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Lutte contre la radicalisation : les neuf recommandations de députés britanniques

Keith Vaz, député de longue date, a appelé à revoir et à rebaptiser la stratégie anti-radicalisation du programme Prevent, qu’il estime « toxique »

Keith Vaz, un des vétérans parmi les députés du Parlement, dirige la commission spéciale des Affaires intérieures. Il a qualifié internet de « ligne de front moderne » et de « sève pour Daech » (AFP)

Depuis des mois la commission spéciale des Affaires intérieures rassemble des preuves et mène des enquêtes auprès de divers groupes et individus dans tout le Royaume-Uni. Elle vient enfin de publier son rapport, tant attendu, sur la radicalisation.

Ce document arrive au moment où le gouvernement annonce son intention de présenter son projet de loi sur la « Lutte contre l'extrémisme et pour la sauvegarde », supposé prendre en compte un grand nombre de recommandations de la commission.

Keith Vaz, député chevronné en charge de cette commission, a qualifié internet de « ligne de front moderne » et de « sève de Daech » [nom arabe pour EI] dans la lutte actuelle contre la radicalisation des jeunes musulmans en Grande-Bretagne aujourd’hui.

Quelques jours plus tôt, jeudi, Middle East Eye a indiqué que de nombreuses organisations mentionnées dans le rapport ont accueilli favorablement ces recommandations, en appelant à une plus grande transparence et à la révision du programme Prevent (« Prevent extremism together, un ensemble de mesures élaborées avec la communauté musulmane) jugées « toxiques ».

Voici un aperçu des principales recommandations qui sont en passe de changer fondamentalement la mise en application des politiques de lutte antiterroriste dans les années à venir.

1. Abandonner l’appellation Prevent, estimée « toxique » en faveur du mot « Engage » (mot anglais signifiant « mobiliser » et « affronter »).

A sept reprises, le rapport taxe de « toxique » le mot Prevent et le commission a demandé que ce programme soit rebaptisé pour s’appeler « Engage », et ainsi ne plus prêter le flanc à des « interprétations toxiques ».

2. Conférer aux entreprises de réseaux sociaux et aux « petits organismes communautaires » le pouvoir de retirer de leur site les documents jugés « extrémistes ».

Le comité a certes admis que la définition de l'extrémisme est « nébuleuse » mais a néanmoins proposé des recommandations à l’égard des organisations de réseaux sociaux, des entreprises internet et des petites organisations communautaires, visant à leur donner les moyens d'identifier, de surveiller et retirer les contenus jugés extrémistes. Or, des organisations de défense des droits, CAGE UK (CAGE Royaume-Uni) entre autres, ont exprimé leur inquiétude : le gouvernement pourrait instrumentaliser cette recommandation pour s’autoriser à ne travailler qu’avec les seules organisations conformes à ses propres options tant idéologiques que politiques.

3. Considérer les griefs contre la politique étrangère britannique comme des « perceptions » subjectives qui ne correspondent pas à la réalité.

La commission spéciale des Affaires intérieures estime que les préoccupations et griefs exprimés contre la politique étrangère britannique seraient des « perceptions subjectives » et non des réalités objectives. Cette façon de voir contredit d’autres études concluant que notre politique étrangère joue un rôle-clé dans la radicalisation des jeunes musulmans.

4. Créer un pôle « high-tech » pour mener « une Guerre des Étoiles terrestre »

Keith Vaz, appelle depuis longtemps à mener « une Guerre des Étoiles sur [notre sol] » à l’encontre des individus qui tentent de radicaliser les jeunes musulmans. La commission a recommandé que la Counter Terrorism Internet Referral Unit (CTIRU), unité de police chargée de lutter contre le terrorisme sur internet, soit modernisée pour devenir le cœur d’une plateforme équipée des technologies de pointe les plus sophistiquées et activée en permanence, dotée des moyens de bloquer instantanément les informations sensibles et les partager avec d'autres agences de sécurité.

5. Savoir que plusieurs chemins mènent au terrorisme

L’une des principales conclusions du rapport : que la voie de la radicalisation n’est pas claire.

6. Inviter les médias à ne plus utiliser l’expression « État islamique » mais le mot « Daech »

L’une des critiques fondamentales du rapport porte sur les médias et le rôle considérable qu’ils jouent dans la marginalisation de la communauté musulmane au Royaume-Uni. Voici l’un des mécanismes-clés proposés par le comité pour contrer cet isolement : les médias doivent s’abstenir de parler d’« État islamique » pour préférer le mot « Daech », et l’expression « groupe non-islamique » lorsqu’ils y font référence.

7. Réfléchir à une définition claire d’un « comportement extrémiste »

L’une des préoccupations centrales soulignées dans le rapport concerne le manque de compréhension de ce qui constitue un comportement extrémiste, même après que Prevent a été juridiquement imposé à toutes les institutions du secteur public. De nombreux observateurs estiment que cela a induit une application dommageable de Prevent – favorisant indirectement la marginalisation de la communauté musulmane.

8. Abroger Prevent, accusé d’entretenir l'aliénation de la communauté musulmane

Plusieurs institutions de défense des droits et d’organisations de la société civile ont demandé l’abrogation de Prevent en raison des suspicions que ce programme suscite envers la communauté musulmane, contribuant ainsi à son aliénation. La commission spéciale des Affaires intérieures soutient cette initiative et a recommandé au gouvernement de prendre en compte les inquiétudes exprimées par la communauté musulmane.

9. Lutter contre « le manque de compétences en langue anglaise », qui entrave la lutte contre la radicalisation

La commission a estimé que le manque de compétences linguistiques en anglais des jeunes musulmans a contribué à nourrir leur radicalisation. Or, au début de l’année, David Cameron avait essuyé des critiques pour avoir instauré une initiative visant à enseigner l'anglais aux femmes musulmanes.

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.