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L'État islamique lance des raids voués à l’échec à travers le fleuve de Mossoul

Les militants de l’État islamique utilisent des bateaux et des nageurs dans des tentatives de raid contre les forces irakiennes sur la rive Est du Tigre, où des troupes d’élite les attendent
Des soldats de la Division Or scrutent la rive ouest du Tigre pour détecter des bateaux d’assaillants (MEE/Tom Westcott)

MOSSOUL, Irak – Des militants de l’État islamique  (EI) se sont glissés dans leurs bateaux et ont traversé le Tigre, couverts par un ciel chargé, avant de se déployer sur la rive orientale, près d’une foire délabrée connue sous le nom de « jungle de Mossoul », afin de préparer leur assaut.

Mais les forces irakiennes les attendaient.

« Quatorze combattants ont traversé la rivière, suivis d’un second bateau de combattants », raconte à Middle East Eye un commandant de la Division Or, une division d’élite irakienne. « Il y a eu des combats intenses, mais ils étaient pris au piège et ils ne pouvaient pas refaire la traversée, donc nous les avons tous tués. »

Les forces de la Division Or ont ensuite demandé une frappe aérienne contre le deuxième bateau, ce qui a mis fin à la menace dans une éruption d’eau et de débris projetés.

Ils utilisent des bateaux à rames, des bateaux à moteur et, maintenant, ils traversent même le Tigre à la nage
 
- Mohammed, capitaine au sein de la Division Or

C’était le premier des deux assauts amphibies lancés dans la ville par l’État islamique au cours des derniers jours, lors desquels des combattants ont traversé le fleuve depuis l’ouest de la ville contrôlé par l’État islamique pour harceler les positions avancées des forces irakiennes dans l’est.

S’ils ont été aidés par le mauvais temps et les nuages, qui ont empêché la surveillance aérienne, les yeux perçants des soldats irakiens ont contrecarré leurs tentatives.

Ne se laissant pas décourager, quatre militants ont tenté la même tactique le lendemain. Encore une fois avec des conséquences fatales.

« Ils utilisent des bateaux à rames, des bateaux à moteur et, maintenant, ils traversent même le Tigre à la nage, puis ils se cachent dans les arbres », explique le capitaine Mohammed. « Ils utiliseront tout et n’importe quoi pour essayer de briser nos lignes de front le long du fleuve. »

Le capitaine précise que les militants de l’État islamique qui sont parvenus à atteindre l’est de Mossoul ont concentré leurs attaques sur les positions sur les rives, tenues par l’armée régulière irakienne, jugée plus faible que la Division Or, qui a régulièrement remis ses positions avancées longeant désormais la rive Est du Tigre.

« Ils ont peur de nous ; nous avons découvert qu’ils nous appelaient les "Tueurs noirs" parce que nous nous habillons toujours en noir », témoigne-t-il.

« Peut-être que certains d’entre eux croient vraiment qu’ils peuvent reprendre le contrôle de l’est de Mossoul, mais pour la plupart d’entre eux, je pense qu’il est suffisant d’essayer de tuer quelques-uns d’entre nous. Ils veulent mourir au combat parce qu’ils croient qu’ils iront au paradis. »

Des soldats de la division Or préparent leur position, sur un toit donnant sur la « jungle de Mossoul » (MEE/Tom Westcott)

Un assaut complet

D’autres attaques depuis le fleuve sont attendues, et suite aux récentes intrusions de l’État islamique, des soldats des forces spéciales ont vu leur période de congés être reportée afin qu’ils continuent de soutenir les lignes de front.

L’État islamique a également essayé d’affaiblir les positions de l’armée avec un bombardement incessant de mortiers et d’explosifs largués par des drones, ainsi qu’avec des attaques de snipers.

Les renforts de l’armée régulière, nouvellement arrivés à bord de véhicules Humvee, se sont entassés avec enthousiasme près d’une position centrale de la ligne de front ce dimanche.

Un des soldats portait une petite cage avec des pigeons, expliquant que c’est une tradition irakienne de libérer des oiseaux pour porter chance. En quelques minutes, le sifflement de tirs de snipers les a contraints à se disperser pour s’abriter.

Ils ont rapidement déchargé les Humvee en se penchant pour essayer d’échapper à la vue des snipers, alors qu’ils portaient de lourdes caisses de munitions, des sacs à dos et des couvertures.

« C’est la première fois que nous avons été ciblés par l’État islamique sur ces positions », admet l’officier Hassan, de la Division Or. « Nous soupçonnons qu’un des habitants de la zone leur a donné des informations sur nos positions. »

Des soldats de l’armée irakienne arrivent avec des « pigeons porte-bonheur » et essuient immédiatement des tirs (MEE/Tom Westcott)

L’appel à la prière provenant des mosquées de l’ouest de Mossoul traverse le fleuve.

Ils faisaient des annonces et disaient : « Allah est de notre côté et non du vôtre. » [...] Cela nous fait rire parce que Dieu est pour tout le monde, pas seulement pour eux »
 
- Hassan, officier au sein de la Division Or

« Quand le vent souffle vers nous, comme aujourd’hui, nous entendons très clairement tout ce qui vient de l’ouest de Mossoul et Daech sait que nous les entendons », poursuit Hassan.

« Hier, ils chantaient le takbir [Allahou Akbar] toute la journée », raconte-t-il en se référant à un appel souvent lancé de manière répétée en temps de guerre.

« Ils faisaient des annonces depuis les haut-parleurs des minarets et disaient : "Allah est de notre côté et non du vôtre." Mais cela nous fait tout simplement rire parce que Dieu est pour tout le monde, pas seulement pour eux. »

Alors que l’appel du muezzin se dissipait, des artilleurs de la division ont ouvert le feu depuis un toit voisin vers l’ouest de Mossoul contrôlé par l’État islamique.

À l’étage inférieur, la radio crache une alerte indiquant qu’un drone armé de l’État islamique tourne dans le ciel.

Un des officiers de la division communique par radio avec les positions proches et ordonne aux forces l’ordre de veiller à mettre tous les véhicules à l’abri.

De nombreux Humvees de l’armée, fabriqués en Égypte, sont de mauvaise qualité et constituent des cibles faciles pour les bombes larguées par les drones de l’État islamique.

Une rafale de tirs au-dessus des têtes indique que les soldats sur le toit ont repéré le drone. Mais ce petit engin volant à haute altitude est difficile à abattre, même pour les artilleurs les plus expérimentés.

« Daech utilise désormais beaucoup de drones armés. Les images sont retransmises à un combattant de l’État islamique équipé d’un iPad dans l’ouest de Mossoul. S’il voit un Humvee de la Division Or sur son écran, ce sera sa cible principale », précise le capitaine Mohammed.

« Mais ils blessent également beaucoup de civils et d’enfants avec ces attaques. »

Mardi, les drones de l’État islamique se sont aventurés dans l’est de Mossoul jusqu’au « tombeau de Jonas », libéré il y a une quinzaine de jours, blessant six travailleurs irakiens qui s’étaient accordé une pause thé alors qu’ils réparaient les infrastructures endommagées.

Des flaques de sang des blessés et des verres de thé brisés couvrent encore le sol. La bombe est tombée à deux mètres du groupe.

Le tombeau de Jonas, un sanctuaire historique vénéré par les musulmans et des chrétiens, perché au sommet d’une colline, a été démoli par l’État islamique après leur prise de contrôle de Mossoul en 2014.

Depuis sa libération, des centaines d’habitants de Mossoul et de soldats des forces armées irakiennes ont afflué vers ce qu’il reste du sanctuaire pour présenter leurs hommages.

Une antenne temporaire de téléphonie mobile, alimentée par un gros générateur, y a été érigée pour desservir les secteurs de la ville que l’État islamique a longtemps privés de réseau, ce qui a pu être l’objectif prévu.

Le sous-lieutenant Amar de la division Or se prépare à faire feu sur des positions de l’État islamique (MEE/Tom Westcott)

Divisés par la guerre

Imperturbable face à la menace quotidienne de ces missiles ou de mortiers largués par des drones de l’État islamique, l’est de Mossoul prospère. Les magasins ont rouvert et les étals chargés de fruits bordent des rues dans lesquelles des bulldozers déblayent les débris des frappes aériennes et des combats.

Cette moitié de la ville usée par la guerre fait office de paradis pour les habitants désespérés de l’ouest de Mossoul qui essaient encore de fuir l’État islamique et les combats qui devraient commencer dans cette zone dans les prochaines semaines.

Jusqu’à ce que l’État islamique perde l’est de Mossoul, les familles pouvaient toujours sortir de l’ouest en payant de 50 000 à 75 000 dinars irakiens par personne (entre 40 et 60 euros). Désormais, leur seule option est d’essayer de sortir discrètement de la ville à la faveur de la nuit.

Les gens qui y vivent sont littéralement sur le point de mourir de faim
 
- Ahmed, habitant de Mossoul

Lundi soir, la Division Or a reçu 19 civils – sept femmes, six hommes et six enfants – qui avaient bravé la mort entre les griffes de l’État islamique pour s’évader.

Ils ont traversé le cinquième pont de Mossoul, que l’État islamique a fait exploser mais dont les restes sont encore praticables à pied, bien que dangereux.

« La situation sur la rive ouest est désespérée : il n’y a pas d’eau potable, ni de carburant, ni même de nourriture », affirme Ahmed, 25 ans, dont la sœur reste bloquée chez elle, de l’autre côté du fleuve.

« Les gens qui y vivent sont littéralement sur le point de mourir de faim. »

Bien que les téléphones mobiles soient interdits par l’État islamique et que le simple fait d’être trouvé avec une carte SIM soit désormais passible de peine de mort, Ahmed explique que sa sœur en possède une et est en mesure de passer des appels occasionnels en secret.

« Nous essayons de nous parler par intervalles de quelques jours, juste pour que nous sachions qu’ils sont toujours en vie. »

« Nous essayons toujours de leur donner espoir et nous leur disons que l’armée arrive et va bientôt traverser le fleuve. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation