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Un Algérien recherché par Interpol naturalisé au Liban

Plusieurs partis politiques libanais contestent un décret non publié autorisant la naturalisation d'environ 400 personnes. Parmi elles : un Algérien impliqué dans un scandale de corruption ou encore des proches de Bachar al-Assad


Farid Bedjaoui est poursuivi en Italie pour corruption dans le scandale Sonatrach-ENI (Capture d'écran/Interpol)
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Le Parti socialiste progressiste libanais (PSP) a introduit, le 14 juin, un recours auprès du Conseil d’État pour protester contre une série de naturalisations jugées « douteuses ». 

« Avec les Forces libanaises [FL, parti politique chrétien] et les Kataëb [Phalanges libanaises, mouvement politique essentiellement chrétien], le PSP fait partie des opposants à ce décret, entré en vigueur le 11 mai après sa signature par président, Michel Aoun, le Premier ministre, Saad Hariri, et le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, et qui n'avait pas été publié au Journal officiel, suscitant de vives réactions quant aux circonstances ''secrètes'' ayant entouré l'adoption du texte, dévoilée par des médias », note le quotidien libanais L’Orient Le Jour

Il s’agit d’un décret non publié, datant de janvier - mais que le ministère de l’Intérieur a fini par rendre public sur son site le 7 juin dernier - autorisant la naturalisation d'environ 400 personnes, à majorité palestiniennes et syriennes.  

Hommes d’affaires proches de Assad

Le même journal rapporte que le patriarche maronite Béchara Raï a également demandé aux responsable libanais « de retirer le décret controversé de naturalisation qui accorde la nationalité libanaise à près de 400 personnes, dont des hommes d'affaires syriens ». « Un décret promulgué sous le manteau et avec des noms suspects qui ne sont pas dignes de la nationalité libanaise », a déclaré le patriarche. Certaines personnes naturalisées seraient, selon les détracteurs de ce décret, des hommes d’affaires proches du président syrien Bachar al-Assad.

« Est-ce cela, le genre de personnes que le Liban honore en leur offrant la nationalité ? Le Liban ne souffre-t-il pas d’assez de corruption pour en plus importer les champions des contrats douteux ? »

- Parti socialiste progressiste libanais (PSP)

« Malgré la pression politique et populaire, les parties concernées restent muettes sur les raisons de l’octroi de la nationalité libanaise à ces personnes, d’autant que certaines personnes soulèvent beaucoup de doutes », s’emporte le Parti socialiste progressiste libanais dans un communiqué

Le parti de F cite le nom d’un des naturalisés, le franco-algérien Farid Bedjaoui : « On dit de lui qu’il est accusé d’avoir volé plus de deux milliards de dollars en Algérie, et qu’il fait partie des gens impliqués dans le scandale Sonatrach ». « Est-ce cela, le genre de personnes que le Liban honore en leur offrant la nationalité ? Le Liban ne souffre-t-il pas d’assez de corruption pour en plus importer les champions des contrats douteux ? », poursuit le PSP. 

Un scandale algérien

Farid Bedjaoui, qui séjourna longtemps au Liban, mais aussi au Canada, n’est, effectivement, pas un inconnu en Algérie. En février 2018, le parquet de Milan en Italie a requis huit ans de prison contre le neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, pour son rôle d’intermédiaire dans le scandale de corruption Sonatrach-ENI.

Avis de recherche émis par Interpol (Capture d'écran)

L’affaire porte sur une commission de 198 millions d’euros qui auraient été versés par Saipem, filiale du groupe italien ENI, à l’ancien ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, et à son entourage, à travers plusieurs sociétés offshore détenues par son « ami » Farid Bedjaoui. Les deux hommes se sont rencontrés la première fois au Liban, en 2002.

Recherché par Interpol depuis 2014, Farid Bedjaoui a vu une partie de ses avoirs, notamment au Liban, gelés par la police italienne.