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Libye : réactions de colère en Algérie après les menaces de Haftar

Les déclarations du maréchal libyen, qui a menacé d’exporter la guerre vers l’Algérie, a suscité colère et indignation en Algérie
Le maréchal Khalifa Haftar à Benghazi, le 7 mai 2018, lors d'un défilé militaire (AFP)
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Le maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée) a accusé dans une vidéo diffusée sur sa chaîne de télévision, le 8 septembre, l’armée algérienne de faire des incursions sur le territoire libyen.

« Les Algériens ont trouvé une occasion pour rentrer [en Libye], je crois que vous avez entendu parler de cela », a déclaré l’homme fort du pays devant des notables, représentants et coordinateurs des affaires sociales, lors d’une réunion publique.

« J’ai envoyé le général Abdelkrim en Algérie pour qu'il dise que ce n’est pas un acte à faire entre frères, et qu'il ne faut pas profiter de la guerre pour agir ainsi… On nous a dit qu’il s’agissait d’une initiative personnelle et que la question serait réglée en une semaine et ils [les Algériens] nous ont remerciés de les avoir informés », a ajouté Haftar. 

Dans son intervention, le maréchal libyen a menacé son voisin algérien : « On peut déplacer cette guerre de l’autre côté rapidement ». 

Aucune réaction officielle à Alger n’a suivi ces déclarations. Des médias et des internautes ont aussi dénoncé le maréchal libyen. Le quotidien Ennahar a, par exemple, rappelé sur son site web que « la doctrine de l’armée algérienne insiste sur la non-intervention au-delà des frontières algériennes ».

« On peut déplacer cette guerre de l’autre côté rapidement » 

- Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne

« Ce général libyen n’a pas vu les avions émiratis et égyptiens bombarder le peuple libyen ! Il n’a pas vu l’armée égyptienne violer les frontières libyennes, ni les Tchadiens recrutés par ses forces armées, ni les Français bombardant Benghazi ! Il ne voit que l’Algérie qui ne fait que protéger ses frontières et qui évite de s’ingérer dans le conflit interne libyen », s'emporte l’activiste Abdou Ibnelancer sur sa page Facebook.      

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Pour sa part, le président du Mouvement pour la société de la paix (MSP, courant Frères musulman), Abderrazak Makri, a demandé aux autorités algériennes de réagir face aux déclaration du maréchal libyen.   

Traduction : « Haftar nous menace ! Le militaire soutenu par les Émirats arabes unis et l’Égypte n’a pas été gêné de menacer l’Algérie suite à l’entrée, selon ses dires, de militaires algériens sur le territoire libyen. Nous exigeons que ces faits soient expliqués à l’opinion publique et nous voulons savoir quelles mesures politiques et diplomatiques seront prises par nos autorités pour répondre à cette humiliation » 

Depuis la guerre de 2011 en Libye et la chute de Mouammar Kadhafi, l’armée algérienne a renforcé la sécurisation de sa longue frontière - 982 kilomètres - avec ce pays, et a déployé, selon des sources sécuritaires, entre 40 000 et 50 000 hommes. Elle y mène aussi régulièrement des exercices militaires sous la surveillance d'hélicoptères. 

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Le 30 août dernier, Alger avait condamné les affrontements armés qui se poursuivent à Tripoli, la capitale libyenne, appelant « toutes les parties libyennes à s'engager dans un processus devant conduire à une solution globale qui préserve la paix et la stabilité dans ce pays frère et voisin ».

Lundi 10 septembre, l'ENTV, la télévision publique algérienne, rapporte que Mohamed Taher Siala, ministre libyen des Affaires étrangères dans le Gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, a téléphoné à son homologue algérien Abdelkader Messahel pour se démarquer des propos jugés « irresponsables » de Khalifa Haftar et rappeler combien les autorités libyennes sont attachées au renforcement des relations avec l’Algérie.