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Le rapport 2019 du Sénat américain sur les frappes de drones

Je serais bien surpris si, en 2019, certaines composantes de l’appareil national de sécurité américain et la Maison blanche ne poursuivaient plus, en toute impunité, leurs campagnes d’assassinats par frappes de drones au-delà des frontières nationales
Un garçon yéménite passe devant une peinture murale représentant un drone américain avec l’inscription « Pourquoi avez-vous tué ma famille ? » (AFP)

Retour sur la guerre de Washington contre le terrorisme

Nous sommes le 6 décembre 2019, au terme de trois années de présidence Clinton fatiguée et dotés d’un Congrès profondément divisé. Ce jour-là, la synthèse de 500 pages du rapport longtemps disputé, souvent différé et largement épuré de la commission du renseignement du Sénat sur les guerres de drones secrètes de la CIA et d'autres campagnes aériennes menées par les Etats-Unis au cours des dix-huit années de guerre contre le terrorisme est enfin rendue publique. Ce jour-là, à la tribune sénatoriale, le président de la commission Ron Wyden (D-OR) prend la parole, en dépit des avertissements de ses collègues républicains faisant valoir que ce rapport pourrait « enflammer » les ennemis de l'Amérique et provoquer des violences à travers le Grand Moyen-Orient. Il déclare :

« Au cours des deux dernières semaines, j’ai procédé à une longue introspection sur l'opportunité de retarder la publication de ce rapport. L’instabilité règne indubitablement dans de nombreuses parties du monde. Malheureusement, ces troubles vont se poursuivre dans un avenir prévisible, que ce rapport soit rendu public ou non. Le moment ‘’opportun’’ pour le publier ne viendra peut-être donc jamais. L'instabilité que nous vivons aujourd'hui ne sera pas enrayée en quelques mois ni en quelques années. Or ce rapport est trop important pour rester secret indéfiniment. Ce, pour la simple raison que les campagnes d’attaques de drones que nous avons menées au cours de ces dix-huit dernières années se sont avérées une profanation de nos valeurs et de notre histoire ».

Bien que nous soyons un vendredi après-midi, habituellement zone morte pour les médias, la réaction est fulgurante. Comme cela avait été le cas cinq ans auparavant avec le rapport, également disputé, du comité sur la torture, celui sur les drones fait l’objet d’une couverture médiatique non-stop. Ses « révélations » sont jetées à la face d’une nation abasourdie. On y trouve les propres estimations de la CIA sur les centaines d'enfants tués par les frappes de drones menées contre les « terroristes » et les « militants » du Pakistan et du Yémen. On y trouve les « frappes double-clic » dans lesquelles les drones sont renvoyés après les attaques initiales pour traquer les sauveteurs des victimes enterrées sous les décombres ou bombarder les funérailles des cibles assassinées. On y trouve les propres statistiques de la CIA sur le nombre stupéfiant de villageois inconnus tués chaque fois qu’une cible importante est finalement éliminée (1 147 morts au Pakistan pour 41 individus spécifiquement ciblés). On y trouve les surprenantes discussions internes de l'agence sur l'imprécision des armes robotiques, pourtant saluées publiquement pour leur « précision chirurgicale » (ainsi que sur la faiblesse de la plupart des informations conduisant aux cibles). On y trouve les plaisanteries et l’habituel langage déshumanisant des équipes aux commandes des drones, comme l’expression « insecte écrasé » pour désigner les victimes des attaques. On y trouve les « frappes griffées », c’est-à-dire le ciblage de groupes de jeunes hommes en âge de combattre dont on ne sait rien de particulier. Et, bien entendu, on y trouve l’argument, qui engendrera des débats enflammés dans les médias, relatif à « l'efficacité » de tout ceci (y compris divers emails de responsables de la CIA admettant que les campagnes de drones au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen ont servi non pas tant à détruire des terroristes qu’à en créer de nouveaux).

On y trouve aussi de nouveaux scoops sur les rouages internes, tels que la « liste d’hommes à abattre » du président et les réunions du « mardi de la terreur » convoquées pour discuter des prochaines cibles de par le monde. On y trouve les discussions d'initiés sur les décisions d’assassinats par drone de citoyens américains à l'étranger, hors de toute procédure judiciaire. Et on y trouve les emails révélateurs, impliquant jusqu’aux conseillers du président, sur les méthodes de fabrication de documents exonératoires « légaux » à l’attention du ministère de la Justice.

Le plus choquant, pour une nation sans méfiance, est la révélation que l’aviation militaire américaine aurait, durant toutes ces années, totalement ou partiellement anéanti au moins neuf mariages et leurs cortèges de jeunes mariés, de parents, d’amis et d’invités, soit une centaine de personnes tuées au cours de cérémonies nuptiales dans pas moins de trois pays du Grand Moyen-Orient. Cette révélation offusque la nation et fait les gros titres de toute la presse, du sobre « Le nombre de victimes des mariages enfin connu » du Washington Post, au « Boom la mariée ! » du New York Post.

Cependant, si l’ensemble de ces révélations fait la une des journaux, l’essentiel du débat tourne autour de « l'efficacité » des campagnes de drones de la Maison blanche et de la CIA. Comme l’a souligné le sénateur Wyden ce jour-là dans son discours :

« Si vous lisez les nombreuses études de cas évoquées dans notre rapport, vous vous rendrez compte sans équivoque du degré d’inefficacité de la puissance aérienne américaine durant toutes ces années. Vous vous rendrez compte également du fait que pour chaque ‘’méchant’’ éliminé, les frappes aériennes ont en fin de compte constitué un mécanisme de création en masse de terroristes ainsi qu’un outil de recrutement puissant et ininterrompu pour les djihadistes et les organisations liées à al-Qaïda à travers l’Afrique et le Grand Moyen-Orient. Si vous doutez de mes propos, il vous suffit de comparer le nombre de djihadistes dans le monde le 10 septembre 2001 et leur nombre aujourd'hui dans les régions du Pakistan, du Yémen, de la Libye et de la Somalie où nos plus importantes campagnes de drones ont eu lieu, ainsi qu’en Irak et en Afghanistan bien sûr. Ensuite dites-moi, droit dans les yeux, que ces frappes ont "fonctionné" ».

Comme pour le rapport de 2014 sur la torture, les réponses des personnalités profondément impliquées dans les campagnes d’assassinat par drones, et plus généralement dans les opérations débridées des forces aériennes américaines dans les contrées lointaines de la planète, dévoilent toute la puissance de l’appareil sécuritaire des Etats-Unis. Il n’est pas surprenant, bien entendu, que le directeur de la CIA, David Petraeus (effectuant alors son deuxième mandat à l'agence), tienne sa conférence de presse coutumière à Langley, en Virginie, suivant la tradition inaugurée par son prédécesseur John Brennan en décembre 2014 pour contester le rapport du Sénat sur la torture. Là, comme le décrit le New York Times, Petraeus accuse le dernier rapport d’être « imparfait », « partisan » et « frustrant », et souligne ses nombreux désaccords avec les conclusions accablantes présentées sur le programme de drones de la CIA.

Cependant, la charge la plus massive provient d'anciens responsables de haut niveau de la CIA, y compris d’anciens directeurs tels que George Tenet (« Vous savez, on nous dépeint comme tranquillement assis autour d’un feu de camp et disant : "Eh les gars, allons assassiner des gens". Nous n’assassinons pas les gens. Je vous le répète : nous n’assassinons pas les gens, ok ? »), ou encore Mike Hayden (« Si le monde avait agi comme l’aviation militaire américaine l’a fait durant toutes ces années, beaucoup de gens qui n’auraient pas dû se marier ne se seraient pas mariés et nous vivrions dans un monde meilleur pour le mariage »), et Brennan lui-même (« Quelle que soit votre opinion sur notre programme de drones, sachez que notre nation, et en particulier cette agence, a fait beaucoup pour garder ce pays fort et sûr dans une période difficile, et vous devriez les remercier au lieu de chercher à leur nuire »). Hayden, Brennan et les responsables de la sécurité nationale, des services de renseignement et du Pentagone accaparent également les plateaux de télévision et les talk-shows du dimanche matin. En parallèle, l’ancien directeur du département des affaires publiques de la CIA Bill Harlow, qui avait mis en place le site ciasavedlives.com [« la CIA a sauvé des vies »] pour défendre l'honneur patriotique de l'agence au moment de la publication du rapport du Sénat sur la torture, réitère l’opération cinq ans plus tard avec le site dontdronethecia.com [« Ne "dronez" pas la CIA »].

L’ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, continue pour sa part à répéter à longueur d’interviews sa déclaration désormais classique de 2009, insistant sur le fait que la campagne de drones était non seulement « efficace » mais aussi « le seul moyen à disposition pour confronter ou essayer de perturber les leaders d’al-Qaïda ». Quant à l’ancien président Barack Obama, il déclare dans un entretien accordé à la chaîne NBC News depuis sa nouvelle bibliothèque présidentielle encore en construction à Chicago : « Nous avons assassiné des gars, certes, mais ceux qui ont accompli cette mission sont des patriotes américains travaillant dans une période de grand stress et d’effroi. Les assassinats ont pu être nécessaires et compréhensibles sur le moment, mais ils ne représentent pas qui nous sommes ». L'ancien vice-président Dick Cheney, 78 ans, affirme, lui, dans un entretien sur la chaîne Fox News donné depuis son ranch du Wyoming, que le nouveau rapport du Sénat, comme l'ancien, n’est qu’« un tas de foutaises antipatriotiques ». Enfin, la Présidente Hillary Clinton, interviewée à son tour par BuzzFeed, déclare : « Une des choses qui nous distingue des autres nations c’est que lorsque nous faisons des erreurs, nous les assumons ». Elle omet toutefois d’admettre que le programme d’élimination par drones, toujours en cours, ou même les frappes aériennes ciblant des cérémonies de mariages, constituent des «erreurs ».

Le 11 décembre, comme chacun le sait, la fusillade de masse d’un collège du Wisconsin détourne tout naturellement l’attention des médias, qui se mettent à couvrir l’événement jour et nuit. Le 13 décembre, l’agence Reuters rapporte qu'une attaque de drones a été menée dans les régions tribales à la frontière du Pakistan, attaque « suspectée » d’être venue à bout de sept « militants », y compris peut-être un sous-commandant d’al-Qaïda. Les résidents indiquent quant à eux que deux enfants et un vieil homme de 70 ans figurent parmi les victimes. Il s’agit de la millième attaque de drones effectuée dans le cadre des guerres secrètes menées par la CIA au Pakistan, au Yémen et en Somalie.

Diriger une entreprise criminelle à Washington

Vous l’auriez compris, nous ne sommes pas en 2019. Nous ne savons pas si Hillary Clinton sera élue présidente ou si Ron Wyden sera réélu au Sénat et deviendra président de la commission du renseignement dans une assemblée à nouveau contrôlée par les démocrates. Nous ignorons également si une enquête aura jamais lieu, sur le modèle de celle sur la torture, sur les campagnes « secrètes » d’assassinats par drones menées par la Maison blanche, la CIA et l'armée américaine à travers la planète.

Pour autant, je serais bien surpris si, en 2019, certaines composantes de l’appareil de sécurité national américain et la Maison blanche ne poursuivaient plus, en toute impunité, leurs campagnes d’assassinats par frappes de drones au-delà des frontières nationales, si elles ne continuaient pas à tuer quiconque Washington choisirait lors des réunions du « mardi de la terreur », si elles ne procédaient plus aux « frappes griffées » et à l’élimination de citoyens américains au gré des désirs de la Maison blanche et si, en général, avait cessé ce qui s’est avérée une guerre mondiale pour (et non pas contre) le terrorisme.

Quand on regarde de près l’ensemble de ces agissements « secrets », mais remarquablement bien médiatisés comme pour le programme de torture de la CIA, on se rend compte que les Etats-Unis ont établi des règles de conduite pour le reste du monde, qu’ils ont créé un étalon-or de l’assassinat et de la torture lorsqu’ils ont donné le feu vert à la « réhydratation rectale » (euphémisme pour « viol anal ») et autres actes sinistres. En même temps, ils se sont concoctés des explications permettant de justifier des actes qui susciteraient l’indignation du Washington officiel et du public en général si tout autre pays venait à les commettre.

Il ne s’agit pas d’un article sur l'avenir mais bien sur le passé et sur ce que nous devrions déjà en savoir. Le plus remarquable au sujet du rapport du Sénat sur la torture – outre ses sinistres détails, comme la « réhydratation rectale » – c’est que nous n’aurions jamais dû en avoir besoin. Les sites secrets, les techniques de torture, l'abus d’innocents, en bref la plupart des informations fournies sur le cauchemardesque triangle des Bermudes de l’injustice mis en place par l'administration Bush après les attentats du 11 septembre, sont accessibles au public et ce, dans de nombreux cas, depuis des années.

Ces révélations de « 2019 » sur les campagnes d'assassinats par drones et autres aspects sombres de la débauche des forces aériennes américaines dans le Grand Moyen-Orient sont en effet depuis longtemps dans le domaine public. En vérité, nous ne devrions pas avoir le moindre doute sur beaucoup de ce qui est présenté comme « secret » dans notre monde américain. Et les leçons à tirer de ces actes secrets devraient être assez évidentes, sans avoir besoin de débourser 40 millions de dollars de plus et d’étudier pendant des années des millions de documents classifiés.

Voici trois conclusions, qui devraient désormais être des évidences, sur la guerre sans fin menée par Washington contre le terrorisme, et sur l’expansion de l’appareil de sécurité national.

1. Quelles que soient les actions sinistres au centre du débat actuel, il faut tenir pour acquis qu’elles ne « fonctionnent » pas, car rien de ce qui est lié à la guerre contre le terrorisme n’a fonctionné.

La couverture médiatique du rapport du Sénat sur la torture s’est axée sur la question de savoir si ces « techniques d'interrogatoire renforcées » ont « fonctionné » dans les années suivant les attentats du 11 septembre (comme en 2019 où les médias se focaliseraient sans doute sur l’« efficacité » des campagnes d'assassinats par drones). Le résumé du rapport du Sénat a déjà présenté de nombreux cas où l’information obtenue grâce à la torture n’a pas produit de renseignements pratiques permettant de déjouer des complots terroristes ou de sauver des vies. En revanche, la désinformation provenant de telles méthodes a pu enhardir l'administration Bush lors de son invasion de l’Irak.

Des responsables de l'administration Bush, d’anciens directeurs de la CIA, et la « communauté » du renseignement en général ont soutenu le contraire avec virulence. Six anciens haut responsables de la CIA, dont trois anciens directeurs, ont publiquement affirmé que ces techniques de torture avaient « sauvé des milliers de vies ». La vérité, cependant, est que nous ne devrions même pas avoir à débattre de cette question. Nous connaissons la réponse. Nous la connaissions bien avant que la synthèse expurgée du rapport du Sénat n’ait été rendue publique. La torture n’a pas fonctionné, parce que treize années de guerre contre le terrorisme ont offert une leçon assez simple : rien n’a fonctionné.

Choisissez un élément au hasard, vous êtes certain qu’il a échoué. Peu importe que vous parliez d’invasions, d’occupations, d’interventions, de conflits de portée limitée, de raids, de bombardements, d’opérations secrètes, de « sites secrets » offshore, ou dieu sait quoi encore. Rien de tout cela n’a réussi de près ou de loin, même selon les critères les plus bas fixés par Washington. En revanche, durant cette période beaucoup d’actions macabres ont été menées, et la plupart d'entre elles ont provoqué un retour de bâton manifeste, engendrant davantage d'ennemis, de nouveaux mouvements extrémistes islamiques, et même un mini Etat djihadiste au cœur du Moyen-Orient (qui, bien à-propos, a été pour l’essentiel créé à Camp Bucca, une prison militaire américaine située en Irak). Permettez-moi de le répéter : quoi qu’ait fait Washington au cours de ces treize dernières années, ça n'a pas fonctionné. Point final.

2. En matière de sécurité nationale et de guerre, une seule chose a « fonctionné» durant ces années, c’est l'appareil national de sécurité lui-même.

Chaque boulette, chaque désastre, chaque acte extrême qualifié d’horreur de par le monde a perversement renforcé l'appareil national de sécurité. En d'autres termes, ces mêmes équipes qui sont incapables de tirer droit ne se sont par contre pas loupées lorsqu’il s’est agi de leur propre agence, et de leur propre carrière.

Aussi mauvais, aussi stupides, aussi immoraux, aussi criminels qu’aient pu être les agissements et les ordres des divers agents, operateurs, combattants de guerre, entrepreneurs privés et hauts responsables, chaque ignominie commise durant cette période a constitué une opportunité de carrière, telle une manne tombée du ciel sur une structure qui a dévoré l'argent des contribuables et s'est développée de manière incomparable alors que le monde manquait de véritables ennemis. Durant ces années, l’appareil de sécurité national et ses méthodes ont pris racines à Washington, et ce pour de longues années à venir. Le département de la sécurité intérieure a été élargi, les dix-sept agences de renseignement imbriquées les unes dans les autres qui constituent la communauté du renseignement américain se sont décuplées, le Pentagone a connu un essor fulgurant, et les « complexes » d’entreprises qui ont entouré et maillé un appareil de sécurité national de plus en plus privatisé s’en sont donné à cœur joie.

Les responsables qui ont supervisé chacune de ces opérations foireuses, y compris le régime de torture créé par l'administration Bush, ont dans leur grande majorité été promus et honorés de diverses manières. Une fois à la retraite, ils se sont retrouvés encore plus glorifiés et enrichis. La seule leçon que ces responsables ont donc pu tirer est la suivante : quoi que vous fassiez, aussi irréfléchi, extrême ou incroyablement stupide que vous soyez, quoi que vous accomplissiez, et peu importe à qui vous ayez fait du mal, vous enrichissez l'état de sécurité national – et cela, c’est une bonne chose.

3. Rien de ce que Washington a fait ne pourra jamais être considéré comme « crime de guerre » ou même crime tout court car, pour l’appareil national de sécurité, le crime n’existe plus en temps de guerre

Encore une fois, c’est une évidence de notre époque. Il ne peut y avoir de responsabilité (d'où les promotions), surtout pas pénale, au sein de l'appareil de sécurité national. Alors que nous autres vivons toujours dans une Amérique judiciaire, ces responsables, eux, évoluent au sein de ce que j’ai longtemps appelé une Amérique « post- judiciaire ». Dans cet Etat, ni la torture (jusqu’à la mort), ni l’enlèvement et l'assassinat, ni la destruction de preuves d’activité criminelle, ni le parjure ou la mise en place d'un système carcéral extrajudiciaire ne sont considérés comme des crimes. Les seuls criminels pour le Washington de la sécurité nationale ce sont les « whistleblowers », les lanceurs d’alertes. Dans ce cas aussi, la preuve est intrinsèque et les résultats parlent d'eux-mêmes. Le post 11 septembre s’est avéré un éternel « joker pour éviter la prison » pour les responsables de deux administrations et de l’appareil national de sécurité.

Malheureusement, les évidences et les simples conclusions qui pourraient être tirées de ces treize dernières années passent inaperçues dans un Washington où aucune leçon ne semble pouvoir être tirée. En conséquence, malgré le vacarme et la fureur de ce moment de torture, l'état de sécurité national ne fera que devenir plus fort, plus organisé, plus agressivement prêt à se défendre, tout en se débarrassant des derniers vestiges de surveillance et de contrôle démocratiques.

Il y a un seul gagnant dans la guerre contre le terrorisme, et c’est l'état de sécurité national lui-même. Donc, soyons clairs, en dépit de ce que prétendent ses partisans, qui régulièrement saluent le « patriotisme » de ses responsables, ceux-ci ne sont pas les « bons » dans un monde de plus en plus sombre envahi de « méchants ». Ce sont les dirigeants de ce qui devrait en tous points être considéré comme une entreprise criminelle.

Rendez-vous en 2019.

[Note sur les mariages : le sujet des cérémonies nuptiales bombardées par l’aviation américaine est traité par Tom Dispatch depuis des années. Dans ce cadre, j’avais recensé sept cas ; or en décembre 2013, un huitième, au Yémen, est apparu. En outre, un correspondant m’a récemment signalé un neuvième cas, une cérémonie de mariage dans la ville de Falloujah, en Irak, qui aurait été bombardée par l’aviation américaine le 8 octobre 2004, tuant le marié et blessant la jeune épouse (ce serait donc le deuxième cas dans le pays).

- Tom Engelhardt est co-fondateur de l’American Empire Project. Il est l’auteur du livre The United States of Fear et d'une histoire de la guerre froide, The End of Victory Culture. Il dirige le site TomDispatch.com affilié au Nation Institute. Son nouvel ouvrage s’intitule Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World (Haymarket Books).

Droits d'auteur : Tom Engelhardt, 2014. Cet article est paru pour la première fois sur le site Tom Dispatch.com