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Partir ou aller en prison : Israël donne 60 jours aux migrants africains pour quitter le pays

Entre 15 000 et 20 000 personnes, en majorité des Érythréens et des Soudanais, seraient concernés par le programme d'expulsion
Migrants africains au grillage du centre de détention israélien de Holot, dans le désert du Néguev, en février 2014 (AFP)
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Israël a commencé à prévenir, dimanche, des milliers de migrants africains qu’ils avaient jusqu’à fin mars pour quitter le territoire, ont annoncé des responsables. S’ils refusent, ils pourront être mis en prison.

Le 3 janvier, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé l’application d’un programme d’expulsion de 38 000 migrants entrés illégalement dans le pays, pour la plupart des Érythréens et des Soudanais.

Ce programme controversé leur donne jusqu’à la fin du mois prochain pour quitter le pays de leur plein gré ou encourir la prison et une éventuelle expulsion.

À LIRE : « Trafic légal d’êtres humains » : le programme israélien d’expulsion massive des réfugiés africains

La porte-parole de l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration, Sabine Haddad, a déclaré à l’AFP que les responsables avaient commencé, dimanche, à envoyer des courriers aux migrants pour les avertir du délai de 60 jours dont ils disposent pour quitter d’eux-mêmes le pays.

Pour le moment, seuls les hommes sans famille ont été avertis, ont précisé les responsables.

« Toute personne reconnue victime d’esclavage ou de trafic d’êtres humains, ou toute personne ayant déposé une demande d’asile avant la fin 2017 sans avoir obtenu de réponse jusqu’à maintenant », serait également épargnée par cette mesure, relève le quotidien israélien Haaretz en ajoutant qu’« entre 15 000 et 20 000 personnes » sont concernées par cette expulsion à court-terme.

À ceux qui acceptent de partir, l’autorité offre une indemnité de 3 500 dollars, un billet d’avion et de l’aide pour obtenir les papiers nécessaires pour voyager.

S’ils ne partent pas avant le délai fixé, l’indemnité sera revue à la baisse et des « mesures exécutoires » seront prises à leur encontre et à l’encontre de quiconque les emploie.

Israël qualifie les dizaines de milliers de migrants africains entrés illégalement via l’Égypte voisine d’« infiltrés ».

Ouganda et Rwanda

Les responsables israéliens reconnaissent tacitement qu’il est trop dangereux de renvoyer chez eux les Soudanais et les Érythréens en raison des violences dans leurs pays, mais selon des médias locaux, les notifications ne précisent pas où les migrants vont être envoyés.

Des humanitaires et des médias ont évoqué l’Ouganda et le Rwanda. Les deux pays démentent toutefois être une destination pour les migrants expulsés.

L’opposition publique à ce programme a mis du temps à se former, mais certains pilotes de ligne israéliens auraient prévenu qu’ils ne transporteraient pas les migrants expulsés contre leur volonté.

Des universitaires ont publié une pétition et des survivants de l’Holocauste ont envoyé une lettre ouverte à Netanyahou le mois dernier pour l’implorer de reconsidérer ce programme

Des universitaires ont publié une pétition et des survivants de l’Holocauste ont envoyé une lettre ouverte à Netanyahou le mois dernier pour l’implorer de reconsidérer ce programme.

Dimanche, toujours selon Haaretz, Netanyahou a accusé le milliardaire américain juif George Soros d’être derrière cette campagne d'opposition aux expulsions.

« George Soros finance également la contestation. Obama a expulsé deux millions d’infiltrés et ils n’ont rien dit », a-t-il déclaré lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement.

À LIRE : Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

L’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a appelé Israël à abandonner ce programme, en disant qu’il était « incohérent » et « dangereux ».

Une commission d’enquête de l’ONU sur le régime en Érythrée a évoqué en 2016 des crimes contre l’humanité « à grande échelle et systématiques ». Selon elle, environ 5 000 personnes fuient le pays chaque mois.

La Cour pénale internationale (CPI) accuse le président Omar el-Béchir de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide en lien avec la stratégie de son régime pour contrer l’insurrection dans le conflit du Darfour.

Traduit de l'anglais (original).