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« Ils sont venus tuer » : la violence des colons fait un autre mort en Palestine occupée

Hamdi Talib Nasan, père de quatre enfants, a été tué d’une balle dans le dos lors d’un raid des colons dans le village cisjordanien d’al-Mughayyir. Encore une fois, l’armée israélienne à proximité n’a rien fait pour protéger les Palestiniens
Les amis et la famille de Hamdi Talib Nasan ouvrent le cortège funèbre (Tessa Fox/MEE)
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AL-MUGHAYYIR, Territoires palestiniens occupés (Cisjordanie) – Oscillant entre colère et désespoir, des hommes du village cisjordanien d’al-Mughayyir faisaient la queue pour entrer dans la morgue de l’hôpital de Ramallah dimanche matin.

Sa famille et ses amis pleurent le décès de Hamdi Talib Nasan, père de quatre enfants, tué d’une balle dans le dos par des colons israéliens la veille dans l’après-midi.

Les colons ont attaqué le village, situé à 30 km au nord-est de Ramallah, brandissant des M-16 et tirant à balles réelles sur les habitations.

Âgé de 38 ans, Nasan portait un homme ayant reçu deux balles dans l’estomac lorsqu’il a été tué.

Hamdi Talib Nasan avait 38 ans

Après avoir quitté la morgue, le cortège funèbre a défilé dans les rues de Ramallah avec les drapeaux de la Palestine et du Fatah, le parti au pouvoir, avant de se diriger vers al-Mughayyir, où allait être inhumé Nasan.

Les forces israéliennes avaient érigé un barrage sur la route 60, au niveau de la principale intersection menant au village. Une centaine de Palestiniens s’étaient rassemblés sur la route, prêts à d’éventuels affrontements avec les soldats israéliens. Deux adolescents de 13 ans avaient été arrêtés avant même l’arrivée de la dépouille de Nasan au village.

Les Palestiniens ont rendu grâce à Dieu que le cortège ait finalement été autorisé à passer, tandis qu’une foule de femmes éplorées accueillaient la dépouille de Nasan chez lui. Il a ensuite été rapidement transporté à la mosquée sous les louanges, étant mort en combattant pour la Palestine, puis inhumé dans le cimetière voisin.

« Ils sont venus tuer »

Des colons de l’avant-poste voisin d’Adei Ad ont attaqué les habitations situées en bordure du village vers 15 h samedi, a raconté à Middle East Eye Ataf Nasan, le cousin de Hamdi Talib Nasan.

Les colons ont construit approximativement 110 avant-postes en Cisjordanie sans autorisation du gouvernement israélien. Bien qu’Israël ne reconnaisse pas le caractère illégal des colonies en vertu du droit international, il interdit leur version plus petite, les avant-postes.

« Ils ont commencé à tirer à balles réelles avec leurs M-16 de très loin vers les maisons, à l’intérieur, il y avait de jeunes enfants »

- Ataf Nasan, cousin de Hamdi Talib Nasan

Lorsque les colons ont attaqué le village, des habitants palestiniens sont sortis et ont commencé à jeter des pierres sur les colons, pour tenter de les faire battre en retraite.

« Ils ont commencé à tirer à balles réelles avec leurs M-16 de très loin vers les maisons, à l’intérieur, il y avait de jeunes enfants », s’est exclamé Ataf.

« Ils sont venus dans l’intention de tuer quelqu’un. »

Des femmes d’al-Mughayyir pleure la mort de Hamdi Talib Nasan, tué par des colons samedi (Tessa Fox/MEE)

Lorsque la mort de Nasan a été annoncée, des responsables de l’armée israélienne ont ouvert une enquête pour déterminer si c’était un colon ou un soldat qui avait tiré. 

L’unité du porte-parole de l’armée israélienne a déclaré que les colons avaient bel et bien tiré, mais qu’ils ne savaient pas encore si ces tirs étaient mortels.

Les habitants d’al-Mughayyir sont certains que c’est un colon qui a tué Hamdi Talib Nasan. Neuf autres personnes ont été blessées, dont deux dans un état grave, selon l’hôpital de Ramallah.

Aucune protection de la part des forces israéliennes

Les affrontements entre les colons et les Palestiniens à Al-Mughayyir ont duré deux heures. Selon les habitants, les soldats israéliens n’ont rien fait pour mettre un terme à la violence des colons.

« [Les soldats israéliens] n’ont rien fait pour nous protéger »

- Ataf Nasan, cousin de Hamdi Talib Nasan

« Dès que les colons ont commencé à tirer à balles réelles, nous avons pensé que l’armée viendrait [car] ils n’étaient qu’à deux kilomètres », a expliqué Ataf.

L’armée israélienne n’est arrivée sur les lieux qu’après la mort de Nasan, tirant des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les Palestiniens.

« Ils n’ont rien fait pour nous protéger », a déclaré Ataf.

Selon le compte Twitter en hébreu de l’armée israélienne, « les forces sont arrivées rapidement et ont réagi en dispersant les manifestations » une fois averties des affrontements.

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Amin Abu Alya, président du conseil d’al-Mughayyir, a déclaré que la violence des colons s’était intensifiée dans le village ces deux derniers mois, sans que la police israélienne ne soit d’aucune aide.

« Hier, la police israélienne était sur les lieux, ainsi que l’armée, mais ils n’ont fait que prendre des vidéos », a déclaré Abu Alya à MEE.

Colons et soldats, « ce sont les mêmes »

Les Palestiniens estiment que la différence entre les colons et les soldats israéliens est rapidement en train de disparaître.

« Généralement, on voit les colons et les soldats marcher côte à côte avec leurs armes », a expliqué Ataf.

« Dans l’absolu, ce sont les mêmes et l’armée protège toujours les colons. »

Des affiches placardées à l’arrière d’une ambulance dans le village d’al-Mughayyir dépeignent Hamdi Talib Nasan comme un martyr politique mort pour la liberté de la Palestine (Tessa Fox/MEE)

Marzook Abu Naen, membre du conseil d’al-Mughayyir, partage cet avis et a fermement affirmé à MEE qu’il n’y avait pas de différence entre les colons et l’armée.

« L’armée était dans la rue principale ; ils ont vu ce qui se passait et ils n’ont rien fait », a-t-il déclaré.

« Les gens les ont appelés [l’armée israélienne] et ils ont dit que ce n’était pas leur affaire, puis après leur arrivée, ils ont commencé à nous tirer dessus au lieu d’arrêter les colons ou de faire quelque chose contre eux. »

En vertu du droit international, Israël est tenu en tant que puissance occupante de protéger les Palestiniens et leurs droits.

« Nous ne pouvons pas nous défendre »

Le village d’al-Mughayyir se situe dans la zone C de la Cisjordanie, entièrement sous le contrôle de l’armée israélienne.

Sans police ni personne pour les défendre, les Palestiniens se sentent démunis.

« Nous ne pouvons pas nous défendre. Ils nous tireraient dessus avec des M16 », a déclaré Abu Naen, préférant rire du manque de protection.

Le jardin de la maison de Hamdi Talib Nasan est rempli de femmes alors que son corps est amené pour un dernier adieu (Tessa Fox/MEE)

La seule forme de défense dont les Palestiniens disposent est de rester et de résister sur leurs terres, a ajouté Abu Alya.

« Nous n’avons d’autre choix que de nous lever et de défendre notre terre avec des protestations non violentes », a-t-il déclaré.

« Nous n’avons d’autre choix que de nous lever et de défendre notre terre avec des protestations non violentes »

- Amin Abu Alya, président du conseil d’al-Mughayyir

« Même si lorsque nous protestons, cela met beaucoup de gens du village en danger, c’est la seule chose que nous puissions faire. »

Les habitants d’al-Mughayyir organisent depuis sept semaines des manifestations chaque vendredi contre les colons voisins qui limitent l’accès à leurs terres.

Si l’Administration civile – l’organe militaire qui représente la politique d’Israël en Cisjordanie occupée – a promis aux habitants que l’avant-poste illégal voisin de Mevo Shiloh serait évacué, il n’en est cependant rien ressorti.

Ataf a expliqué que les manifestations hebdomadaires avaient pour but de pousser les autorités à procéder à l’évacuation.

Le 25 janvier, la veille de l’assassinat de Nasan, les forces israéliennes avaient arrêté neuf villageois.

Aucun recours contre la violence en hausse des colons

Selon l’ONG israélienne Peace Now, 413 400 colons vivent en Cisjordanie.

Au début de l’année 2018, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a souligné une augmentation de la fréquence des attaques de colons.

Avant fin avril 2018, 27 incidents ayant occasionné des victimes palestiniennes avaient déjà été signalés, soit la moyenne mensuelle la plus élevée depuis 2014.

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À la fin de l’année 2018, 482 cas de violence de colons contre les Palestiniens et leurs biens avaient été rapportés, contre 140 en 2017.

Si un Palestinien tire sur un colon, comme cela a été le cas en décembre, l’agresseur est le plus souvent pourchassé et tué par les forces israéliennes et une punition collective est appliquée en faisant exploser le domicile familial.

En revanche, les autorités israéliennes mènent rarement des enquêtes lorsqu’un Palestinien est tué par un Israélien.

Si des enquêtes sont ouvertes, 85 % d’entre elles n’aboutissent à aucune condamnation à l’encontre du colon.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.