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Explosion du choléra au Yémen : les parents assistent au dernier souffle de leurs enfants

Avec 20 décès imputés au choléra et 3 460 cas suspects signalés en une seule journée, un état d’urgence a été décrété dans le pays déchiré par la guerre
Biqdad, 9 ans, et Mariah, 2 ans, reçoivent un traitement contre le choléra à l’hôpital d’État al-Sabeen à Sanaa, au Yémen (MEE/Mohammed Hamoud)

SANAA, Yémen – Des centaines de personnes ont envahi les couloirs et le hall de l’hôpital al-Sabeen, au cœur de la capitale yéménite. Leurs yeux sont secs et ils ne peuvent retenir leurs vomissements, car ils cherchent désespérément un traitement contre l’épidémie de choléra qui s’est rapidement répandue à travers la capitale.

Des Yéménites contaminés par le choléra patientent dans le couloir de l’hôpital al-Sabeen à Sanaa, au Yémen (MEE/Mohammed Hamoud)

Certains patients, dont plusieurs enfants, ont cessé de respirer. Au bout quelques minutes, les médecins annoncent leur mort tandis que des parents endeuillés continuent de les surveiller.

Le docteur Nabil al-Najar, directeur adjoint de l’hôpital al-Sabeen, circule pour suivre les progrès des patients. Il a expliqué que les hôpitaux, déjà usés par deux ans de guerre, étaient submergés par le grand nombre de personnes qui affluent pour demander des soins. Ils reçoivent au moins 200 nouveaux cas par jour qui s’ajoutent aux patients blessés lors de frappes aériennes.

Un enfant contaminé par le choléra est traité dans le hall de l’hôpital al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

« Ici, nous avons mis trois enfants dans un lit, et là, nous avons mis un homme, son épouse et leur enfant dans un autre lit ; l’hôpital n’a plus de lits », a affirmé le docteur Najar.

« Nous sommes également en pénurie de médicaments et nous ne pouvons pas faire face au nombre croissant de patients. »

Vendredi, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le choléra avait tué 242 personnes au Yémen au cours des trois dernières semaines, en plus de plus de 23 000 personnes qui ont été affectées par la maladie.

Des enfants contaminés par le choléra patientent dans le couloir de l’hôpital al-Sabeen, dans la capitale yéménite (MEE/Mohammed Hamoud)

Hamamah Abdullah, 38 ans, est la mère de quatre enfants âgés d’un à 13 ans et contaminés par le choléra.

Hamamah Abdullah, 38 ans, tient son fils Hassan, âgé d’un an et contaminé par le choléra, dans le couloir de l’hôpital Al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

« Mon fils aîné Taha, 13 ans, a été le premier contaminé, puis il a transmis la maladie à ses frères et sœurs, a expliqué Hamamah Abdullah. Les médecins m’ont dit qu’il n’y avait plus de lits disponibles pour mes enfants et ont placé les enfants sur une couverture à même le sol dans le couloir pour leur administrer un traitement. »

Hamamah Abdullah est terrifiée à l’idée de perdre ses enfants à cause du manque de médicaments. Même s’ils se rétablissent, elle craint qu’ils ne soient de nouveau contaminés en raison de l’ampleur de la propagation de la maladie.

Un médecin examine quatre frères contaminés par le choléra dans le couloir de l’hôpital al-Sabeen, à Sanaa (MEE/Mohammed Hamoud)

Latifa Ahmed raconte que sa fille de 20 ans, Zikriya, est tombée dans le coma après avoir souffert de fortes diarrhées et de vomissements pendant un jour. Elle reçoit actuellement un traitement à l’hôpital.

« Il n’y a pas assez de médicaments, de lits et de médecins. La nuit, je ne trouve pas de médecins pour vérifier l’état de ma fille », a déploré Ahmed.

D’après l’AFP, le représentant intérimaire de l’OMS au Yémen Nevio Zagaria a déclaré lors d’une conférence que « la vitesse de recrudescence de cette épidémie de choléra [était] sans précédent ».

Abdullah Abdulftah, âgée d’un an et contaminée par le choléra, dans les bras de son père, dans le hall de l’hôpital al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

Nevio Zagaria a déclaré qu’au cours de la journée précédente uniquement, 20 décès imputés au choléra et 3 460 cas suspects avaient été enregistrés dans le pays, où les deux tiers de la population sont au bord de la famine. De nombreux autres cas et décès ne sont probablement pas signalés.

Nevio Zagaria a indiqué que beaucoup des professionnels de la santé restants dans le pays n’avaient pas été payés depuis sept mois et a ajouté que le nombre de cas suspects de choléra pouvait être beaucoup plus élevé que le chiffre enregistré.

Plus tôt dans la semaine, les autorités à Sanaa ont décrété un état d’urgence suite à l’épidémie de choléra dans la capitale yéménite contrôlée par les rebelles houthis. Le ministère de la Santé a indiqué que les cas de choléra s’étaient aggravés et s’est déclaré « incapable de contenir cette catastrophe ».

Musleh Rajeh, 90 ans, reçoit un traitement contre le choléra sur un lit dans le hall de l’hôpital al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

En mars 2015, l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition de pays arabes et du Golfe pour soutenir le gouvernement déchu du Yémen contre les rebelles chiites houthis. La guerre a tué au moins 10 000 civils et trois millions de personnes ont été déplacées jusqu’à présent.

Les Yéménites qui ont survécu aux bombardements et aux bombes courent désormais le risque de mourir du choléra, une infection bactérienne hautement contagieuse contractée par l’ingestion de nourriture ou d’eau contaminée.

Des liquides intraveineux, des comprimés de chlore et les sels de réhydratation absorbés par voie orale aident à traiter l’épidémie de choléra (MEE/Mohammed Hamoud)

L’épidémie de choléra au Yémen a été annoncée pour la première fois le 6 octobre dernier par le ministère yéménite de la Santé publique et de la Population.

Le Dr Malak Shahir, de Médecins sans frontières, a expliqué que « l’épidémie de choléra [a été] principalement causée par le mélange entre les eaux usées sales et les tas de sacs d’ordures dans les rues et les zones résidentielles ».

L’épidémie de choléra a été causée par les eaux usées sale et les tas d’ordures dans les zones résidentielles (MEE/Mohammed Hamoud)

La crise sanitaire s’est aggravée lors d’une crise des ordures qui a touché la capitale, causée par une grève de dix jours des éboueurs qui exigeaient le versement de leurs salaires impayés. Ils ont repris le travail le week-end dernier après avoir été payés.

« Notre salaire n’avait pas été payé au cours des deux derniers mois et, par conséquent, des sacs d’ordures se sont empilés dans toutes les rues et tous les quartiers de la capitale », a expliqué Salim al-Zabidy, éboueur.

Salim al-Zabidy, éboueur, collecte des ordures dans une zone résidentielle de Sanaa (MEE/Mohammed Hamoud)

« Les autorités retardent toujours nos salaires en prétextant un manque de liquidités financières dû à la guerre », a-t-il affirmé.

Selon Nevio Zagaria, de l’OMS, les autorités yéménites ont besoin de fonds pour aider à réparer les infrastructures essentielles pour protéger les ressources en eau.

« La [vitesse de propagation] de la maladie est trop élevée et ils ont besoin d’un appui substantiel afin de réparer le réseau d’égouts, [...] de traiter et de chlorer les sources d’eau. »

En l’absence d’efforts spectaculaires pour stopper la propagation de la maladie, « le prix que nous allons payer en matière de vies humaines sera extrêmement élevé », a-t-il déclaré.

Fatimah Abdu, 80 ans, reçoit un traitement contre le choléra à l’hôpital al-Sabeen (MEE/Mohammed Hamoud)

À l’hôpital, de nouveaux cas de choléra continuent d’arriver. Zain al-Abideen al-Sabari, 3 ans, reçoit un traitement intraveineux à même le sol du hall de l’hôpital.

« J’ai emmené mon fils à l’hôpital al-Sabeen après que de nombreux autres hôpitaux ont refusé de l’admettre parce qu’il n’y avait plus de lits pour le recevoir », a raconté Fatimah Abdu Ahmed, la mère de Sabari.

« J’espère que la guerre prendra fin, que le blocus économique sera levé, que le choléra sera éradiqué et que mon fils récupérera très vite », a-t-elle confié.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.