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Maroc : Ilyas el-Omari, fait au Rif, défait par le Rif

Ilyas el-Omari fait partie des figures les plus détestées du hirak, le soulèvement rifain. C’est pourtant en vendant au pouvoir sa capacité à maîtriser cette région qui l’a vu naître, qu’il a fait son ascension jusqu’au sommet de l’État
Ilyas el-Omari est accusé par les Rifains de s'être enrichi sur leur dos et n'est plus le bienvenu dans sa région (AFP)
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CASABLANCA, Maroc – Comme à l’enterrement de Mouhcine Fikri, le vendeur de poisson broyé dans un camion benne à ordures en octobre 2016, Ilyas el-Omari n’ira pas à l’enterrement d’Imad Ettabi. L’activiste, touché par un projectile lors des affrontements du 20 juillet à Al Hoceima, a succombé mardi 8 août à ses blessures.

Pourtant, c’est en se maintenant proche des gens, en leur rendant service, en ne les « laissant pas tomber », qu’il a tissé un réseau de liens et gagné soutien et sympathie dans le Rif et au-delà.

En 2004, après le tremblement de terre qui secoue la région, le pouvoir voit en Ilyas el-Omari un relais utile. L’ancien acteur associatif, proche de certains milieux de la gauche marocaine, forme alors une équipe investie de la mission de reconstruire la ville d’Al Hoceima et les villages ravagés par le séisme.

Devenu un relais incontournable avec l’administration locale, mais également entre la région et Rabat, grâce à la carte blanche royale, le pouvoir conféré à el-Omari et ses camarades est immense.

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En même temps, à travers Driss Benzekri, le président de l’Instance équité et réconciliation (IER), chargée de liquider le passé de Hassan II, Omari fait la rencontre de Fouad Ali el-Himma, l’ami du roi et secrétaire d’État à l’Intérieur.

L’idée d’un large mouvement politique dont l’anti-islamisme serait le cheval de bataille fait son chemin. Le Mouvement pour tous les démocrates (MTD) verra le jour en 2008, après plusieurs années de gestation où Omari joue les VRP auprès de ses anciens copains de gauche, à qui il loue le nouveau règne et la volonté de changement du jeune roi Mohammed VI.

Dès 2008, Omari joue les VRP auprès de ses anciens copains de gauche, à qui il loue le nouveau règne et la volonté de changement du jeune roi Mohammed VI

Jouant un rôle central dans la création du noyau dur du mouvement, Ilyas el-Omari aurait également cherché les financements nécessaires à son développement.

Said Chaou, ancien parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM, libéral) et également proche d’Omari, basé actuellement à Amsterdam et recherché par le Maroc pour trafic international de drogue, a déclaré récemment qu’il aurait financé à hauteur de plusieurs millions de dirhams (plusieurs centaines de milliers d’euros) le mouvement de Fouad Ali el-Himma.

La première secousse de 2011

Converti en parti, le PAM, le MTD est désactivé. La nouvelle formation, libérale, anti-islamiste et proche du palais royal et dotée de moyens considérables, est à l’assaut des urnes. Objectif, arriver premier aux élections prévues pour 2012.

Seulement, les événements tournent en défaveur du projet de Fouad Ali el-Himma. Le Mouvement du 20 février, qui s’est formé dans le sillage du Printemps arabe, a réclamé la tête de l’ami du roi qui, pour la rue, est le symbole de l’autoritarisme.

Omari n’échappe pas non plus à la dénonciation populaire. Sous la pression de la rue, les élections seront anticipées, et ce sont les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) qui les remportent.

Octobre 2016, le PJD rempile, le PAM arrive second, c’est la déception dans l’entourage royal, agacé par la présence des islamistes dans l’exécutif

Pendant le mandat du PJD, le PAM se restructure et se prépare aux élections suivantes, celles d’octobre 2016. En janvier 2016, Ilyas el- Omari est porté à la tête du parti et se lance dans l’offensive anti-PJD. Pour lui, la victoire est certaine.

Octobre 2016, le PJD rempile, le PAM arrive second, c’est la déception dans l’entourage royal, agacé par la présence des islamistes dans l’exécutif.

Isolé et ignoré, Omari voit toutes les formations idéologiquement proches de la sienne se rapprocher du PJD en vue d’alliances gouvernementales. Au bal des alliances, le palais lui a préféré Aziz Akhannouch, du RNI (libéral).

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En chute libre à Rabat, en perte d’influence auprès des politiques, Omari subit un dernier lâchage, celui de sa région natale : le Rif. À Al Hoceima, il est accusé de s’être enrichi sur le dos des Rifains, et d’avoir mis en place un réseau d’intérêts avec l’élite locale du PAM, désormais appelée par le hirak (nom donné au mouvement de protestation du Rif) « les Rifains de Rabat ». On lui réclame un procès et on ne veut plus le voir dans la ville.

Acculé, Ilyas el-Omari démissionnera de la présidence du PAM lundi 7 août.