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Législatives libanaises : les femmes veulent leur place au Parlement

77 femmes sur 976 candidats briguent un siège de députés pour les élections législatives. C’est neuf fois plus que lors du précédent scrutin en 2009
La jeune candidate Nadine Itani de la liste indépendante Kelna Beirut (Facebook/Nadine Itani)

Elles n’ont jamais été aussi nombreuses à se présenter. Dimanche, 77 femmes sur 976 candidats brigueront un siège de députés pour les premières élections législatives organisées en neuf ans dans le pays. C’est neuf fois plus que lors des précédentes élections de 2009, où elles n’étaient que douze, et 27 fois plus qu’en 2004, où seules 4 femmes s’étaient portées candidates.

Prise de conscience

Pour Kholoud Mouwafak Wattar, 53 ans, candidate à Beyrouth pour le prochain scrutin, « la tendance observée dans le monde et au Liban pour la défense des droits des femmes a eu un effet de contagion ».

« En 2009, quelques femmes se sont présentées, les médias ont commencé à en parler, d’autres se sont alors dit que c’était possible et ont décidé de se lancer. L’action des ONG, très actives au Liban, a aussi joué un rôle important dans l’augmentation de cette prise de conscience », affirme la fondatrice de l’association Lebanese Women Towards Decision Making. 

« La nouvelle génération est très enthousiaste, je reçois beaucoup de retours positifs des plus jeunes pour ma candidature », témoigne Nadine Itani, 38 ans, qui se présente dans la capitale sur la liste indépendante Kelna Beirut. « Mais au niveau de l’ensemble de la société, les structures familiales et sociales restent encore très patriarcales », constate-t-elle. 

Le Parlement libanais compte trois élues femmes sur 128 députés (AFP)

En dépit de cette avancée indéniable, le Liban reste toutefois toujours en deçà du pourcentage de 30 % prévu par la déclaration de Pékin, dont Beyrouth est signataire depuis 1995. Lorsqu’on est une femme, tracer son chemin dans la sphère politique libanaise reste compliqué.

Pilote de formation, cadre haut placé au sein d’une compagnie d’aviation civile, Nadine Itani s’attendait à ce que les choses soient plus faciles pour elle. « Je viens d’un monde dominé par les hommes, je pensais que cette expérience me donnerait une longueur d’avance. Mais en réalité, ça a été très difficile. On m’a demandé de me retirer parce que j’ai des concurrents dans ma famille, des hommes plus âgés, qui se présentent dans d’autres circonscriptions. Le fait que je sois une femme, et de surcroît plus jeune, a été mal perçu », confie-t-elle.

Déséquilibre

L’argent constitue un autre frein à la présence d'un plus grand nombre de femmes dans l’hémicycle et dans les cercles du pouvoir en général. Au Liban, les campagnes électorales sont entièrement financées par les partis et les candidats. Et les apparitions télévisées coûtent chers. Une demi-heure de présence sur un plateau tourne autour de 30 000 dollars. La participation à l’intégralité d’un débat peut monter jusqu’à 200 000 dollars.

« En général, celles qui se présentent aux élections ne sont pas des femmes d’affaires mais des personnes engagées dans le domaine associatif et humanitaire qui n’ont pas les moyens de concurrencer des candidats très fortunés », souligne Kholoud Mouwafak Wattar. Selon un rapport de l’ONG Maharat, les femmes ne bénéficient que de 5,89 % du temps d’antenne accordé à l’ensemble des candidats dans cette campagne. 

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Le Parlement actuel n'a que trois élues sur 128 membres. Les associations féministes et de défense des droits des femmes comptent sur une augmentation du nombre de députées pour œuvrer à des réformes réclamées de longue date, comme celle du droit pour la femme libanaise de transmettre sa nationalité à ses enfants et l’interdiction du mariage des mineurs.

« Certains hommes se battent pour changer ses lois, bien sûr, mais les femmes restent les mieux placées pour faire évoluer des dossiers qui les concernent directement », estime Kholoud Mouwafak Wattar.

Pour Nadine Itani, le rôle de la femme au Parlement ne doit pas pour autant se cantonner à ces dossiers. « Certains hommes demandent à des femmes de venir sur leur liste pour dire, voilà, on a une femme et elle va s’occuper de toutes les affaires de femmes », prévient Nadine Itani. « Les femmes ne devraient pas seulement représenter leur propre voix mais pouvoir s’impliquer partout où elles sont utiles et compétentes, qu’il s’agisse des transports, de l’éducation ou de l’économie. »