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« Martyr vivant » : un homme disparu sous les ruines de Douma revient à la vie

Sans nouvelles de sa part, les proches de Mohammed Rayhan pensaient qu’il avait été tué lors du massacre de Douma dimanche dernier
Mohammed Rayhan à Douma le 18 août 2015 (Comités locaux de coordination syriens/Facebook)

Peu de personnes peuvent se targuer d’avoir assisté à leur propres funérailles. Pourtant, c’est exactement ce qui est arrivé à Mohammed Rayhan, qui, en rentrant chez lui mardi, a été accueilli par une veillée funèbre en son honneur.

Rayhan se trouvait sur la place du marché de Douma dimanche dernier quand celle-ci a été bombardée par au moins six missiles du gouvernement syrien. Selon un porte-parole des forces de la protection civile syriennes, plus de 100 civils ont été tués et 500 autres blessés lors de cette attaque considérée comme la plus meurtrière qu’ait connue cette ville de la campagne de Damas, tenue par l’opposition.

Suite aux bombardements, des photos prises par des journalistes et activistes présents sur les lieux montraient les rues teintées de rouge par les étals de fruits et légumes pulvérisés et le sang des victimes, plusieurs bâtiments détruits, et l’air épaissi par la poussière des débris.

Les parents de Rayhan ont craint le pire lorsque leur fils n’est pas rentré à la maison, et ont organisé une veillée funèbre le jour même. En principe, les veillées funèbres durent pendant trois jours. Or, le troisième jour, Rayhan est rentré chez lui, hébété, les cheveux et la barbe recouverts de poussière.

Le choc a fait place à la jubilation, la peine aux réjouissances.

On sait depuis que Rayhan, désormais surnommé par ses proches et amis le « martyr vivant », s’est retrouvé coincé sous les décombres pendant trois jours, sans eau ni nourriture. Le troisième jour, une équipe de sauvetage a réussi à l’extraire des gravats. Les équipes de la protection civile, connues sous le nom de Casques blancs, ont sauvé sept personnes des décombres dans la zone de la Ghouta orientale, bastion de l’opposition situé à la périphérie de Damas. À l’échelle nationale, les Casques blancs ont secouru plus de 22 000 personnes.

Le comité local de coordination de la Ghouta orientale a publié des photos de Rayhan sur sa page Facebook, posant tout sourire auprès des membres de sa famille, qui le pleuraient pourtant peu avant.  

Le miracle de la survie de Rayhan a rapidement été partagé sur les réseaux sociaux par les activistes syriens. Le rédacteur en chef du site Syria Untold a écrit : « Nous sommes ravis par le sourire tranquille de [Rayhan], comme si lui aussi avait du mal à croire qu’il est encore en vie… l’homme n’est-il pas fait d’argile ? Il a été enterré pendant trois jours et est revenu. N’était-il pas en voyage ? Il est retourné à ses origines de glaise et a décidé de nous revenir ».

Douma, la capitale de la Ghouta orientale, a souvent été la cible des frappes aériennes du gouvernement syrien, qu’il présente comme une réponse adéquate aux tirs de roquettes des combattants de l’opposition sur Damas.

La zone, majoritairement sous le contrôle du groupe armé d’opposition Jaysh al-Islam, dirigé par Zahran Alloush, subit également le siège des forces gouvernementales syriennes.

Dans un récent report, Amnesty International a accusé le gouvernement syrien de crimes de guerre en raison de ses bombardements aveugles contre des civils dans la Ghouta orientale. L’ONG a aussi condamné Jaysh al-Islam pour avoir privé les habitants de nourriture et de matériel médical et pour avoir procédé à l’arrestation et détention d’activistes.

La situation humanitaire pour les habitants de la Ghouta, pris entre les frappes aériennes du gouvernement syrien et la répression de Jaysh al-Islam, est de plus en plus critique.

Traduction de l’anglais (original).