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Tunisie : le ministre de l’Intérieur limogé pour sa « gestion du naufrage » des migrants

Selon les informations recueillies par MEE, c'est le « vide sécuritaire constaté par le chef du gouvernement » qui s’est rendu sur l'archipel de Kerkennah, qui a motivé la décision de limoger Lotfi Brahem




Lotfi Brahem, 55 ans, avait été nommé ministre de l'Intérieur en septembre 2017 (Facebook)
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Le ministre de l'Intérieur tunisien Lotfi Brahem a été limogé et sera remplacé, par intérim, par le ministre de la Justice, Ghazi Jribi, a annoncé mercredi la présidence du gouvernement.

Traduction : « Le Premier ministre Youssef Chahed a décidé de destituer Lotfi Brahem de ses fonctions de ministre de l’Intérieur et de charger par intérim l’actuel ministre de la Justice Ghazi Jribi »

Le texte officiel ne fournit aucune précision sur le motif de ce limogeage, décidé après une rencontre entre le Premier ministre Youssef Chahed et le président Béji Caïd Essebsi, mais selon le porte-parole ministère de l’Intérieur contacté par Middle East Eye, cette décision fait suite « à la gestion du naufrage » de dizaines de migrants au large de Kerkennah (à l’est de la Tunisie) et « à la sécurité » dans cette zone. 

Dans la nuit de samedi à dimanche, au moins 66 personnes sont mortes dans le naufrage de leur embarcation au large de Kerkennah, archipel situé en face de Sfax, la deuxième ville du pays.

Plus tôt dans la matinée, le ministre de l’Intérieur avait annoncé avoir limogé des responsables des services de sécurité à Sfax et à Kerkennah.

Selon un communiqué du ministère, « les résultats des investigations préliminaires » sur le naufrage ont montré qu'ils avaient failli à leur devoir « de façon directe ou indirect ».

Traduction : « Destitution de Lotfi Brahem – Y a-t-il un café ouvert ? J’aimerais fumer une clope » (clin d’œil satyrique en lien avec les cafés fermés pendant le Ramadan)

Au total, dix responsable de la Sûreté nationale et de la Garde nationale (gendarmerie) ont été limogés dont les directeurs de la Sûreté nationale et de l'unité des côtes maritimes à Kerkennah ainsi que celui de la Garde nationale à Sfax.

Toujours selon les informations recueillies par MEE, c'est le « vide sécuritaire constaté par le chef du gouvernement » qui s’est rendu sur l’île trois jours après le drame, qui aurait motivé cette décision. 

Ce limogeage intervient aussi après les récentes déclarations des partenaires européens de la Tunisie. Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, a suscité la polémique dimanche en parlant de « délinquants » et de « criminels » pour désigner les migrants tunisiens. 

Mardi, c’est le secrétaire d’État belge à l’Asile et à la Migration, Théo Francken, qui a demandé à ce que les bateaux de migrants en Méditerranée soient refoulés – ce qui est interdit par la Cour européenne – et qu’un traité soit conclu avec la Tunisie.

Le bilan des victimes du naufrage est toujours provisoire, des survivants ayant évoqué la présence d'au moins 180 personnes à bord au moment du naufrage dans la nuit de samedi à dimanche.

Il s'agit du naufrage de migrants le plus meurtrier en Méditerranée depuis le 2 février, quand 90 personnes, en majorité des Pakistanais, étaient mortes noyées au large de la Libye, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

En mars, 120 personnes, en majorité des Tunisiens, tentant de rejoindre clandestinement les côtes italiennes avaient été secourues par la marine tunisienne.

Les médias tunisiens rapportent que des manifestants se sont réunis devant le siège du ministère de l'Intérieur à Tunis, mercredi soir, pour exprimer leur soutien à Lotfi Brahem et lancer des slogans hostiles à Youssef Chahed, à leurs yeux « agent traitant à la solde d'Ennahdha ».

Sur les réseaux sociaux, certaines personnalités tunisiennes ont réagi, à l'instar de l'avocate Bochra Belhaj Hmida, du journaliste Neji Bghouri ou de l'ex-chef du gouvernement Mehdi Jomaâ. 

Traduction : « Pour redorer son image [en parlant de Youssef Chahed], il limoge un responsable. Dans les crises, on cherche toujours un bouc émissaire en négligeant les vraies solutions. La stabilité sert aussi à protéger l’État, ses institutions et ses responsables de certains calculs personnels »

Traduction : « Aujourd’hui, la bataille se joue entre l’État et les lobbies de la corruption et du détournement d’argent. Si on remporte cette bataille, la Tunisie sera en paix. À part ça, tout est mensonge et magouilles pour détourner l’opinion publique de la vraie bataille. Enfin, chacun est libre dans ses choix mais n’oublions pas que ce pays ne pardonnera pas »

Traduction : « Lotfi Brahem est limogé, Ghazi Jribi le remplace par intérim au ministère de l’Intérieur #ApprendsÀNager #ReposeEnPaixOmar [hashtags lancés suite à la mort du jeune Omar, supporter du Club africain] »

L'ex-ministre et secrétaire général du gouvernement Ridha Belhaj a déclaré sur la chaîne Nessma que le premier responsable du naufrage des migrants était Youssef Chahed.