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La Turquie force les demandeurs d'asile à retourner en Syrie, selon Amnesty International

Le groupe de défense des droits de l'Homme affirme que les renvois soulèvent de sérieuses questions quant à l'accord de l'UE visant à renvoyer les demandeurs d'asile en Turquie qui entre en application aujourd’hui
Des soldats turcs utilisent des canons à eau pour disperser les réfugiés syriens en juin 2015 (AFP)
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Selon un nouveau rapport publié vendredi par Amnesty International, la Turquie renvoie par la force une centaine de demandeurs d'asile syriens par jour depuis janvier, ce qui suscite des inquiétudes quant au programme d'échange de migrants de l'UE avec la Turquie.

Selon les recherches menées par Amnesty International, une femme enceinte de huit mois et trois jeunes enfants figuraient parmi les personnes renvoyées de force en Syrie.

Amnesty International affirme que ces renvois, qui sont illégaux en vertu du droit international, sont un « secret de Polichinelle » dans la région.

« L'inhumanité et l'ampleur de ces renvois est véritablement choquante, la Turquie devrait y mettre un terme immédiatement » a déclaré John Dalhuisen, directeur d'Amnesty International pour l'Europe et l'Asie centrale.

Les gardes-frontières ont également été accusés cette semaine d'avoir employé la force meurtrière pour empêcher les réfugiés d'entrer sur le territoire turc.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme, un organisme de surveillance basé au Royaume-Uni, a cité jeudi des sources de la région frontalière indiquant que les gardes-frontières turcs avaient abattu seize personnes, dont trois mineurs, qui tentaient de franchir la frontière depuis la Syrie au cours des trois derniers mois.

« Rien que la semaine dernière, une femme a été tuée et sa fille gravement blessée », a déclaré le directeur Rami Abdurrahman au site d'information EUobserver.

« L'Union européenne doit faire pression sur la Turquie pour qu'elle arrête de tuer des personnes. »

La Turquie a contesté les deux rapports, et l'un de ses représentants officiels a qualifié de « totalement scandaleuses » les accusations selon lesquelles ses gardes-frontières auraient tiré à balles réelles pour empêcher le franchissement de la frontière.

Le ministre turc des Affaires étrangères a également indiqué à Reuters que le rapport d'Amnesty International était inexact et a soutenu qu'« aucun des syriens qui ont demandé la protection de notre pays n'est renvoyé dans son pays par la force, conformément au droit international et national ».

L'Union européenne considère la Turquie comme un « pays sûr » et a récemment signé un accord prévoyant d'y renvoyer des milliers de demandeurs d'asile depuis l'Europe en échange d'un aide financière et de la relocalisation des personnes vivant actuellement dans des camps en Turquie.

Les premiers renvois doivent avoir lieu aujourd’hui et un porte-parole de la Commission européenne a précisé à EUobserver que « tout le monde travaille dur pour atteindre cet objectif ».

Amnesty International a critiqué l'accord et s'interroge sur la possibilité de considérer la Turquie, qui abrite actuellement plus de 2,7 millions de Syriens, comme un pays sûr pour renvoyer les demandeurs d'asile.

« Dans leur tentative désespérée pour sceller leurs frontières, les dirigeants européens ont délibérément ignoré les faits les plus simples : la Turquie n'est pas un pays sûr pour les réfugiés syriens et elle l'est de moins en moins au fil des jours », affirme John Dalhuisen.

« L'ampleur des renvois de réfugiés syriens que nous avons documentés met en lumière les lacunes fatales de l'accord entre l'UE et la Turquie. Cet accord ne peut être appliqué que par les cœurs les plus endurcis et en méprisant allègrement le droit international. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.