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Les jeunes Iraniens se demandent s’ils bénéficieront de la levée des sanctions

De la joie au scepticisme, la jeunesse iranienne partage ses sentiments sur les opportunités offertes par la fin du statut de paria de leur pays
Les jeunes constituent plus d’un quart de la population iranienne (AFP)

TÉHÉRAN – Pour de nombreux jeunes Iraniens, la fin des sanctions actée en début d’année marque le début de la reprise des relations entre leur pays et le reste du monde, ainsi qu’une opportunité en or en matière d’emplois et de création d’entreprises jamais connue depuis leur enfance.

D’autres, toutefois, demeurent sceptiques quant à la façon dont la réintroduction de l’Iran dans la sphère économique mondiale impactera sur leurs vies, inquiets que les sanctions ne fassent que masquer les problèmes endémiques de l’économie iranienne.

Et d’autres, comme Mohammed Salari, veulent juste une voiture.

« Maintenant que les sanctions sont levées, je veux acheter une bonne voiture », a dit à Middle East Eye cet employé de magasin de chaussures âgé de 25 ans.

Mohammed Salari a ajouté qu’il avait commencé à se renseigner sur l’achat d’un véhicule au moment de la levée des sanctions mais que ses amis lui avaient conseillé d’attendre deux ou trois mois la baisse des prix.

En juillet 2015, après la signature de l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les pays du P5+1 (États-Unis, Grande-Bretagne, Chine, France et Russie), de nombreux jeunes Iraniens – qui représentent plus du quart de la population du pays – étaient descendus dans les rues, dansant et klaxonnant pour exprimer leur bonheur et leur espoir que l’accord mette un terme à l’isolement du pays.

Nombreux sont ceux qui ont quitté l’Iran ces dernières années, espérant poursuivre leurs études ailleurs et fuir ainsi l’incompétence des institutions académiques et scientifiques du pays en raison des machines et équipements rendus obsolètes par les sanctions. 

Bahram Yousefi, un jeune Iranien de 29 ans qui traduit des candidatures universitaires du persan à l’anglais et d’autres langues européennes, indique que la plupart des jeunes Iraniens sont partis pour le Canada, l’Australie, l’Allemagne ou la Suède.

« Il n’y a aucune sécurité de l’emploi ici », a-t-il déclaré, admettant qu’il prévoyait lui-même de quitter l’Iran dès la fin de son service militaire. La reprise économique du pays, pense-t-il, prendra trop de temps.

« Les sanctions les ont déçus en matière d’éducation et de développement dans le pays », a déclaré Sara Shabani, une étudiante en ingénierie mécanique qui espère rejoindre une université américaine. « Ils ont tout fait pour se faire admettre dans des universités étrangères. » 

Même si Sara Shabani ira aux États-Unis pour poursuivre ses études, elle dit avoir bon espoir que les universités iraniennes rétablissent rapidement des échanges scientifiques et académiques qui contribueront à diminuer le nombre de jeunes quittant le pays.

Amir Labaffi, un étudiant en architecture de 20 ans, faisait partie de ces jeunes qui ont célébré l’accord sur le nucléaire dans les rues du pays en juillet dernier. Maintenant que les sanctions sont levées, Amir Labaffi n’est pas tout à fait sûr de la manière dont sa vie pourrait changer, a-t-il confié à MEE. Il sait juste que l’accord était nécessaire pour son pays et il affirme que le fait que l’Iran ait réintégré la scène internationale le réjouit.  

D’autres jeunes Iraniens sont plus nuancés vis-à-vis des changements qui pourraient selon eux advenir en conséquence de la levée des sanctions, lesquelles auraient coûté à l’Iran plus de 160 milliards de dollars en revenus pétroliers seulement.

Marjan Eslamifar, une journaliste de 26 ans spécialisée dans les questions économiques, a expliqué qu’il était difficile de prédire l’impact de la levée des sanctions.

« Au moins, à présent, nous savons que nos passeports ont une valeur accrue et nous pouvons graduellement avoir quelque chose à dire à l’échelle mondiale », a-t-elle dit. « Je suppose que la vie sera plus facile dans le nouveau contexte et les politiciens ne pourront plus prendre les sanctions pour prétextes. J’espère que ces bons moments continueront. »

Laleh Sanami, 28 ans, s’est dite sceptique quant aux chances d’amélioration des conditions de vie dans le pays suite à la levée des sanctions.

Cette jeune doctorante en économie à l’Université de Téhéran estime que l’économie a souffert davantage d’une mauvaise gestion que des sanctions, et qu’il fallait la reformer, accord nucléaire ou pas.

« La mise en place de l’accord ne générera aucun développement économique ni une totale amélioration des conditions économiques », a-t-elle dit. « À mon avis, l’accord signifie seulement que certaines barrières économiques seront levées. »

Hamid Asefi, un étudiant en science politique de l’Université de Téhéran, partage cette opinion et pense que la levée des sanctions n’améliora pas la difficile situation économique du pays. Il reste cependant optimiste.

« Le nombre d’usines qui ont fermé pendant la période précédant les sanctions, quand l’économie était florissante, est bien supérieur à celui de la période des sanctions économiques », a-t-il affirmé.

« Mais quand j’ai entendu la nouvelle de la mise en œuvre de l’accord, j’ai ressenti beaucoup de joie parce que mon pays va à nouveau forger une relation constructive avec le monde. »

Traduction de l’anglais (original).