticisme du Joint Intelligence Committee.

« Nous concédons que nous n’avons pas suffisamment parlé de ce genre de choses aux ministres »

– Alex Younger, chef du MI6

Néanmoins, on ignore combien de ministres britanniques étaient au courant des mauvais traitements infligés à al-Libi. L’ISC a constaté que lorsqu’une avocate du MI5 avait demandé instamment à ce que le Home Office (le ministère de l’Intérieur) en soit informé, un autre officier du MI5 avait écarté sa requête au motif que le MI6 n’avait pas l’intention d’informer le Foreign Office (le ministère des Affaires étrangères).

Témoignant auprès de l’ISC, Alex Younger, le chef actuel du MI6, a déclaré : « Nous concédons que nous n’avons pas suffisamment parlé de ce genre de choses aux ministres […] Il n’y a pas eu de conversation approfondie avec les ministres à ce sujet. »

Les informations fournies par al-Libi « utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak »

L’emploi des fausses informations fournies par al-Libi a été clairement défini par le comité du renseignement du Sénat américain, qui a précisé dans son rapport de 2014 sur le programme de détention et d’interrogatoire de la CIA : « Certaines de ces informations ont été citées par le secrétaire d’État Powell dans son discours aux Nations unies et ont été utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003 ».

Après avoir entendu des témoignages en provenance de l’ensemble de la communauté américaine du renseignement, le comité a conclu qu’al-Libi avait été la seule source à avoir suggéré un jour l’existence d’un quelconque lien entre al-Qaïda et l’Irak.

Aucun autre détenu n’avait jamais fait la même affirmation, tandis qu’après la guerre, une analyse par la DIA de 34 millions de documents du gouvernement irakien saisis n’a permis de révéler aucune trace d’un tel lien.

Le président américain George W. Bush (à gauche) et le Premier ministre britannique Tony Blair lors d’une conférence de presse conjointe à Belfast (Irlande du Nord), en avril 2003 (AFP)

À ce moment-là, la CIA avait convenu que les affirmations d’al-Libi sur les ADM étaient fausses. Dès 2005, Colin Powell avait reconnu que son discours devant le Conseil de sécurité était « douloureux » et qu’il constituait une « tache » sur son bilan. La torture égyptienne avait produit des renseignements erronés qui ont ouvert la voie à la guerre.

Tony Blair semble avoir eu plus de mal à accepter pleinement la vérité. En juin 2004, un jour après que la commission d’enquête américaine sur les attentats du 11 septembre a rapporté qu’elle n’avait trouvé « aucune preuve crédible d’une coopération entre l’Irak et al-Qaïda dans le cadre d’attaques contre les États-Unis », la porte-parole de Blair a continué de marteler qu’il y avait un lien et qu’al-Qaïda opérait dans l’Irak de Saddam Hussein.

« [Saddam Hussein a] créé un environnement favorable au terrorisme et nous savons que les personnes affiliées à al-Qaïda ont opéré en Irak sous le régime », a-t-elle déclaré aux journalistes.

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Après une courte période sous la garde de la CIA à Guantánamo, al-Libi a été transféré vers plusieurs autres sites. À un moment donné, des compatriotes libyens ont affirmé l’avoir vu dans un centre de détention américain en Afghanistan connu sous le nom de Dark Prison (« prison sombre »).

Finalement, il a été emmené en Libye et conduit à la tristement célèbre prison d’Abou Salim, où il a été informé de son emprisonnement à perpétuité.

En avril 2009, les autorités libyennes ont annoncé qu’il s’était suicidé dans sa cellule. Human Rights Watch – dont des chercheurs avaient tenté de lui rendre visite – a déclaré avoir vu par la suite des photographies, prises par des responsables pénitentiaires libyens le jour de sa mort, où étaient visibles des contusions sur certaines parties de son corps.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.