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Les milices sunnites affirment que la formation des Américains « ne suffit pas »

Les combattants contre l’État islamique ne sont pas qualifiés pour la bataille, selon les commandants tribaux sunnites irakiens
Plus de 1 200 soldats et 1 500 conseillers de onze pays différents ont participé à la formation de 21 500 combattants irakiens (AFP)

BAGDAD – Les formations militaires organisées par les États-Unis pour les membres des tribus anti État islamique (Daech) en Irak ne sont pas adéquates, selon les commandants tribaux sunnites irakiens.

« Les cours de formation sont courts, simples et ne suffisent pas à faire face à Daech et à ses tactiques vicieuses », a expliqué le cheikh Rafiea Abdulkareem al-Fahdawi, le commandant du bataillon tribale sunnite anti-Daech de Albu Fahad à Middle East Eye.

Plus de 1 200 soldats et 1 500 conseillers provenant de onze nations différentes ont formé 21 500 combattants et membres de tribus irakiennes pendant trois cours de formation de six semaines qui ont débuté en août 2014, (CJTF-OIR) a rapporté le porte-parole du Combined Joint Task Force-Operation Inherent Resolve's (CJTF-OIR) à Middle East Eye, sous condition d'anonymat.

Les forces de sécurité irakiennes, soutenues par les troupes majoritairement chiites des Forces de mobilisation populaires et les tribus anti-Daech, ont lancé une vaste offensive militaire la semaine dernière pour reprendre le contrôle sur les villes et villages d'Anbar saisis par des combattants de Daech l'été dernier.

« Pour libérer les zones contrôlées par Daech, nous avons besoin de formations spéciales pour faire face à des cas de maisons piégées, devenir des tireurs embusqués et acquérir les compétences de surveillance » selon Fahdawi qui a ajouté : « nous avons besoin d’une formation réelle et intense ».

La coalition menée par les États-Unis possède cinq sites de formation en Irak. Ces sites sont situés à al-Assad, Camp Taji, Besmaya, Erbil et Bagdad. En outre, une mission pour « conseiller et aider » a lieu à al-Taqaddum dans la base aérienne à Habaniya pour former les tribus anti-Daech, a raconté le porte-parole de la CJTF-OIR à MEE.

Les retards et les revers

Même si le premier groupe de formateurs et de conseillers américains est arrivé en Irak août dernier, la formation des recrues tribales anti-Daech n'a pas commencé avant juin à 2015.

Les combattants sunnites contre l’État islamique sont formés par des officiers militaires irakiens, exclusivement dans des bases aériennes d’Assad et d’Habbaniyah, dans la province d'Anbar, sous la supervision des formateurs américains dirigés par la coalition, les commandants tribaux et certains officiers de police locaux sont impliqués dans les cours de formation, a confié un Irakien principal officier militaire servant à Bagdad qui a souhaité rester anonyme à MEE.

« C’est un camp irakien et les formateurs sont irakiens. Les formateurs américains viennent juste pour regarder. Ils se promènent et repartent », selon Cheikh Naiem al-Gouad, un commandant d’Albu Nimar bataillon tribale dont les combattants sont stationnés dans la base de al-Assad.

«Ils [les formateurs de la coalition] restent dans un camp indépendant et se montrent seulement lors de la formation continue», a déclaré Gouad.

La base militaire Habaniya a accueilli les plus grands cours de formation pour les bénévoles sunnites anti-Daech jusqu'ici. Le personnel de sécurité de la coalition sous commandement américain et des conseillers ont également établi un camp spécial séparé du reste des bâtiments de la base par des murs de protection en béton.

Les tensions avec les milices chiites

Des centaines d’éminents combattants des milices chiites, qui représentent l'épine dorsale des Forces de mobilisation populaires, ont été stationnés dans Habaniya pendant plusieurs mois.

La plupart des milices chiites ne font pas confiance au personnel militaire de la coalition internationale. Les miliciens les considèrent responsables de la mort de dizaines de combattants chiites qui ont été touchés par des tirs lancés à tort par la coalition il y a six mois.

Les milices chiites Kataib Huzballa-Irak et Asaib Ahl al-Haq ont publiquement menacé de cibler le personnel de la coalition dès que l'occasion se présentera.

«Ils [le personnel de la coalition] nous parlent, s’adressent aux cheikhs tribaux, mais ils ne sont jamais en contact avec les trouves des Forces de mobilisation populaires », a expliqué le capitaine Omar al-Dahal, un officier de la police locale parlant de la base d’Habaniya, à MEE par téléphone.

La garde nationale sunnite

Pour rendre les choses encore plus compliquées pour la formation des forces des États-Unis, des officiers militaires irakiens ont fait allusion à l'abandon de la formation pour former une garde nationale sunnite.

La garde nationale a l'intention de devenir une nouvelle force de sécurité visant à se substituer à l'armée irakienne fédérale, mais cette idée est rejetée par les sunnites irakiens dans le nord et de l'ouest de l'Irak. De plus, le gouvernement dominé par les chiites à Bagdad voit cette initiative comme une tentative de créer une force sunnite armée qui pourrait menacer Bagdad à l'avenir.

Les parlementaires irakiens ont convenu finalement d'approuver la loi sur la garde nationale proposée, mais les différents partis politiques ont des opinions divergentes concernant le projet final.

« Maintenant, ils [les conseillers américains] coopèrent rarement avec nous en matière de renseignement, de consultation et d’armement », a déclaré l'officier de l'armée irakienne.

« Ils mettent l'accent sur la formation des membres des sunnites à Anbar. Nous savons qu'ils travaillent pour former la garde nationale sunnite qui sera similaire à l'armée chiite et à l'armée kurde », a déclaré l'officier.

Traduit de l’anglais (original) par Margaux Pastor

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