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Ta’izz sombre dans des guerres de territoire entre des rebelles qui s’affrontent pour les richesses

Les factions de la Résistance populaire, à l’origine érigées pour combattre les Houthis, se disputent désormais le contrôle des ressources et de l’économie de la province yéménite
Des combattants yéménites de la Résistance populaire à Ta’izz, en mars (AFP)

TA’IZZ, Yémen – Les combats ont fait rage pendant trois jours et sont partis des villages de Ta’izz pour engloutir le marché tentaculaire d’al-Turbah. Mais les belligérants n’étaient pas issus de deux camps opposés de la guerre au Yémen.

Les hommes qui s’entretuaient étaient issus de branches différentes de la Résistance populaire et leur principale motivation était l’argent. Ou, plus précisément, le contrôle des « impôts » et des pots-de-vin lucratifs prélevés aux marchands, aux commerçants et aux hommes d’affaires.

La simple lutte contre les Houthis, l’ennemi juré à Ta’izz, n’en est plus une. La priorité de certains membres de la résistance, à savoir prendre le contrôle de l’économie, est ce qui motive désormais leur violence. Et les victimes de ces guerres de territoire qui couvent sont inévitablement les civils qu’ils cherchent à exploiter.

La bataille du 11 juin à al-Turbah a impliqué des hommes sous le commandement de Mokhtar al-Zuraiqi et de Mohammed al-Anasi, deux factions puissantes de la résistance, et n’a pris fin que lorsque les troupes régulières de la 35e brigade blindée ont été envoyées par leur commandant de brigade, Adnan al-Hamadi. Deux combattants ont été tués et beaucoup d’autres ont été grièvement blessés.

L’État de droit est inexistant à Ta’izz – il n’y a pas de tribunaux, ni de gouvernance civile fonctionnelle, ni de forces de police – et la résistance populaire détient de facto le pouvoir. Elle a pris le contrôle de la fiscalité, dirige les litiges locaux et criminels, fixe les tarifs et gère les postes de police. Les affrontements du 11 juin n’étaient pas les premiers entre des factions rivales.

Dans certains secteurs, cela a donné lieu à des allégations d’extorsions, de saisies de terres et d’actes d’intimidation perpétrés par des combattants de la résistance, affirment des habitants de Ta’izz.

Si beaucoup d’entre eux refusent de parler aux journalistes par crainte de représailles, un commerçant d’al-Turbah s’est néanmoins exprimé pour MEE : « Les combattants de la résistance nous forcent à les payer chaque mois et disent que c’est l’impôt, mais auparavant, nous ne payions des impôts qu’une fois par an en recevant des factures officielles. »

Il a indiqué qu’il versait aux combattants l’équivalent de 12 dollars par mois et a ajouté que d’autres commerçants étaient souvent menacés avec des armes ou battus s’ils refusaient de payer.

Mohammed, qui travaille au bureau des impôts d’al-Turbah, a indiqué que celui-ci était effectivement fermé depuis le mois d’avril de l’année dernière. Depuis lors, les vendeurs n’ont pas versé d’impôts au gouvernement et la résistance s’est incrustée.

« Les combattants de la résistance perçoivent des impôts illégalement, sans factures, et ils n’extorquent que les faibles sur le marché », a-t-il affirmé, ajoutant que certains commerçants avaient embauché des « voyous » pour les protéger.

« Si les leaders de la résistance veulent développer Ta’izz, ils peuvent coopérer avec les différentes institutions publiques de la ville et nous serons heureux de les aider. Mais leur comportement actuel n’est pas le bon. »

Les Houthis assiègent la troisième plus grande ville du Yémen depuis l’année dernière et les combats ont continué d’y faire rage même lorsque les armes étaient silencieuses dans les autres parties du Yémen.

Si de grandes parties de la ville ont été durement frappées, le marché d’al-Turbah, autrefois un marché de poisson morose, s’est pourtant épanoui et est devenu une petite poche dynamique où les gens pouvaient encore aller faire leurs courses et sortir de tout cela.

L’effondrement de l’ordre public

La Résistance populaire ne s’est pas simplement arrêtée à l’extorsion et aux menaces de violence.

Walid Modhish a demandé réparation après que des combattants de la résistance ont saisi ses terres dans un village proche d’al-Turbah. Mais sa seule option a été de se rendre dans un poste de police contrôlé par ceux dont il se plaignait.

Le groupe lui a demandé l’équivalent de 48 dollars, une somme importante dans la région rurale de Ta’izz, pour qu’un véhicule militaire soit envoyé sur ses terres.

« Quand ils sont arrivés, ils ont constaté que d’autres combattants de la résistance avaient saisi mes terres, donc ils n’ont rien fait et ils sont retournés à leur bureau », a raconté Modhish à MEE.

« Je veux dire [au cheikh Hamoud] al-Mikhlafi [le chef de la résistance à Ta’izz] que ses combattants nous volent et que ses armes sont utilisées contre des civils et non contre les Houthis. »

« Puisse Allah me venger. »

Nawar Aswadi, un autre habitant de Ta’izz, a relayé les plaintes de Walid.

« Il y a trois mois, j’ai eu un litige avec mon cousin pour un jardin. »

« La plainte auprès de la résistance m’a coûté 800 dollars et ils n’ont pas résolu le litige. Je suis allé voir un cheikh tribal et il a résolu le problème pour seulement 80 dollars », a affirmé Aswadi à MEE.

La résistance à Ta’izz se plaint depuis longtemps des déficits de trésorerie et d’un manque d’aide de la part de leurs alliés dirigés par l’Arabie saoudite pour vaincre les Houthis.

Bakeel al-Zuraiqi, chef de la résistance dans le district d’al-Shimayateen, a indiqué à MEE qu’il commandait plus de 500 combattants qui dépendaient tous des impôts et d’un certain soutien du leadership.

« La résistance populaire à Ta’izz a remplacé le gouvernement et nous combattons pour Ta’izz, donc nous méritons de percevoir les taxes sur les marchés, et nous n’extorquons personne dans la province », a-t-il déclaré à MEE.

« Nous ne prenons que ce qui est à nous. »

Il a évoqué les combats à al-Turbah comme un « différend local » qui était « normal pour tout groupe ».

Beaucoup de combattants ont en réalité rejoint la résistance pour des raisons financières, après avoir perdu leurs sources de revenus au début de la guerre, a-t-il ajouté.

Il a affirmé être au courant de la plainte de Walid, entre beaucoup d’autres litiges similaires, mais a concédé que la résistance ne pouvait pas résoudre ses problèmes.

Il leur faut des juges, pas des combattants, a-t-il expliqué.

« Les litiges portant sur les terres dans toute la province seront reportés jusqu’à la réouverture des tribunaux, et si quelqu’un a saisi des terres, les tribunaux traiteront ces gens de façon équitable », a déclaré Zuraiqi tout en niant le fait que la résistance avait saisi des terres pour son propre bénéfice.

Personne ne sait quand les tribunaux reprendront leur travail pour résoudre ces litiges.

Pendant ce temps, la menace de violences plane sur al-Turbah.

Abdulwadood, un habitant d’al-Turbah, a affirmé que la résistance avait laissé les habitants dans un état de peur.

« Les deux groupes se sont déjà battus il y a un mois pour la même raison et Hamadi a dû intervenir à l’époque, a-t-il indiqué. Il y a encore des véhicules blindés à al-Turbah. Des affrontements pourraient éclater à tout moment. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.