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Élections municipales en Tunisie : Ennahdha donné en tête

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Élections municipales en Tunisie : Ennahdha donné en tête
Selon un premier sondage, le parti islamiste Ennahdha arriverait en tête avec 25 % des voix. Mais la participation, de 33,7 %, fait de ces premières élections municipales libres un revers pour la classe politique

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« Ce dimanche ne sera pas comme les autres jours »
1 année ago
par Kaouther Larbi à Tunis
 
Pour le président Béji Caïd Essebsi, ce scrutin « qui paraît ordinaire », est « très important » (AFP)

Les Tunisiens se rendent aux urnes dimanche pour les premières élections municipales libres du pays, attendues depuis la révolution de 2011, un scrutin crucial pour enraciner le processus démocratique mais accueilli sans grande ferveur.

Après les premières élections pour désigner une Assemblée constituante en 2011, puis les législatives et la présidentielle en 2014, les municipales ont été repoussées par quatre fois en raison de blocages logistiques, administratifs et politiques.

« Ce dimanche ne sera pas comme les autres jours. Pour la première fois [depuis la révolution],le peuple tunisien est appelé à participer à des élections municipales, un événement qui paraît ordinaire alors qu'il est très important ! », a déclarévendredi le président Béji Caïd Essebsi, en appelant à une « participation massive ».

Les observateurs s'attendent à une forte abstention. Sept ans après la révolution, qui avait suscité de nombreux espoirs, beaucoup de Tunisiens se disent démobilisés face à l'inflation qui frôle les 8%, au chômage persistant au-dessus des 15%, et aux arrangements entre partis.

À Kasserine, une zone marginalisée du centre-ouest, le vote n'aura lieu que de 9h à 16h, « par mesure de sécurité »

« Ces municipales ne vont rien changer pour nous. Nous serons toujours sur la même charrette sans roues ni cheval », a lancé une femme au foyer de 34 ans, Hlima, pendant la campagne.

Dimanche, les 11 185 bureaux de vote accueilleront les Tunisiens qui éliront les conseillers municipaux lors d'un scrutin proportionnel à un tour. Ces conseillers devront, à leur tour, élire les maires. Ils ont jusqu'à mi-juin pour le faire.

Quelque 60 000 policiers et militaires ont été mobilisés, alors que le pays demeure sous état d'urgence depuis des attentats meurtriers en 2015.

À Kasserine, une zone marginalisée du centre-ouest, le vote n'aura lieu que de 9h à 16h, « par mesure de sécurité », selon l'instance chargée des élections, l'ISIE. Des groupes extrémistes armés sont retranchés dans les montagnes de cette région. 

Des Tunisiens « exsangues, amers et désabusés »

Plus de 57000 candidats sont en lice, dont la moitié de femmes et de jeunes. Sur les 2074 listes en course, 1055 sont issues de partis, 860 indépendantes et 159 de coalition, selon les chiffres de l'ISIE.

Les résultats sont attendus dans les prochains jours.

Pour le quotidien francophone La Presse, les Tunisiens sont « exsangues, amers et désabusés ». « Cela est dû, entre autres, à l'absence flagrante et lourdement ressentie des réformes économiques et sociales, toujours en suspens ou renvoyées aux calendes grecques », estime le journal.

À LIRE ► Tunisie : pourquoi les élections municipales sont les plus importantes depuis la révolution

Mais une partie de la population dit espérer une amélioration de son quotidien: propreté, transports et développement.

Dans la foulée de la chute du régime du président Zine Al Abidine Ben Ali en 2011, les municipalités avaient été dissoutes et remplacées par des « délégations spéciales », dont la gestion s'est montrée parfois défaillante.

« Les slogans réitérés par les listes en lice se sont concentrés sur l'esthétique des villes– propreté, transport, l'éclairage. Cependant, l'apport des municipalités peut aller plus loin. Les communes peuvent participer à la création d'emploi et participer au développement économique », espère le journal Le Quotidien

Ces municipales marquent le premier pas tangible de la décentralisation, inscrite dans la Constitution et l'une des revendications de la révolution.

Sous la dictature, les municipalités ne géraient qu'une partie du territoire et n'avaient que peu de pouvoir de décision, étant soumises au bon vouloir d'une administration centrale souvent clientéliste.

Mais le pays est désormais doté d'un Code des collectivités locales, voté in extremis fin avril, qui en fait pour la première fois des entités administrées librement et disposant d'un début d'autonomie.

Ce scrutin, le premier depuis quatre ans, qui devrait voir émerger une nouvelle génération d'élus, sera suivi de législatives et d'une présidentielle en 2019

Pour des experts, les deux poids lourds de la vie politique, les islamistes d'Ennahdha et Nidaa Tounes, qui sont les seuls à avoir présenté des listes dans toutes les municipalités ou presque, pourraient en emporter une bonne partie.

Ennahdha a indiqué sa volonté de poursuivre à l'échelon local le consensus forgé avec Nidaa Tounes sur le plan national.

Ce scrutin, le premier depuis quatre ans, qui devrait voir émerger une nouvelle génération d'élus, sera suivi de législatives et d'une présidentielle en 2019.

Khadija Omri, du mariage forcé aux élections
1 année ago

par Maryline Dumas à Kasserine

Khadija Omri, 28 ans, est en septième position sur la liste du parti conservateur Ennahdha dans sa commune d'Echrayâ-Machrek

Son sourire et sa joie de vivre cachent un lourd passé. Mais, à 28 ans, Khadija Omri est tournée vers l'avenir. En septième position sur la liste du parti conservateur Ennahdha dans sa commune d'Echrayâ-Machrek Echems, dans le gouvernorat de Kasserine (à 300 kilomètres au sud-ouest de Tunis), cette professeure d'anglais, qui n'est pas encartée, rêve d'urbaniser sa région rurale et d'inspirer, par son parcours, d'autres femmes.

C'est en 2007 que la vie de Khadija bascule. Alors qu'elle obtient la meilleure moyenne de son établissement scolaire, à 17 ans, des oncles persuadent ses parents de la marier. « Ils disaient que j'étais belle et que je risquais de prendre un mauvais chemin », se souvient-elle. Elle épouse alors un homme de 37 ans et abandonne ses études. 

Un an plus tard, elle devient maman et décide de partir : « Cet environnement n'était pas bon pour ma fille. Je voulais l'éduquer selon certains principes, je ne voulais pas qu'elle grandisse avec cette image d'une femme passive dans une maison où la violence règne », explique avec pudeur Khadija Omri. 

À LIRE ► Le parlement tunisien adopte une loi sur la parité pour les élections locales

La jeune femme est soutenue par ses parents chez qui elle retourne vivre. Mais dans cette région rurale et conservatrice, cela fait scandale. « C'était ma révolution. Au début, beaucoup ont refusé mon divorce, puis ils s'y sont fait. Une autre femme a divorcé il y a deux ans. Un jour, cela deviendra normal. » 

En 2013, elle passe son bac puis enchaîne avec des études d'anglais qui lui permettent de devenir professeure. Parallèlement, elle travaille pour nourrir sa fille. Elle est notamment journaliste dans une radio locale.

Son parcours lui a fait prendre conscience de certaines choses. « Là où j'habite, il faut marcher 40 minutes pour rejoindre le bus qui mène au lycée. De nombreux jeunes abandonnent leurs études ou cessent de chercher un travail à cause de cela », regrette celle qui espère, dans un avenir proche, participer au développement des routes et des transports en commun de sa ville qui se compose de sixhameaux épars. 

Sous son voile vert, ses yeux affichent confiance en l'avenir : « Nous avons les cerveaux, mais pas les outils. »

Le président Béji Caïd Essebsi a voté
1 année ago

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, 91 ans, a voté ce matin à l’école primaire de Sidi Fraj, à Soukra (banlieue-Nord de tunis). À la sortie du bureau de vote, il a déclaré : « La participation des Tunisiens est un message fort pour asseoir la démocratie en Tunisie, une démocratie qu’on n'impose pas mais qu’on pratique ». Il a ajouté : « Nous pouvons avoir des divergences avec certaines tendances politiques, mais l’essentiel est qu’elles sont toutes patriotiques et servent la Tunisie ».

Un découpage qui a pris trois ans
1 année ago

Par Maryline Dumas à Tunis

C'est la première fois que toute la population tunisienne est appelée à voter pour des élections municipales. L'article 131 de la Constitution, promulguée en 2014, prévoit en effet que les municipalités couvrent « l'ensemble du territoire de la République », ce qui n'était pas le cas auparavant.

Ainsi 3,5 millions de Tunisiens ont été intégrés dans le tissu urbain, totalement modifié avec la création de 86 municipalités et l'élargissement du territoire de 191 villes. La Tunisie compte donc aujourd'hui 350 communes. 

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« C'est un travail qui a duré trois années », explique à Middle East Eye Mokhtar Hammami, président de l'instance de prospective et d'accompagnement du processus de décentralisation. « Nous avions reçu 992 demandes de modification. Notre objectif était de faire un maximum de fusions. » 

Pour cela, plusieurs critères ont été pris en compte : la population, l'indice de développement, la densité, la surface... 

« En 2015, la moyenne d'habitants par ville était de 28 000. Il y avait 70 municipalités qui étaient en dessous de ce taux. Aujourd'hui, elles ne sont plus que 40. Il y a donc une volonté de former des cités plus grandes », note Bilel Manai de Al Bawsala, une ONG spécialisée dans le suivi de la gestion de l'État.

Pour les futurs élus de ces nouvelles communes ou des communes étendues, le défi sera important. Seules 40 des 86 nouvelles villes ont commencé à travailler. Et dans certaines villes étendues, on grince déjà des dents.

Feriana, dans le gouvernorat de Kasserine, a par exemple intégré trois hameaux alors que son budget a baissé de plus de 100 000 dinars (33 800 euros) entre 2016 et 2017. « Nous sommes en train de les doter en ressources humaines », indique Mokhtar Hammami, qui estime que tout sera prêt lors de la prise de fonctions des élus.