Aller au contenu principal

Le retrait américain de l'accord nucléaire avec l'Iran fait craindre de nouvelles tensions

Le changement le plus significatif de la politique étrangère de la présidence de Trump risque de mener à une confrontation avec Téhéran et d'accentuer des dissensions de plus en plus fortes avec l'Europe
Donald Trump à la Maison-Blanche ce mardi 8 mai (Reuters)

Donald Trump a annoncé ce mardi 8 mai le retrait des États-Unis de l’historique accord sur le nucléaire iranien, ce qui représente la décision de politique étrangère la plus importante de sa présidence.

Dans un coup porté aux alliés américains qui soutiennent l'accord, Trump a déclaré : « J'annonce aujourd'hui que les États-Unis vont se retirer de l'accord nucléaire iranien. Dans quelques instants je signerai un ordre présidentiel pour commencer à rétablir les sanctions américaines liées au programme nucléaire du régime iranien ».

Depuis la Maison-Blanche, il a qualifié l'accord de « désastreux » et a déclaré que les États-Unis « institueraient les plus hauts niveaux de sanctions économiques » contre l'Iran.   

Sortir de l'accord était une promesse clé de la campagne de Trump et il a menacé à plusieurs reprises de se retirer de l'accord, signé pendant la présidence de Barack Obama après cinq ans d'efforts diplomatiques.

À LIRE  Quatre façons pour Trump de tuer l'accord sur le nucléaire avec l'Iran

Dans son discours pour attaquer l'accord de l'ère Obama, Trump a affirmé qu'il ne protégeait pas les États-Unis et leurs alliés de la « folie d'une bombe nucléaire iranienne ».  

Il a déclaré que les « fondations pourries de l'accord actuel » permettraient à l'Iran de développer une arme nucléaire dans un court laps de temps, et que l'inaction conduirait à une « course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient ».  

Il n'a pas mentionné qu'Israël est généralement considéré comme le seul État doté d'armes nucléaires au Moyen-Orient, bien qu'il ne confirme, ni ne démente posséder des armes atomiques.  

Le président a déclaré avoir pris cette décision après avoir consulté les alliés des États-Unis, malgré les frénétiques efforts diplomatiques des alliés européens pour rester dans l'accord.  

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a indiqué que le rétablissement des sanctions américaines était effectif « immédiatement » (AFP)

Il a ajouté que l'Amérique « ne resterait pas otage du chantage nucléaire » et n'autoriserait pas « un régime scande ‘’Mort à l’Amérique’’ avoir accès aux armes les plus meurtrières sur terre ». 

« Les États-Unis ne font plus de menaces en l’air : quand je fais des promesses, je les tiens », a-t-il ajouté.  

Après le discours de Trump, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a indiqué que le rétablissement des sanctions américaines était effectif « immédiatement » pour les nouveaux contrats et que les entreprises déjà engagées en Iran auront quelques mois pour « en sortir ». Selon le Trésor américain, le délai va de 90 à 180 jours.

Les contrats signés par Boeing et Airbus sont les plus importants. Boeing et Iran Air, la compagnie nationale, avaient signé en décembre 2016 leur plus gros contrat depuis près de 40 ans, portant sur l’achat de 80 appareils d’une valeur de 16,6 milliards de dollars. Mais la livraison des premiers appareils, prévue pour fin 2018, avait été reportée avant l’annonce de Donald Trump.

Et l’activité iranienne en Syrie ?

Le discours de Trump, dans lequel le président américain a attaqué l'Iran pour son intervention au Yémen et en Syrie, est intervenu quelques minutes après la demande de l’armée israélienne aux autorités locales du plateau du Golan occupé d'ouvrir et de préparer les abris antimissiles en raison « d'activités inhabituelles des forces iraniennes en Syrie », de l'autre côté de la ligne de démarcation.

Le dirigeant américain a commencé son discours en accusant « l'Iran et ses intermédiaires » de bombarder les ambassades américaines, d'assassiner des centaines de militaires américains et de torturer des civils américains, dans des commentaires similaires aux propos tenus par le président George Bush à l'approche de la guerre en Irak en 2003.

À LIRE  Trump et Téhéran : nous ne sommes pas en 2003 et l'Iran n'est pas l'Irak

Il a également accusé le gouvernement iranien de « piller les richesses » de son peuple et de soutenir des groupes terroristes, y compris al-Qaïda.

La décision d’en finit avec l'accord et de rétablir toutes les sanctions contre Téhéran a été vivement contestée par la communauté internationale.

Trump a ignoré les avertissements de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni – toutes les parties à l'accord aux côtés de la Russie et de la Chine – selon lesquels un retrait américain détruirait des années de travail qui ont empêché l'Iran de se doter d'armes nucléaires.

La décision a déjà été accueillie avec consternation à Téhéran et en Europe. 

« La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni regrettent la décision américaine », a déclaré sur Twitter Emmanuel Macron. Dans un communiqué commun, le président français, la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May, qui s'étaient tous trois investis en vain pour tenter de convaincre Donald Trump de rester dans l'accord, se sont dits « déterminés à assurer la mise en œuvre » de ce texte en « maintenant les bénéfices économiques » au profit de la population iranienne.

L’annonce de Trump vient en dépit d’une mobilisation diplomatie de dernière minute, comprenant notamment une visite du ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson et un appel d’Emmanuel Macron.  

Les diplomates européens craignent que la décision de Trump ne réponde à aucune stratégie sur le long terme et que le président américain se plie aux faucons au sein de son administration.  

L'annonce signifie que les États-Unis sont maintenant sur la voie de l'abandon de l'accord, consacré par le droit international dans une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU en 2015. En réintroduisant des sanctions contre l'Iran, les États-Unis seront donc en infraction et se retrouveront isolés parmi leurs alliés.

« Aucun plan pour ce qui viendra après »

L'accord, connu officiellement le nom anglais de Join Comprehensive Plan of Action (JCPOA) exige que l'Iran abandonne son stock d'uranium enrichi à 20 %, arrête la production et limite la recherche de nouvelles centrifugeuses nucléaires, et autorise d’importantes inspections internationales de ses installations nucléaires par l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

En annonçant le retrait de l’accord, Trump a également ignoré un avertissement du directeur de l'AIEA, Yukiya Amano, qui a déclaré qu'en Iran, son agence disposait du régime de vérification nucléaire le plus robuste au monde. Si l'accord échouait, ce serait « une grande perte », avait-il ajouté.

Ben Rhodes, un ancien conseiller du président Obama, a déclaré que Trump « faisait exploser » l'accord sans « aucun plan pour ce qui viendra après, ni aucun soutien de nos alliés européens les plus proches, la Russie ou la Chine ».

La Russie s'est d'ailleurs dite « profondément déçue », par la voix de son ministère des Affaires étrangères, dénonçant « une violation grossière du droit international ».

La décision prise par Donald Trump de retirer « unilatéralement » les États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien risque d'ouvrir la voie à de  « nouveaux conflits », a mis en garde la Turquie.

Malgré le retrait américain, les diplomates dans les capitales européennes espèrent conserver l'accord sous une forme ou une autre, mais des doutes sont évoqués sur la possibilité de le faire.

Ils pourraient invoquer un mécanisme de règlement des différends de 100 jours à l'intérieur de l'accord dans le but d'empêcher son effondrement immédiat.

Le président français Emmanuel Macron (à gauche) a tenté de persuader Donald Trump de ne pas se retirer de l’accord (AFP)

Trump, cependant, est maintenant entouré par de féroces adversaires de l'accord, y compris John Bolton, son nouveau conseiller en sécurité nationale, et toute décision européenne est susceptible de se heurter à un mécontentement à Washington.  

Israël et l'Arabie saoudite, alliés des États-Unis dans la région, ont également fait pression pour que Trump se retire de l'accord, invoquant des problèmes de sécurité et une clause de suspension permettant à l'Iran de relancer l'enrichissement nucléaire une fois l'accord expiré en 2025. 

Tous deux ont salué l'annonce de Trump.  D'autres parties de l'accord, dont la Chine, ont souligné que l'AIEA avait vérifié le respect de l'accord par l'Iran à au moins dix reprises, et que l'accord a mis en place des mesures strictes de surveillance et de vérification du programme nucléaire iranien.

« Sanctions ou pas, nous resterons debout »

Plus tôt mardi, des responsables et des parlementaires en Iran ont mis Trump en garde contre le retrait de l'accord, et ont insisté sur le fait que le pays pourrait continuer à développer des armes nucléaires.  

L'Iran « pourrait être confronté à quelques problèmes » si Trump rétablit les sanctions, a déclaré le président iranien Hassan Rohani lors d'une conférence sur le pétrole à Téhéran. « Mais nous continuerons ».  

« Que nous soyons soumis ou pas à des sanctions, nous resterons debout », a-t-il déclaré.  

L'Iran « pourrait être confronté à quelques problèmes » si Trump rétablit les sanctions, a déclaré le président iranien Hassan Rohani, « mais nous continuerons » (Reuters)

Le gouverneur de la banque centrale iranienne, Valiollah Seif, a également minimisé tout choc potentiel pour l'économie, perturbée par un taux de chômage élevé et l'effondrement de la monnaie.  

« Nous sommes prêts à tous les scénarios », a-t-il déclaré à la télévision d'État. « Si l'Amérique se retire de l'accord, notre économie ne sera pas touchée. » 

Mais avant le discours de Trump, le rial iranien s'échangeait à un taux très bas, presque record, par rapport au dollar, et le prix du pétrole avait également chuté.  

Le retrait américain est susceptible de perturber les transactions financières mondiales de l'Iran.

Rohani confronté aux attaques des tenants de la ligne dure

L’annonce de Trump rend également la situation plus difficile pour Rohani, un clerc modéré qui a tout fait pour que l’accord soit conclu, à ses yeux un moyen de stimuler l'économie du pays.

Il a misé une grande partie de sa crédibilité politique sur l'accord – qui n'a pas apporté à l'Iran les bénéfices économiques espérés – et son effondrement pourrait donner plus de pouvoir à ses adversaires de la ligne dure, relèvent les observateurs.

S'exprimant avant le discours de Trump, le commandant adjoint des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, a publié une communiqué pour mettre au défi les « ennemis » de l’Iran, rapportée par l'agence de presse Fars. « Notre nation n'a pas peur des sanctions américaines ou des attaques militaires. Nos ennemis, y compris l'Amérique, le régime sioniste et leurs alliés dans la région doivent savoir que l'Iran s'est préparé aux pires scénarios et aux menaces. »

À LIRE  Le plan Pompéo : casser l'accord avec l'Iran et aller à la rupture avec Téhéran

La décision de Trump devrait également être suivie de près à travers le Moyen-Orient, où un certain nombre de puissances régionales étudient la possibilité de faire avancer leurs propres programmes nucléaires civils.

Devant le discours de Trump, Jake Sullivan, ancien conseiller en politique étrangère de Hillary Clinton, a commenté : « La seule raison pour laquelle le président des États-Unis doit renoncer à l'accord en ce moment, c'est parce qu'il a été négocié par le président Obama... Ce n'est pas une raison, pour un commandant en chef, pour jouer avec la sécurité nationale américaine. »

Traduit et actualisé de l'anglais (original).