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« L’ami du souverain des EAU » a dirigé le complot libyen visant à tuer le prince héritier saoudien

Selon un des fils Kadhafi, le Libyen impliqué dans le complot de 2003 a vécu aux Émirats arabes unis et est un proche du souverain d’Abou Dabi – ce qui contredit les accusations saoudiennes d’une implication du Qatar
Mohammed ben Zayed se serait lié d’amitié avec le Libyen Mohammed Ismail et lui aurait offert asile et protection (AFP)
Par MEE

Un espion libyen ayant joué les intermédiaires dans un complot raté contre le défunt roi saoudien Abdallah entretient d’étroites relations avec le souverain de fait des Émirats arabes unis (EAU), selon un des fils de Mouammar Kadhafi. Ses déclarations ébranlent les affirmations saoudiennes selon lesquelles le Qatar est impliqué.

Le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel al-Jubeir, a prétendu ce mois-ci que l’ancien émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, aurait comploté en 2003 avec l’ancien dictateur libyen Kadhafi pour assassiner à La Mecque Abdallah ben Abdelaziz, prince héritier saoudien à l’époque.

Le complot, commandité par Kadhafi, a été supervisé par Mohammed Ismail, colonel du service du renseignement militaire de Kadhafi, par le chef de l’espion libyen Moussa Koussa et et par Abdurahman Alamoudi, chef musulman américain qui purge actuellement une peine de prison de 23 ans aux États-Unis, après avoir avoué avoir pris part à la tentative d’assassinat.

Les conspirateurs avaient projeté d’assassiner le futur roi saoudien en tirant un missile sur son cortège. Ismail jouait un rôle capital dans ce complot, à la fois pour recruter des assassins potentiels et pour faciliter le paiement de dissidents saoudiens à Londres, en échange de leur participation au complot.

Cependant, dans un entretien accordé en 2014 et resté secret jusqu’à maintenant, le fils de Kadhafi, al-Saadi, a prétendu qu’Ismail était devenu un ami intime du prince héritier d’Abou Dabi, Mohammed ben Zayed, qu’il connaissait le numéro de sa ligne directe et que la citoyenneté émiratie lui avait été accordée après la chute du gouvernement Kadhafi, en 2011.

Voici ce que déclarait Jubeir, dans un entretien accordé à Al Arabiya : « Pour ce qui est du terrorisme soutenu par le Qatar en Arabie saoudite, nous avons constaté, à une occasion, la trace d’une participation qatarie dans le complot ourdi à La Mecque par Kadhafi afin d’assassiner l’ancien roi. »

Parallèlement, un conseiller royal, Saud al-Qahtani, a prétendu sur Twitter que l’ancien émir du Qatar était personnellement impliqué dans le complot manqué. Selon lui, le cheikh Hamad s’était rendu à Tripoli pour assurer à Kadhafi qu’il était prêt « à satisfaire toutes ses demandes » visant à d’obtenir la participation de dissidents saoudiens.

Qahtani a affirmé que Kadhafi avait lancé ce projet après avoir été insulté par Abdallah lors d’une conférence de la Ligue arabe.

Dans ses messages sur Twitter, Qahtani a écrit : « Kadhafi est entré dans une colère noire et a pris contact avec des dissidents saoudiens, ceux établis à Londres, pour être exact, qui ont cependant refusé de coopérer avec lui parce qu’ils s’étaient engagés à travailler pour l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa.

Messages relatifs à la tentative d’assassinat, postés par Qahtani sur Twitter (captures d’écran)

« Kadhafi a demandé à l’émir de l’aider à se venger d’Abdallah et Hamad a indiqué qu’il y était disposé. Ils ont donc décidé de se rencontrer. Hamad ben Khalifa a alors ordonné aux dissidents de Londres d’exécuter toutes les instructions en provenance du colonel libyen, Mohammed Ismail ».

Or, l’entretien avec al-Saadi Kadhafi – posté d’abord en ligne par les médias libyens en novembre de 2014, suite à son arrestation au Niger et son extradition en Libye – révèle l’existence des liens qu’entretiendrait Ismail avec les EAU, l’un des ennemis jurés du Qatar. 

Dans cette vidéo, Saadi déclare : « ... quant à Mohammed Ismail, ils lui ont accordé la citoyenneté des EAU – il vit à Abou Dabi. Mohammed Ismail a été introduit aux EAU par Mohammed ben Zayed. »

« Mohammed bin Zayed dispose d’un numéro de téléphone portable exclusivement dédié aux communications avec les chefs d’État – et Mohammed Ismail le connaît. Même moi je l’ignore, mais Mohammed Ismail le connaît, lui ».

MEE n’a pas été en mesure de vérifier dans quelles circonstances a été enregistrée cette vidéo.

Mohammed bin Zayed dispose d’un numéro de téléphone portable exclusivement dédié aux communications avec les chefs d’État – et Mohammed Ismail le connaît

- Saadi Gaddafi

Tirer sur un prince moqueur

Les autorités saoudiennes ont condamné Ismail pour son rôle dans la préparation du complot, après son arrestation en novembre 2003, quelques heures à peine après sa fuite du royaume, suite à l’échec du complot. De hauts fonctionnaires saoudiens ont affirmé qu’il avait avoué sa participation et qu’il avait aussi été interrogé par des agents de la CIA et du FBI.

Des rapports indiquent que le complot de 2003 était commandité par Kadhafi, qui venait de se faire ridiculiser par Abdallah lors d’un sommet de la Ligue arabe : ce dernier, pendant la séance ouverte, avait dit publiquement : « Kadhafi, vos mensonges vous précèdent et votre tombe est ouverte devant vous ».

Des rapports récents indiquent que le complot impliquait le paiement d’un million de dollars aux militants saoudiens qui, pendant l’un des déplacements d’Abdallah à la Mecque, devaient tirer sur sa voiture avec des grenades ou des missiles portatifs.

Le Washington Post a précisé que ce complot avait été bâclé à plusieurs stades, notamment dans le transfert d’argent qui n’était pas parvenu à la bonne banque à Médine, sans parler des sacs bourrés de billets, abandonnés devant une chambre de l’hôtel Hilton à la Mecque, censés être ramassés par un service de messagerie saoudien.

Ismail aurait indiqué qu’il avait pour mission de payer les militants. Ses propos, après croisement avec ceux d’Alamoudi, furent jugés suffisamment crédibles pour que les États-Unis ouvrent une enquête.

Des officiels britanniques ont aussi enquêté sur cette affaire et sur le rôle présumé de deux dissidents saoudiens installés à Londres.

Le New-York Times a écrit que les interrogateurs du FBI avaient demandé à Ismail s’il avait été soumis à des tortures ou abus pendant sa détention en Arabie Saoudite.

Ce à quoi Ismail a répondu qu’il avait été bien traité et qu’il avait demandé l’asile politique, parce qu’il craignait d’être éliminé s’il retournait en Libye.

Cependant, Ismail a été pardonné par le roi Abdallah lors de son accession au trône, en 2005, dans le cadre d’un rapprochement avec la Libye.

Il est donc rentré en Libye où, croit savoir Middle East Eye, il a continué à servir la famille de Kadhafi en qualité de « gardien ».

MEE n’a pas été en mesure de confirmer où se trouve actuellement Ismail, mais d’après certaines sources, il aurait pris contact avec Saïf al-Islam, un autre fils de Kadhafi, pas plus tard qu’en 2012.

Mohammed Ismail, photographié à Tripoli, en 2011 (AFP)

Le retour du clan Kadhafi ?

Dans cette vidéo, Saadi déclare aussi que les EAU avaient projeté de ré-installer l’un des membres de famille Kadhafi à la tête de la Libye.

« Mohammed ben Zayed souhaite remettre en selle Saïf al-Islam Kadhafi dans les affaires politiques en Libye, mais seulement après un retour au calme dans le pays ».

Saïf al-Islam a été récemment libéré de prison, où Ismail avait gardé contact avec lui grâce à son équipe juridique. Il aurait été emmené dans l’est de la Libye, contrôlée par général Khalifa Haftar, l’allié des EAU en Libye.

Les allégations de Jubeir et Qahtani sortent au moment où l’Arabie saoudite impose un blocus contre le Qatar aux motifs des complicités qu’il entretiendrait avec « le terrorisme », ainsi que de son soutien à l’Iran. Le Qatar nie toutes ces accusations.

Depuis le début du conflit, l’Arabie saoudite, soutenue par les EAU et Bahreïn, a eu deux semaines pour apporter des preuves à ses accusations contre le Qatar – sans succès – dont celles de participation à la tentative d’assassinat, taxées mardi par le Département d’État américain d’« invraisemblables ».

La semaine dernière, l’Arabie saoudite a soumis la fin du blocus à treize conditions, dont de sérieuses restrictions en termes de politique étrangère et la fermeture d’Al Jazeera – exigences catégoriquement rejetés par Doha.

Traduction de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

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