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Turquie : Erdoğan annonce trois mois d’état d’urgence

L’état d’urgence donne aux autorités des pouvoirs étendus, notamment l’obtention plus facile de mandats de perquisition et d’arrêt
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a instauré l’état d’urgence pour trois mois ce mercredi (AFP)

ISTANBUL, Turquie – Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a instauré trois mois d’état d’urgence ce mercredi après le coup d’État manqué qui visait à l’évincer du pouvoir.

Erdoğan a publié une déclaration exposant l’état d’urgence après une session extraordinaire du Conseil national de sécurité à Ankara, qui a duré environ quatre heures et demie, et une réunion du cabinet de deux heures.

« Après une réunion de notre Conseil national de sécurité, nous avons décidé d’imposer un état d’urgence pour trois mois en vertu de l’article 120 de la Constitution », a annoncé Erdoğan dans une apparition télévisée en direct à Ankara.

« Ce n’est pas une décision contre la démocratie ou l’État de droit. En fait, cette décision permettra de protéger les droits de nos citoyens et protège également notre démocratie. »

L’état d’urgence donne des pouvoirs élargis au ministère de l’Intérieur et aux gouverneurs régionaux. Certains de ces pouvoirs étendus incluent la possibilité de gardes à vue plus longues, une obtention plus facile de mandats de perquisition et d’arrêt, ainsi que davantage de pouvoirs en matière d’arrestation et de fouille pour la police.

L’état d’urgence entrera en vigueur dès que le cabinet le présentera au Parlement pour approbation. Cependant, aucun responsable n’a indiqué quand cela pourrait avoir lieu.

« En tant que commandant en chef, j’affirme que nous allons continuer à nettoyer ce virus [les comploteurs du putsch] avec l’aide de l’armée et de l’ensemble des autres forces à notre disposition », a déclaré Erdoğan.

Ce dernier a également tenté de rassurer les investisseurs internationaux en attestant que l’économie turque était stable.

« Je vous assure que la Turquie ne déviera pas de sa trajectoire économique. Je vous assure que la Turquie reste sûre pour les investissements. La Turquie poursuivra ses réformes économiques sans interruption », a-t-il insisté.

« Il n’y a pas de problème de liquidité sur le marché et il n’y en aura pas. Nous nous en tiendrons à la discipline financière. »

« Notre gouvernement, les partis politiques et les organisations de la société civile ont montré leur attachement à la démocratie et l’État de droit. Je suis fier de ma nation, indépendamment des partis politiques », a poursuivi Erdoğan.

« Notre nation a défendu l’État et l’État a défendu le peuple », a-t-il ajouté.

Sa déclaration intervient après une nouvelle vague de licenciements et d’investigations. Environ 50 000 personnes ont été accusées, arrêtées, licenciées ou suspendues des services de l’État, notamment à la Justice, l’Éducation et la Défense depuis la tentative de coup d’État de vendredi.

Plus tôt dans la journée, Erdoğan avait déclaré à Al Jazeera que seule une minorité de l’armée avait participé au coup d’État.

S’exprimant en turc, il avait affirmé : « Il est clair qu’il s’agissait d’une minorité [des forces armées]. L’organisation terroriste a essayé de faire en sorte que la minorité domine la majorité. »

Il a indiqué que la Turquie « n’en avait pas fini » et a ajouté que les autorités travaillaient dans le respect du droit afin de poursuivre les conspirateurs présumés.

Parlant à CNN-Türk avant l’annonce, Mustafa Şentop, député de l’AKP et président de la commission parlementaire en charge de la Constitution, a déclaré : « Toutes les mesures constitutionnelles vont être analysées et c’est naturel. »

« Après une attaque aussi barbare par un gang utilisant des avions et des chars appartenant à l’armée, des mesures doivent être prises pour empêcher qu’une telle chose se reproduise et chaque aspect doit être étudié.

« La France a également instauré l’état d’urgence après les attentats de Paris. La Turquie fait face à une menace plus grande. Ce n’est pas comparable, nous parlons d’une tentative de renverser le gouvernement », a ajouté Şentop.

Le ministère turc de la Justice a publié mercredi une liste de 99 généraux et amiraux inculpés dans le coup d’État, ce qui représente environ un tiers des haut gradés de l’armée.

Le ministère de la Défense a également indiqué qu’il avait lancé des enquêtes sur chacun des juges et des procureurs militaires en Turquie.

Au total, 262 juges et procureurs militaires ont déjà été renvoyés dans le cadre de l’enquête, a-t-il indiqué.

Le Conseil de l’enseignement supérieur a quant à lui interdit à tous les universitaires de voyager à l’étranger. Il a annoncé que 6 538 fonctionnaires avaient été suspendus mercredi, ce qui porte le total des suspensions à plus de 20 000.

Le ministère de l’Éducation a entrepris de fermer 524 écoles qui « se livraient à des actes menaçant l’ordre constitutionnel ».

Plus de 20 000 enseignants du secteur privé ont également vu leur licence révoquée.

Les médias turcs ont également rapporté que Levent Türkkan, lieutenant-colonel et aide de camp du général Hulusi Akar, avait avoué avoir contribué au coup d’État.

Selon une déclaration écrite présentée aux médias, Türkkan a également admis être membre du mouvement dirigé par Fethullah Gülen, un religieux musulman vivant en exil auto-imposé aux États-Unis que le gouvernement accuse d’être derrière ce complot.

Deux juges de la Cour constitutionnelle, Alparslan Altan et Erdal Tercan, ont été officiellement placés en état d’arrestation.

Le colonel Ali Yazici, premier conseiller militaire d’Erdoğan, a également été placé en état d’arrestation.

Le ministère des Sports a renvoyé 245 employés, selon les médias officiels.

Amnesty International a rapporté mercredi que les autorités avaient bloqué l’accès à plus de vingt sites d’information, retiré les cartes de presse de 34 journalistes et émis un mandat d’arrêt pour l’une d’eux en raison de sa couverture du coup d’État.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.