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Support iranien au Front Polisario : Rabat attaque encore Alger

Le ministre marocain des Affaires étrangères a réitéré les accusations contre l’Algérie concernant l’appui présumé de Téhéran au Front Polisario, dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique
Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères (AFP)
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L’Algérie « a apporté ouverture, soutien et appui opérationnel » à l’aide iranienne au Front Polisario (mouvement indépendantiste sahraoui) a encore accusé le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita dans une longue interview publiée ce dimanche par le magazine Jeune Afrique.   

Le Maroc avait annoncé sa décision de rompre ses relations avec l’Iran, le 1er avril dernier, invoquant le « soutien militaire de son allié, le mouvement Hezbollah, au [Front] Polisario ». Rabat a accusé Alger de favoriser cette aide à travers l’ambassade iranienne en Algérie. Téhéran avait réagi en démentant « fermement » les accusations du Maroc. Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé dans un communiqué un « prétexte » à une rupture diplomatique. Pour sa part, Alger a rejeté les propos « totalement infondés » et annoncé que l'ambassadeur du Maroc à Alger avait été convoqué. 

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Revenant à la charge, le chef de la diplomatie marocaine a indiqué dans cet entretien que « certaines réunions entre le Polisario et le Hezbollah se sont tenues dans une ‘’planque’’ algéroise bien connue des services algériens, concédée en location à une certaine ‘’D.B.’’, Algérienne mariée à un cadre du Hezbollah, et convertie en agent de liaison du Hezbollah, notamment avec le Polisario ».

Nasser Bourita s’attaque dans la foulée au pouvoir algérien « confronté à une grave crise institutionnelle, politique, économique et sociale » et qui « n’a survécu jusque-là que grâce aux problèmes et tensions qu’il a lui-même générés ou qu’il a l’intention de créer, afin de détourner l’attention des Algériens de leurs véritables préoccupations. Sinon, il n’y aurait pas de frontières fermées entre les deux pays ». La frontière entre l'Algérie et le Maroc sont fermées depuis 1994 sur décision de l’Algérie, pour répondre aux accusations marocaines d’implications dans un attentat terroriste à Marrakech. 

Défilé de soldats du Front Polisario, en 2011, à l’occasion du 35e anniversaire de la création de la République arabe sahraouie démocratique (AFP

« L’Algérie et le Polisario sont acculés devant la légalité internationale et la dernière résolution du Conseil de sécurité », a encore appuyé Nasser Bourita, ajoutant : « Tels que nous les connaissons, ils vont certainement créer d’autres problèmes dans la région et au-delà ». « L’Algérie est tentée aujourd’hui de commettre l’erreur stratégique de pousser le Polisario hors des camps de Tindouf, juste pour se dédouaner politiquement et ne plus être pointée comme le pays qui abrite ces séparatistes, au risque de déstabiliser gravement la région, de compromettre définitivement le cessez-le-feu et d’anéantir toute chance de relance du processus politique », prévient le ministre marocain.

« Certaines réunions entre le Polisario et le Hezbollah se sont tenues dans une ‘’planque’’ algéroise bien connue des services algériens »

- Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères

Début avril, le Maroc avait alerté le Conseil de sécurité sur l’incursion de combattants du Front Polisario dans la ville d'Al Mahbes, au nord-est du Sahara occidental, en violation d’un accord militaire de cessez-le-feu sur la zone tampon. Mais Nasser Bourita ne ferme pas la porte au dialogue entre les deux pays voisins : « Le dialogue est toujours possible. C’est notre souhait le plus ardent » poursuivant : « L’exemple de l’Allemagne et de la France est là pour nous le rappeler. Qui aurait imaginé, à la fin de la Seuxième Guerre mondiale, que ces deux pays deviennent les locomotives de la construction européenne ? ».