Aller au contenu principal

Libye : un rival du gouvernement d'union affirme avoir repris ses fonctions

Pendant qu'à Syrte, les forces loyales du Gouvernement d'union nationale (GNA) ont encore perdu des hommes contre l'EI, à Tripoli, le chef d'un ancien gouvernement libyen tente de créer un gouvernement parallèle
Khalifa al-Ghweil (à gauche) dans un précédent gouvernement lors de la fête de l'indépendance en décembre 2015 (AFP)

Le chef d'un ancien gouvernement libyen, écarté en avril après la formation d'un exécutif d'union nationale soutenu par la communauté internationale, a affirmé reprendre ses fonctions après s'être emparé des locaux du Conseil d'État dans la capitale Tripoli. 

Livrée au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi il y a près de cinq ans, la Libye est dotée depuis le 30 mars d'un gouvernement d'union nationale (GNA) censé restaurer l'autorité centrale et lutter contre les combattants du groupe État islamique (EI).

Soutenu par l'ONU, les États-Unis et les Européens, cet exécutif d'union installé dans la capitale devait remplacer les deux « gouvernements » qui se  disputaient le pouvoir en Libye depuis des mois, l'un basé dans l'Est et l'autre à Tripoli.

Mais vendredi soir, le chef de l'ex-gouvernement de Tripoli, Khalifa al-Ghweil, qui a toujours refusé de céder son poste, a lu un communiqué affirmant que son « gouvernement du salut national » avait repris ses fonctions après avoir pris le contrôle, sans combat, du bâtiment du Conseil d'État libyen à Tripoli.

Il a appelé tous ses ministres à reprendre leurs postes et à considérer « comme suspendus de leurs fonctions » tous les responsables nommés par le nouveau gouvernement d'union nationale. 

« Tentatives pour saboter l’accord politique »

En réponse, le GNA a promis dans un communiqué d'arrêter « les politiciens qui (...) tentent de créer des institutions parallèles et de déstabiliser la capitale ». Il a condamné la prise de possession du QG du Conseil d'État par « un groupe armé », dénonçant de nouvelles « tentatives pour saboter l'accord politique » parrainé par l'ONU. 

L'Union européenne (UE) et l'ONU ont également condamné samedi l'initiative de Khalifa al-Ghweil. « Une telle action vise à créer une institution parallèle et à entraver la mise en œuvre de l'accord politique en Libye », a estimé l'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler.

Traduction : « Une telle action vise à créer une institution parallèle et à entraver la mise en œuvre de l'accord politique. Elle va générer davantage d’instabilité et doit cesser dans l’intérêt du peuple libyen »

Il a mis en garde contre plus de désordre et d'insécurité et renouvelé son soutien au GNA pour gouverner la Libye. 

Le recours à la force pour la prise du pouvoir en Libye peut uniquement aboutir à plus de désordre et à une spirale de violence où le peuple libyen est « la principale victime », a de son côté soutenu l'Union européenne dans un communiqué. La portée de la proclamation de Khalifa al-Ghweil, rival du Gouvernement d’union nationale GNA, reste toutefois difficile à cerner. 

Samedi matin, aucune présence militaire inhabituelle n'a été constatée dans la capitale, y compris autour du Rixos, le complexe où se trouvent les locaux du Conseil d'État, devant lequel quatre pick-ups – dont l'appartenance était inconnue – montaient la garde comme d'habitude. 

Alliances changeantes

Selon des médias libyens, des membres de la force qui assurait la sécurité des locaux ont chassé le Conseil d'État de son quartier général parce que leurs salaires n'avaient pas été payés. Même s'il avait perdu depuis mars toutes les institutions et ministères qu'il contrôlait à Tripoli au profit du GNA, Khalifa al-Ghweil continuait de publier régulièrement des communiqués portant le sceau de son « gouvernement du salut national ». Sa position était toutefois très affaiblie puisqu'il avait perdu le soutien des milices armées contrôlant la ville.

En Libye, les alliances peuvent toutefois se révéler très changeantes.

L'accord conclu fin 2015 au Maroc entre des membres de forces politiques libyennes sous l'égide de l'ONU prévoyait la création du gouvernement d'union. Les membres du Parlement affilié à l'ex-autorité de Tripoli devaient quant à eux devenir membres du Conseil d'État. Certains ont accepté d'autres ont refusé.

Par ailleurs, l'autorité basée dans l'Est du pays qui devait reconnaître le GNA a toujours refusé de le faire et le gouvernement d'union a échoué à asseoir son autorité dans la partie orientale du pays.

À Syrte, au moins quatorze soldats tués

Pendant ce temps, les combats continuent à Syrte pour libérer la ville de l’emprise du groupe État islamique (EI). Vendredi, au moins quatorze membres des forces loyales au gouvernement libyen d'union nationale ont été tués dans une nouvelle offensive contre le dernier secteur tenu par l’EI, selon une source médicale.

Après une pause jeudi, les combattants pro-GNA ont repris les opérations contre les derniers membres de l'EI retranchés dans un carré d'un kilomètre carré de maisons et immeubles dans le district dit N°3 en bord de mer.

Au moins quatorze membres des forces loyales au Gouvernement libyen d'union nationale (GNA) ont été tués vendredi à Syrte dans des combats contre l'EI (AFP)

Au moins trois frappes aériennes ont été menées vendredi contre des positions de l'EI, a constaté un journaliste de l'AFP sur place. Selon un commandant des forces anti-EI, des avions américains ont bombardé au moins deux maisons où s'étaient retranchés des snipers. « Ces tireurs sont très biens entraînés et bien équipés. Ils ne capitulent pas malgré les bombardements et le siège que nous leur imposons. Ce sont eux qui nous compliquent la tâche », a expliqué Al-Hedi Issa, un commandant des forces anti-EI. « Pour préserver les vies de nos jeunes, on préfère avancer lentement. »

L'opération de reconquête de Syrte progresse par à-coups depuis son lancement le 12 mai, les forces loyalistes lançant régulièrement de nouvelles offensives entrecoupées de périodes de calme. Les forces pro-GNA, formées notamment par des groupes armés de la ville de Misrata (ouest), ont reconquis la majeure partie de Syrte, ville située à 450 km à l'est de Tripoli et ex-bastion de l'EI en Libye, au prix de combats qui ont fait plus de 550 morts et quelque 3 000 blessés dans leurs rangs.