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Trois hélicoptères envoyés « tuer ou capturer » Erdoğan à son hôtel lors du coup d’État

Les révélations d’un quotidien turc et d’Al Jazeera exposent une tentative d’assassinat contre Erdoğan et les rouages du coup d’État
Des policiers turcs retiennent des soldats qui auraient pris part au putsch tandis qu’ils quittent le palais de justice du quartier de Bakırköy à Istanbul samedi (AFP)

Des informations divulguées à la fois dans le quotidien turc Hürriyet et Al Jazeera ont confirmé dimanche une tentative de tuer ou de capturer le président turc Recep Tayyip Erdoğan et ont dévoilé plus de détails sur le fonctionnement interne de la tentative de putsch.

Hürriyet a rapporté que le commandant de la Première armée Ümit Dündar avait contacté Erdoğan vendredi soir, environ une heure avant le début du coup d’État, pour l’informer que les putschistes avaient commencé à se diriger vers sa position, laissant le temps au président de s’échapper avant que les soldats ne prennent d’assaut son lieu de villégiature.

Le journal turc a obtenu ces informations d’un journaliste proche des cercles de prise de décision, qui a indiqué que Dündar avait appelé Erdoğan alors que le président était en vacances dans un hôtel de Marmaris, dans le sud-ouest de la Turquie.

« Vous êtes notre président légitime », a déclaré Dündar à Erdoğan. « Je suis à vos côtés, il y a un énorme coup d’État et la situation est hors de contrôle à Ankara. Venez à Istanbul et je vais sécuriser votre accès aux routes et votre logement là-bas. »

Traduction : Vidéo de la nuit du 15 au 16 juillet : avancée d’un char qui roule sur les voitures et les personnes. #Turquie – Gilgo (@agirecudi)

Le journal a indiqué que des unités spéciales appuyées par des hélicoptères avaient pris d’assaut l’hôtel pour arrêter ou assassiner le président, une demi-heure après son départ. Erdoğan était à ce moment-là en chemin pour Istanbul.

Les détails de ce récit ont été confirmés par le chef du bureau d’Al Jazeera Istanbul Abdul Azim Mohammed, qui a ajouté que les trois hélicoptères des forces spéciales de l’armée qui sont arrivés à l’hôtel occupé par Erdoğan à Marmaris transportaient 40 soldats ayant l’intention de tuer ou de capturer le président.

La garde présidentielle a affronté les soldats putschistes avant que plusieurs d’entre eux ne fuient à travers les montagnes après la panne de l’un de leurs hélicoptères.

Al Jazeera a également signalé que le commandant de la gendarmerie de Bursa, le colonel Muharrem Köse, avait été arrêté trois heures après la tentative de putsch.

Köse était en possession d’une liste de plus de 80 personnes qui étaient censées administrer le pays pendant l’étape suivante du coup d’État, après l’annonce de l’état d’urgence.

La liste comprenait des officiers de l’armée, des ministres, des juges, des procureurs et des gouverneurs.

À l’intérieur du coup d’État

Al Jazeera a également reçu des fuites d’une série de messages WhatsApp échangés entre les meneurs du coup d’État et les autres putschistes.

Ils avaient créé un groupe sur l’application smartphone pour communiquer et envoyer des ordres. Les fuites montrent que le groupe a été actif : les dirigeants du coup d’État recevaient des réponses de leurs subordonnés.

Selon les messages divulgués, le putsch était planifié pour commencer à 03 h 00 (heure locale), mais une situation d’urgence les a contraints à avancer le début des événements à Ankara et Istanbul.

Ils ont ensuite pris le contrôle des principaux bâtiments publics, ponts et aéroports.

Les messages montrent que le putsch a commencé à 21 h 30. Des unités de l’armée ont été envoyées dans les deux villes et 15 minutes après, elles avaient pris le contrôle des ponts qui traversent le détroit du Bosphore à Istanbul. Dix minutes plus tard, elles ont pris le contrôle du bâtiment de la TRT, une chaîne publique.

Les fuites indiquent également que les unités de l’armée sont arrivées à l’aéroport Atatürk d’Istanbul pour l’encercler à 22 h 00 et que les putschistes ont rencontré une résistance de la part de la police dans le quartier de Bayrampaşa, dans le centre d’Istanbul.

Les échanges comprennent la preuve de la volonté de certains agents de police de se joindre au coup d’État.

Les autorités turques ont pris connaissance du complot à 22 h 00, incitant les dirigeants du putsch à envoyer l’ordre à leurs soldats de tirer sur tous les membres des forces de sécurité qui leur résisteraient.

Les messages divulgués comprennent un ordre aux forces du coup d’État présentes sur les ponts du Bosphore de permettre à certains citoyens bloqués de partir et de tuer des policiers leur résistant et essayant de traverser le pont.

Des copies des messages divulgués ont confirmé que l’ancien commandant de l’aviation, le général Akin Öztürk, était le cerveau de la tentative de coup d’État et que le plan initial était de déclarer un état d’urgence et le couvre-feu et de mettre un terme à la circulation aérienne à 6 h 00.

CIA, CNN & coups d’État

Hürriyet a également signalé qu’il y a deux mois, un ancien agent du renseignement américain avait révélé qu’il avait discuté avec les responsables turcs de « la possibilité d’un coup d’État ».

Vendredi soir, CNN a accueilli plusieurs anciens agents de la CIA pour discuter de la tentative de coup d’État.

Parmi eux, l’ancien agent des renseignements Robert Baer, qui a déclaré avoir participé à des coups d’État réussis dans d’autres pays.

Baer a jugé que la tentative de coup d’État en Turquie n’était « pas professionnelle ». Il a ajouté que les putschistes auraient dû occuper le bâtiment de CNN Türk, où Erdoğan est apparu cette nuit-là via Facetime et a demandé au peuple turc de manifester contre le coup d’État.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.