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Maroc : difficile succession au PAM

Le congrès du Parti authenticité et modernité (PAM), prévu avant la fin de l'année, devrait désigner le nouveau dirigeant. Les adversaires d'Ilyas el-Omari craignent que celui-ci se maintienne aux manettes de la formation politique en plaçant un de ses fidèles
Pour succéder à Ilyas el-Omari, secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) depuis 2016, plusieurs noms ont été avancés au sein du parti et par les médias (AFP)

RABAT – Au Parti authenticité et modernité (PAM), on attend. « Nous ne savons toujours pas quels sont les projets que l'on nous réserve », glisse à Middle East Eye un militant du parti en évoquant le bon vouloir du Palais.

Car au sein du parti, on n’en fait pas mystère : c’est bien en raison d'une disgrâce royale qui s'est abattue sur Ilyas el-Omari que celui-ci a dû annoncer, dans la soirée du 6 août, sa démission du poste de secrétaire général du PAM, ce parti créé en 2008 par Fouad Ali el-Himma, conseiller et ami du roi Mohammed VI, pour contrer les islamistes du Parti justice et développement (PJD).

À LIRE : Maroc : Ilyas el-Omari, fait au Rif, défait par le Rif

On disait en réalité Ilyas el-Omari tombé en disgrâce depuis longtemps. Juste après les élections législatives d'octobre 2016, où son parti (ne) s'est classé (que) deuxième, derrière le PJD dont il était censé enrayer la montée en puissance.

On prédisait déjà sa mise à l'écart après le choix du Palais de miser sur Aziz Akhannouch, milliardaire marocain à la tête du Rassemblement national des indépendants (RNI), nouveau destrier privilégié du roi pour contrer le PJD.

Ilyas el-Omari semblait avoir survécu à tous les menaces qui pesaient au-dessus de sa tête, du moins jusqu’au soulèvement du Rif - ici une manifestation à Al Hoceima (AFP)

Il n'en fut rien et Ilyas el-Omari, aussi président de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a déjoué tous les pronostics en se maintenant en poste.

Sa démission avait de quoi surprendre : elle intervenait dans un contexte où, a priori, Ilyas el-Omari semblait avoir survécu à tous les menaces qui pesaient au-dessus de sa tête. Du moins jusqu’à la crise du Rif, qui dure depuis maintenant dix mois.

Au point qu'Ilyas el-Omari a récemment annoncé devant des membres de son parti qu'il comptait également démissionner de la présidence de la Région « lorsque le séjour du roi Salmane d'Arabie saoudite [qui se trouve à Tanger depuis le 24 juillet] prendra fin, pour ne pas perturber cette visite », confie une source au parti.

Maître des jeux

Reste la question de sa succession. « Les militants sont acquis à Ilyas el-Omari, et l'issue de toute cette affaire dépendra de la sincérité de sa volonté de retrait, et des éventuelles instructions qui pourraient être données dans ce sens », souffle-t-on au PAM.

Si aucune candidature n'a jusqu'à présent été annoncée de manière officielle et publique, plusieurs noms sont évoqués au sein du PAM ou par la presse marocaine.

« Ali Belhaj compte des amis parmi les cadres et du parti mais les bases restent contrôlées par Ilyas el-Omari »

- un militant du PAM

Le premier est celui de Ali Belhaj. Cet économiste et homme d'affaires, membre fondateur du PAM et ex-président de la région de l'Oriental (est) fait partie des figures critiques envers le leadership d'Ilyas el-Omari et le verrouillage du parti par ce dernier.

« Ali Belhaj compte des amis parmi les cadres et du parti, comme Ahmed Akhchichine [haut-fonctionnaire et président de la région de Marrakech-Safi] et Habib Belkouch, un homme de la maison. Mais les bases restent contrôlées par Ilyas el-Omari », confie un militant à MEE.

Si Ali Belhaj venait à se présenter, son principal argument sera celui de la « compétence managériale ». Son profil remplit aussi tous les critères dans un contexte politique où le Palais semble privilégier des technocrates et des managers pragmatiques à la tête des partis politiques.

Habib Belkouch a été nommé secrétaire général du PAM par intérim (Facebook)

Habib Belkouch, nommé secrétaire général par intérim, est un homme de la maison. Ex-secrétaire général du Mouvement pour tous les démocrates (MTD), antichambre du PAM, ex-conseiller de l'ancien secrétaire général du PAM et ancien président de la Chambre des conseillers Mohamed Cheikh Biadillah, Belkouch semble, jusqu'à présent, faire consensus au sein du parti.

Présentera-t-il sa candidature pour diriger la formation politique ? Si jusqu'à aujourd'hui, il ne s'est pas prononcé sur la question, « Habib Belkouch mérite d'être secrétaire général non seulement par intérim mais surtout à temps plein. Il a le sens de l'écoute, de la mesure, de la pondération et la fibre des militants », affirme un militant du PAM à MEE. « Il peut redresser le parti et former une nouvelle génération ».

Ami proche de Ali Belhaj, Belkouch pourrait bénéficier de son soutien si ce dernier venait à ne pas se présenter ou souhaitait occuper un rôle dans l'ombre, comme celui joué par Ilyas el-Omari du temps de Mustapha el-Bakkoury, qui a dirigé le PAM de 2012 à 2016.

« La présence d'Abdellatif Ouahbi au sein du PAM n'a jamais été normalisée. C'est quelqu'un qui adopte une démarche à géométrie variable »

- un cadre du PAM

Un autre nom évoqué par la presse pour prendre les rênes du parti est celui de l'improbable Abdellatif Ouahbi. Cet avocat gouailleur du parti, est célèbre pour ses sorties décapantes, parfois à contre-courant de la ligne politique du PAM.

Tantôt critique envers l'état-major de son parti, tantôt accommodant envers le PJD, pourtant principal adversaire du PAM, au point d'être suspecté d'être un « agent dormant » du PJD, Ouahbi ne fait pas partie des membres fondateurs du PAM.

« Il a été recruté du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) pour les législatives, et a été présenté comme un avocat qui a pignon sur rue, avec une certaine légitimité en termes de représentation populaire, puisqu'il vient d'une famille connue à Agadir », relève un cadre du PAM contacté par MEE. « Mais sa présence au sein du parti n'a jamais été normalisée. C'est quelqu'un qui adopte une démarche à géométrie variable. »

Les collusions fréquentes d'Abdellatif Ouahbi avec le PJD risquent donc de lui rendre la tâche ardue.

Liquidation d'un héritage

S'il veut assurer sa survie politique et la continuité, « le meilleur choix d'Ilyas el-Omari serait de placer Hakim Benchamach ou Fatima-Zahra Mansouri à la tête du parti », estime une autre source au sein du parti. 

Fatima-Zahra Mansouri, ex-maire de Marrakech, fait partie des soutiens d'Ilyas el-Omari – en 2016, elle avait refusé de déposer sa candidature puisqu’Omari se présentait – mais ne partage pas pour autant son goût pour la prise de risques. Proche de l'ex-secrétaire général du PAM, elle pourrait être portée à la tête du parti si le Palais en venait à vouloir promouvoir une figure féminine.

Hakim Benchamach, président de la chambre haute du parlement marocain, est considéré comme l'un des obligés d'Ilyas el-Omari (Facebook)

Hakim Benchamach, président de la Chambre des conseillers, la chambre haute du parlement marocain, est lui considéré comme l'un des obligés d'Ilyas el-Omari. Né en 1963 à Beni Bouayach, une ville de la province d'Al Hoceima, il représente, avec Omari, l’aile rifaine du parti. Homme de confiance de l'ex-secrétaire général du PAM, il a occupé les postes de secrétaire général adjoint du PAM de février 2009 à février 2012, et de président du groupe parlementaire de son parti entre 2009-2015. « Mais s'il s'agit de faire table rase avec le leadership d'Omari, ce ne sera pas possible avec Fatima-Zahra Mansouri ou Hakim Benchamach », conclut un membre du PAM.