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Nés pendant la guerre : 3,7 millions d’enfants syriens ne connaissent que le conflit

Un tiers de l'ensemble des enfants syriens ont vécu toute leur vie en état de guerre, indique l’Unicef dans son rapport
Ils seraient 2,9 millions d’enfants en Syrie à être nés pendant la guerre (AFP)

Un enfant syrien sur trois ne connaît que la guerre, a annoncé lundi l’Unicef dans un rapport publié à la veille du début de la sixième année de guerre en Syrie.

L’agence de l’ONU pour l’enfance estime que la vie de 3,7 millions d’enfants en Syrie a été uniquement façonnée par le conflit, alors qu’ils sont contraints de quitter leurs maisons et écoles, rendus orphelins par la violence et forcés de travailler ou de combattre.

« Tout enfant syrien âgé de moins de cinq ans n’a connu qu’une vie façonnée par la guerre – cela représente environ 2,9 millions d’enfants en Syrie et au moins 811 000 enfants dans les pays voisins », selon le rapport.

La guerre en Syrie a tué plus de 270 000 personnes et, selon l’Organisation des Nations Unies, a contraint plus de la moitié d’une population estimée à 23 millions de personnes avant le conflit à quitter son foyer.

« Après cinq ans de guerre, des millions d’enfants ont grandi trop vite et avant l’heure », a déclaré Peter Salama, directeur régional de l’Unicef pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord.

« Alors que la guerre continue, ils mènent une guerre d’adultes : ils continuent d’abandonner l’école, beaucoup d’entre eux sont forcés de travailler, et les filles se marient de manière précoce. »

En Syrie, « près de sept millions d’enfants vivent dans la pauvreté. Leur enfance est devenue synonyme de pertes et de privations », a ajouté Salama.

Plus de 200 000 enfants vivent dans des régions de Syrie en état de siège, selon le rapport.

De plus, au moins 2,1 millions d’enfants à l’intérieur du pays – et 700 000 dans les pays voisins – sont déscolarisés, d’après l’UNICEF.

Une trêve fragile entrée en vigueur le 27 février, avant le début de négociations de paix indirectes lundi à Genève, a permis à certains enfants de retourner dans leurs salles de classe.

À Alep, une ville du nord, les enfants ont émergé des salles de classe souterraines et sont retournés à l’école – et ont retrouvé les terrains de jeux – pour la première fois depuis des mois.

« Grâce au cessez-le-feu, nous pouvons jouer et passer du temps dehors avec des amis », a déclaré Sidra, une petite fille. « Nous pouvons maintenant jouer sur les toboggans et les balançoires. »

À Deraa, une ville du sud de la Syrie contrôlée par les rebelles, les habitants profitent du cessez-le-feu pour revenir à une certaine normalité en assistant à des mariages et en envoyant leurs enfants à l’école.

Enfants soldats

Cependant, tous les enfants syriens ne sont pas aussi chanceux selon le rapport de l’Unicef.

« Une tendance particulièrement préoccupante est l’augmentation du recrutement d’enfants » par les forces et groupes armés, selon le rapport. « Des enfants déclarent être activement encouragés à se battre par les parties au conflit qui leur offrent des cadeaux et des ‘’salaires’’ allant jusqu’à 400 dollars (361 euros) par mois. »

Depuis 2014, les enfants recrutés sont beaucoup plus jeunes que les années précédentes – certains ont à peine 7 ans – et souvent sans le consentement des parents, toujours selon le rapport.

Plus de la moitié des cas de recrutement d’enfants vérifiés par l’Unicef l’année dernière concernaient des enfants de moins de 15 ans, contre moins de 20 % en 2014.

« Ces enfants reçoivent un entraînement militaire et participent aux combats ou bien endossent des rôles qui mettent leur vie en danger sur les lignes de front », explique l’Unicef.

« Les différents groupes du conflit utilisent des enfants pour tuer, notamment en tant que bourreau ou sniper. »

Les filles sont recrutées aussi.

« Huda n’avait que 14 ans lorsqu’elle s’est retrouvée dans sa première bataille face à des hommes armés, avec une arme qu’elle savait à peine utiliser », indique le rapport.

« J’avais peur. Le commandant m’a donné un fusil et m’a dit de me préparer pour la bataille », aurait rapporté Huda, qui a survécu et vit maintenant en tant que réfugiée en Jordanie.

Le groupe État islamique a publié plusieurs vidéos macabres montrant des enfants soldats tuant des captifs.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.