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McCain et le Moyen-Orient : du bombardement de l’Iran à l’admission que l’Irak était une erreur

Le sénateur américain décédé ce samedi nourrissait un vif intérêt pour les affaires étrangères, y compris au Moyen-Orient, où sa position a souvent été décrite comme belliciste
John McCain a été le président de la commission sénatoriale des services armés des États-Unis de 2015 à 2018 (AFP)

Le sénateur John McCain, ancien prisonnier de guerre au Vietnam devenu sénateur et candidat à la présidence des États-Unis, est décédé samedi à l’âge de 81 ans.

Les médecins lui avaient diagnostiqué une tumeur cérébrale agressive en juillet 2017 et il suivait depuis un traitement médical.

Le sénateur de l’Arizona a obtenu son diplôme de l’Académie navale des États-Unis en 1958 et a suivi son père et son grand-père, tous deux amiraux, dans la marine.

En 1967, l’avion piloté par McCain a été abattu alors qu’il survolait Hanoi. Il a été emprisonné par les Nord-Vietnamiens jusqu’en 1973 et a été torturé pendant son incarcération.

Six fois sénateur, il s’est présenté comme candidat républicain à l’élection présidentielle de 2008 et a perdu face à Barack Obama.

Il nourrissait un vif intérêt pour les affaires étrangères et a servi en tant que président de la commission des services armés du Sénat de 2015 à 2018.

Voici quelques-unes des principales positions de McCain en ce qui concerne le Moyen-Orient.

« Bombardez, bombardez, bombardez » l’Iran

En 2007, John McCain a plaisanté au sujet de la possibilité du bombardement de l’Iran au cours d’un meeting de campagne à Murrells Inlet, en Caroline du Sud.

Interrogé par un membre de l’auditoire au sujet d’une éventuelle action militaire américaine contre l’Iran, McCain a déclaré : « Cette vieille chanson des Beach Boys, bombardez l’Iran ? ».

Il a ensuite éclaté de rire puis entonné brièvement – sur le refrain du classique « Barbara Ann » des Beach Boys – « bomb bomb bomb, bomb bomb Iran... ».

Critique de la torture à Guantanamo Bay et Abou Ghraib

En décembre 2008, John McCain était le républicain le plus haut placé au sein de la commission des services armés du Sénat lorsque celle-ci a publié un rapport sur les mauvais traitements infligés aux détenus de la prison d’Abou Ghraib en Irak et de Guantanamo Bay.

Prisonniers détenus à Guantanamo Bay (AFP)

Le rapport a révélé que l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et d’autres hauts fonctionnaires américains étaient en grande partie responsables de ces abus.

L’audition à laquelle McCain a soumis Rumsfeld au Sénat – qu’il a décrit plus tard comme « l’un des pires secrétaires à la Défense de l’histoire » – concernant Guantanamo Bay a obligé l’administration américaine à opérer un changement en la matière.

Soutien à Israël

John McCain était un fervent partisan d’Israël et a soutenu la décision du président américain Donald Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

« Je crois depuis longtemps que Jérusalem est la véritable capitale d’Israël », a-t-il écrit sur son site web après l’annonce.

Prisonniers détenus à Guantanamo Bay (AFP)Des dizaines de Palestiniens ont été tués en manifestant contre l'ouverture de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem (Reuters)

Le soutien du sénateur s’est étendu aux nombreuses offensives israéliennes contre les Palestiniens, y compris le bombardement de Gaza en 2014.

Appel à intervenir en Syrie

À plusieurs reprises, John McCain a appelé de ses vœux une intervention militaire américaine en Syrie à la suite du soulèvement contre le président Bachar al-Assad en 2011.

En 2017, il a défendu la décision de Trump de lancer une attaque contre les forces gouvernementales syriennes, affirmant que l’action avait « été en cours de préparation depuis huit ans ».

En avril 2017, les États-Unis ont lancé 59 missiles de croisière Tomahawk sur la Syrie depuis la Méditerranée (AFP)

Le sénateur McCain et sa collègue Lindsey Graham ont exhorté Trump à intensifier les frappes aériennes : « Dans le cadre d’une stratégie plus large, nous exhortons le président à prendre des mesures militaires plus importantes pour atteindre nos objectifs, y compris l’immobilisation au sol des forces aériennes syriennes et l’établissement de refuges à l’intérieur de la Syrie pour protéger les Syriens. »

Ils ont ajouté « qu’il n’y aura jamais de solution diplomatique tant que la famille Assad dominera le champ de bataille ».

Soutien aux « héros » de la Libye

En 2011, McCain a été l’un des plus ardents défenseurs au Congrès de l’intervention militaire américaine en Libye, appelant Washington à reconnaître le conseil transitoire des rebelles libyens en tant que véritable voix du peuple libyen et à leur transférer les avoirs gelés.

Mouammar Kadhafi a été renversé en octobre 2011 (AFP)

McCain a également appelé l’OTAN à intensifier sa campagne aérienne et a déclaré que les alliés occidentaux des États-Unis devraient fournir aux rebelles un entraînement, des armes et des activités de commandement et de contrôle afin d’aider à renverser le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

McCain a décrit les combattants libyens comme des « héros ».

La destitution de Mohamed Morsi en Égypte est un « coup d’État »

En 2013, à la suite d’une brève visite en Égypte, John McCain a décrit la destitution de lex-président égyptien Mohamed Morsi comme un coup dÉtat, contredisant ainsi la position de la Maison-Blanche.

Mouammar Kadhafi a été renversé en octobre 2011 (AFP)

« Nous avons dit que nous partageons les aspirations démocratiques et les critiques du gouvernement Morsi qui ont conduit des millions d’Égyptiens dans les rues », a déclaré McCain lors d’un voyage au Caire au cours duquel lui et la sénatrice républicaine Lindsey Graham ont rencontré des responsables égyptiens haut placés.

« Nous avons aussi affirmé que les circonstances de la destitution de Morsi constituaient un coup d’État. Ce n’était pas une transition de pouvoir par les urnes. »

Les États-Unis doivent « choisir les Kurdes »

John McCain était un partisan de longue date des Kurdes en Irak, écrivant en 2017 qu’il exhortait les États-Unis à « choisir les Kurdes », alors que s’intensifiaient les affrontements entre les peshmergas kurdes, d’une part, et les forces irakiennes et les combattants soutenus par l’Iran, d’autre part.

Mouammar Kadhafi a été renversé en octobre 2011 (AFP)

« Pendant des décennies, l’alliance des États-Unis avec les Kurdes les a protégés des attaques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Irak, tout en défendant les intérêts de la sécurité nationale américaine », a déclaré le sénateur, exhortant Washington à soutenir « nos vrais amis ».

Dimanche, Nechirvan Barzani, le Premier ministre du Gouvernement régional du Kurdistan, a déclaré que la mort de McCain était une perte pour les Kurdes « C’était un grand défenseur du peuple du Kurdistan et de nos droits », a-t-il dit.

La guerre en Irak était une « erreur »

John McCain était l’un des républicains les plus bellicistes du Sénat et était un fervent partisan de la décision de George W. Bush d’aller en guerre contre l’Irak en 2003 et d’augmenter par la suite le nombre de soldats américains déployés dans le pays.

Mouammar Kadhafi a été renversé en octobre 2011 (AFP)

En 2018, dans ses mémoires The Restless Wave, McCain a toutefois déclaré : « La raison principale de l’invasion de l’Irak, selon laquelle Saddam avait des ADM [armes de destruction massive]), était fausse. »

« La guerre, avec son coût en vies, en richesses et en sécurité, ne peut être jugée comme autre chose qu’une erreur, une erreur très grave, et je dois accepter ma part de responsabilité. »

Traduit de l’anglais (original).