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« Prevent » sur les campus : une université londonienne lit les e-mails de ses étudiants

Le King’s College de Londres informe ses étudiants et son personnel qu’il surveille les messages afin de respecter les obligations découlant de « Prevent », la stratégie gouvernementale de lutte contre l’extrémisme
Le Strand Campus du King’s College de Londres (capture d’écran : Roar News)

Une université britannique qui abrite l’un des plus grands centres d’études sur la radicalisation au monde a reconnu publiquement qu’elle surveillait les e-mails de ses étudiants et de son personnel en raison de la stratégie controversée du gouvernement britannique pour la lutte contre l’extrémisme, « Prevent ».

Le King’s College de Londres a publié un avertissement sur sa page de connexion informant ses étudiants et son personnel qu’ils acceptaient que leurs e-mails soient « surveillés et enregistrés » s’ils choisissaient d’utiliser le service de messagerie.

Le message affiché sur la page de connexion recommande également aux utilisateurs de ne pas envoyer par e-mail des contenus jugés « indécents, offensants, diffamatoires, menaçants, discriminatoires ou extrémistes ».

Aucune définition n’a été donnée par le King’s College de Londres, qui héberge le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR), à ce qui constitue des contenus à caractère extrémiste.

Ibtehal Hussain, étudiante en dernière année d’études sur la guerre, a fait part à Middle East Eye de sa préoccupation face à l’impact potentiel de cette politique sur les étudiants et les membres du personnel actifs sur le plan politique sur le campus.

« Le fait de savoir que nos e-mails sont surveillés crée un climat de peur et d’intimidation, en particulier pour ceux qui sont impliqués dans l’activisme politique sur le campus », a indiqué Hussain.

« Plutôt que d’assurer notre sécurité, cela suscitera davantage d’inquiétude et de paranoïa auprès des étudiants et forcera de nombreux musulmans actifs politiquement, comme moi, à se censurer. »

Un universitaire haut placé de l’institution, qui a souhaité rester anonyme, a affirmé à MEE ne pas être au courant que ses e-mails étaient surveillés par l’institution, mais a déclaré comprendre pourquoi l’université avait décidé de se conformer à Prevent, « [ses] mains étant liées, comme celles d’autres institutions à travers le pays ».

Page de connexion du King’s College de Londres (capture d’écran)

Traduction : 

King’s College de Londres

Identifiant King’s

Mot de passe

Avertissement

Ce système est réservé aux utilisateurs autorisés du King’s College de Londres. Tout individu qui utilise ce système informatique sans autorisation ou au-delà de son autorisation pourra faire l’objet d’une surveillance et d’un enregistrement de toutes ses activités sur ce système.

Le King’s College de Londres a un devoir légal en vertu du Counter-Terrorism and Security Act 2015, appelé « Prevent », de contribuer au processus visant à empêcher des individus d’être attirés par le terrorisme. Il vous est interdit de créer, télécharger, enregistrer ou transmettre des contenus illégaux ou des contenus indécents, offensants, diffamatoires, menaçants, discriminatoires ou extrémistes. L’université se réserve le droit de bloquer ou de surveiller l’accès à ces contenus.

Quiconque utilise ce système consent expressément à une telle surveillance et est informé que si cette surveillance révèle des preuves d’une possible activité criminelle ou d’une possible activité contraire à la déclaration « Prevent » ci-dessus, le personnel du système peut fournir les preuves de cette surveillance aux forces de l’ordre.

Pour obtenir une assistance, veuillez contacter :

Service informatique du King’s College de Londres (ouvert toute l’année, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7)

Tél. : 020 7848 8888

E-mail : [email protected] uk

Twitter : @KingsITSystems

Néanmoins, un porte-parole du King’s College de Londres a nié le fait que l’institution « surveill[ait] activement l’activité informatique » des étudiants et du personnel sur le campus. 

L’avertissement sur l’écran de connexion, selon le porte-parole, faisait partie des « obligations de l’université en vertu de Prevent à l’égard de cette politique ». 

Le porte-parole a ajouté : « Nous suivons les meilleures pratiques pour le secteur telles que conseillées par l’UCISA [Universities and Colleges Information Systems Association] et telles que définies par la loi, qui détermine les utilisations autorisées et non autorisées des installations informatiques institutionnelles. Le King’s College de Londres est fier de sa communauté diversifiée et inclusive et toute surveillance s’inscrira dans le processus de sécurité habituel. »

La démarche du King’s College de Londres survient alors que les universités de toute la Grande-Bretagne sont légalement tenues de se conformer au programme Prevent du gouvernement, qui est devenu une obligation légale en vertu du Counter-Terrorism and Security Act de 2015.

Cette loi stipule que tous les organismes du secteur public, y compris les universités et tous les établissements d’enseignement, ont l’obligation de signaler les individus considérés comme présentant un risque d’être attirés par le terrorisme.

Les universités sont devenues un point central de l’opposition à cette politique, contre laquelle de nombreux syndicats d’étudiants et de personnel font campagne.

Ses détracteurs soutiennent également que les étudiants musulmans sont ciblés de manière disproportionnée par Prevent depuis que la stratégie est devenue un devoir légal.

L’université du Staffordshire a été contrainte de présenter des excuses après qu’un étudiant en licence d’études de lutte contre le terrorisme, Mohammed Umar Farooq, a été interrogé dans le cadre de Prevent en 2015 après avoir été repéré par des membres du personnel en train de lire un livre au programme intitulé Terrorism Studies (« Études du terrorisme ») dans la bibliothèque universitaire.

Farooq a déclaré au journal The Guardian qu’il avait été interrogé sur son comportement à l’égard de l’homosexualité, du groupe État islamique et d’al-Qaïda.

L’an dernier, plus de 140 universitaires ont signé une lettre ouverte critiquant la méthodologie employée pour formuler le programme Prevent.

La lettre ouverte, qui a été signée par d’éminents universitaires tels que Noam Chomsky, a critiqué la science « utilisée en tant que base pour évaluer le risque de "radicalisation" et de renvoi au programme Channel ».

Channel est un programme de lutte contre la radicalisation lié à Prevent.

Le King’s College de Londres a fait la une des médias en 2015 après avoir été décrit au parlement par le Premier ministre de l’époque David Cameron comme un foyer de « prédicateurs de haine ».

L’université a également fait l’objet d’une surveillance après qu’un ancien étudiant en physique a été accusé d’avoir eu « l’intention de commettre des actes de terrorisme » en 2014.

MEE a contacté des universitaires travaillant avec l’ICSR afin de recueillir des commentaires, mais n’a pas obtenu de réponse.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.