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Riyad se venge de Rabat à travers Al-Arabiya

Al-Arabiya a choqué l’opinion marocaine en diffusant un sujet traitant de la question du Sahara occidental en des termes jugés hostiles par le Maroc
Pour des médias marocains c'est Mohammed ben Salmane qui a choisi Al-Arabiya pour répondre à Nasser Bourita (Reuters)
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« Mohammed ben Salmane choisit Al-Arabiya pour répondre à Nasser Bourita », « un coup de poignard dans le dos » : les médias marocains ont beaucoup commenté le sujet diffusé le 1erfévrier par la chaîne d’information saoudienne Al-Arabiya sur la crise du Sahara occidental. 

« Sahara occidental », « le Front Polisario, représentant légitime du peuple sahraoui », « le Sahara occidental est voisin du Maroc » : le vocabulaire employé par Al-Arabiya tranche avec la position saoudienne de soutien à la politique du Maroc sur cette question : 

Sujet diffusé le 1er février par Al-Arabiya à l’occasion de l’annonce de nouveaux pourparlers sur le Sahara occidental à l’ONU prévus en mars   

« Le ministre marocain des Affaires étrangères [Nasser Bourita] se doit de convoquer l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Rabat, lui réclamer des clarifications et lui signifier la colère du royaume du Maroc suite à cette attitude inamicale inadmissible », écrit Abdellah El Hatatch, directeur du site d’information Le1.

Bourita ciblé

« La chaîne d’information a diffusé une vidéo en images de synthèse montrant des chars en plein milieu du désert, sans aucune évocation du développement urbain de la région et a traité de manière égale le Maroc et le Front Polisario », s’indigne un journaliste du site Ya Biladi.  

Pour de nombreux médias marocains, cette « indélicatesse » de Riyad aurait été provoquée par l’entretien qu’a donné le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, à la chaîne qatarie Al-Jazeera, le 23 janvier.

« Le ministre marocain des Affaires étrangères se doit de convoquer l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Rabat » 

- Abdellah El Hatatch, directeur du site d’information marocain Le1

Dans cette émission, « Bila Houddoud » (sans frontières), très suivie, Nasser Bourita confie implicitement dans une formule très diplomatique, que Rabat n’était pas d’accord sur les « modalités » de la visite officielle que devait faire au Maroc le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, lors de sa dernière tournée dans plusieurs pays arabes fin 2018. 

Mais surtout Nasser Bourita officialise le retrait du Maroc de la coalition menée par l’Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen. Et c’est une première. Le ministre marocain explique ainsi que son pays « a changé de position au regard de son appréciation de la situation, à la lumière des développements sur le terrain et sur les plans politique et humanitaire ».

Retrait discret

Pour rappel, en avril 2018, le Maroc avait déjà discrètement retiré ses six chasseurs F16 engagés dans la coalition arabe. En mai 2011, un avion de chasse marocain a été abattu par les rebelles houthis. Environ 1 500 militaires marocains étaient engagés dans le terrain des opérations au Yémen.

Par ailleurs, l’émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, Horst Köhler, va rencontrer courant février les quatre parties au conflit, Maroc, Polisario, Algérie, Mauritanie, avant de convoquer en mars une nouvelle table ronde, après la reprise d’un dialogue multilatéral en décembre, jugé encourageant par tous comme par le Conseil de sécurité.