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Jamal Khashoggi, dissident saoudien de premier plan, est porté disparu

Jamal Khashoggi a été aperçu pour la dernière fois alors qu’il entrait au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, selon sa fiancée
Jamal Khashoggi a quitté l’Arabie saoudite en 2017, craignant la répression du nouveau gouvernement contre les voix dissidentes (capture d’écran)
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Jamal Khashoggi, éminent journaliste saoudien et chroniqueur au Washington Post, a disparu après s’être rendu au consulat de son pays à Istanbul ce mardi, a déclaré sa fiancée à Middle East Eye.

« Il y est entré à 13 heures [12 h, heure française] et n’est pas réapparu depuis. Je n’ai pas de déclaration à faire dans les médias pour le moment, mais j’ai contacté les autorités turques pour obtenir de l’aide », a déclaré par téléphone à MEE la fiancée de Khashoggi, qui a souhaité rester anonyme.

Khashoggi s’est rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul la semaine dernière, mais a été invité à revenir ce mardi pour compléter une demande d’ordre familial, a indiqué à MEE un journaliste du site d’information Arabi21 qui s’est entretenu avec elle.

La fiancée, de nationalité turque, a déclaré qu’il était entré dans la section du consulat réservée aux ressortissants saoudiens et qu’elle l’avait attendu pendant plusieurs heures dans le hall réservé aux étrangers, jusqu’à la fermeture du consulat. Le consulat est ouvert de 9 h à 15 h.

Les autorités turques et saoudiennes, notamment le consulat d’Istanbul et l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, selon Reuters.

Le consulat saoudien à Istanbul (Google Maps)

Âgé de 59 ans, Khashoggi a officié en tant que rédacteur en chef des journaux saoudiens Al-Arab et Al-Watan. Il avait auparavant occupé le poste de conseiller en communication du prince Turki al-Fayçal au cours de ses mandats d’ambassadeur à Londres et à Washington.

Ce journaliste chevronné a étudié à l’Université d’État d’Indiana et est basé à Washington, D.C. depuis qu’il a fui l’Arabie saoudite en 2017, craignant la répression du nouveau gouvernement contre les voix dissidentes.

Considéré comme un nationaliste saoudien, Khashoggi était perçu comme un proche de la cour royale avant son départ d’Arabie saoudite en septembre 2017.

« Ce serait injuste et scandaleux qu’il ait été arrêté pour son travail de journaliste et de commentateur. Jamal est un grand auteur et un observateur politique perspicace, profondément attaché à l’échange libre d’idées. Nous sommes honorés que son point de vue fasse partie de notre rubrique “Global Opinions” »

– Eli Lopez, Washington Post

Cependant, des frictions entre lui et les dirigeants du royaume ont commencé à se manifester après des propos formulés au Washington Institute for Near East Policy, Khashoggi ayant averti ce think tank que l’Arabie saoudite devait être « nerveuse à juste titre au sujet d’une présidence Trump ».

Les autorités saoudiennes l’ont informé peu de temps après qu’il lui était interdit d’écrire et de tweeter. Effrayé, Khashoggi a décidé de quitter le pays.

Depuis, il vit principalement dans la capitale américaine et écrit pour le Washington Post.

Eli Lopez, rédacteur en chef de la rubrique « Global Opinions » du Washington Post, a déclaré que le journal était « très préoccupé » par la situation de Khashoggi, qu’il n’est pas parvenu à joindre ce mardi.

« Nous surveillons la situation de près, nous essayons de rassembler de plus amples informations », a déclaré Lopez à MEE par e-mail.

« Ce serait injuste et scandaleux qu’il ait été arrêté pour son travail de journaliste et de commentateur. Jamal est un grand auteur et un observateur politique perspicace, profondément attaché à l’échange libre d’idées. Nous sommes honorés que son point de vue fasse partie de notre rubrique “Global Opinions”. Nous espérons qu’il est en sécurité et que nous aurons bientôt de ses nouvelles. »

Le département d’État américain a déclaré être au courant des informations faisant état de la disparition présumée de Khashoggi.

« Nous avons vu ces articles et nous recherchons de plus amples informations pour le moment », a déclaré un responsable américain à MEE par e-mail.

Selon un ami de Khashoggi, l’épouse saoudienne du journaliste aurait divorcé à la suite de sa brouille avec les autorités saoudiennes.

Il se rendait au consulat d’Istanbul pour obtenir la preuve de son divorce, que les autorités turques demandent pour l’autoriser à épouser sa fiancée.

Une campagne de sensibilisation à la disparition de Khashoggi est rapidement apparue en ligne, avec la diffusion sur Twitter du hashtag « JamalKhashoggiEnlevé » en arabe.

Traduction : « Nous appelons nos followers et tout le monde à participer à notre campagne de soutien en faveur de l’auteur saoudien enlevé Jamal Khashoggi et à utiliser le hashtag #اختطاف_جمال_خاشقجي afin de pousser les autorités à indiquer où il se trouve ! »

Selon Al-Jazeera Arabic, la police turque a ouvert une enquête à ce sujet.

Le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane a dirigé l’an dernier une purge contre des hommes d’affaires et d’autres membres de la famille royale, lors de laquelle des dizaines de personnalités influentes ont été détenues pour des faits présumés de corruption jusqu’à la conclusion d’accords financiers.

L’an dernier, les autorités saoudiennes auraient également arrêté le Premier ministre libanais Saad Hariri et l’auraient placé en résidence surveillée. Bien que ces informations aient été démenties par Hariri comme par Riyad, des responsables européens dont le président français Emmanuel Macron ont confirmé que le Premier ministre était retenu par les Saoudiens.

Alors que Mohammed ben Salmane a initié une campagne de modernisation pour contrer l’image donnée au royaume, dépeint comme une société ultraconservatrice dirigée par un gouvernement répressif, des groupes de défense des droits de l’homme soutiennent que la répression contre les activistes des droits de l’homme s’est intensifiée.

« Le gouvernement saoudien semble déterminé à priver ses citoyens de tout espace pour afficher un soutien ne serait-ce que rhétorique aux militants emprisonnés dans le cadre de cette répression impitoyable contre la dissidence », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’oNG Human Rights Watch, plus tôt cette année.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.