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Un rapport sème le doute sur l’observation des élections soudanaises par l’Union africaine

Malgré un rapport interne proposant que les élections soient ajournées, l’UA a dépêché une délégation pour surveiller le scrutin aux dates initialement prévues
Un panneau électoral dans la banlieue de Mayo, à la périphérie de Khartoum, peuplée principalement de déplacés internes (AFP)

Alors qu’une controverse a éclaté sur le rôle de l’Union africaine (UA) dans la surveillance des élections au Soudan, les deuxièmes à être tenues en 26 ans, la commission électorale soudanaise a annoncé mercredi que le scrutin serait prolongé d’un jour.

La commission électorale nationale a indiqué mercredi qu’elle ne disposait pas encore des chiffres relatifs à la participation au vote, qui a été massivement boycotté par des figures de l’opposition et de jeunes activistes.

Le parti au pouvoir au Soudan, le Congrès national, a affirmé avoir 10 millions de membres sur les 13,6 millions d’électeurs enregistrés, mais ce chiffre ne se reflète pas dans la participation au vote.

Les activistes de l’opposition ont fait circuler par le biais du hashtag « Boycott the Blood Ballot » (boycottez le scrutin du sang) des images montrant des employés électoraux en train de dormir à leur bureau en attendant les électeurs.

Le vote a été prolongé d’une heure mercredi soir, et des personnalités médiatiques comme le chanteur populaire Walid Zaki al-Din ont exhorté les électeurs à accomplir leur « devoir national » et à aller voter.

Les responsables des élections ont admis que des « problèmes de sécurité et de logistique » avaient été constatés lors du vote – plusieurs bureaux de vote du sud-est de la capitale Khartoum ont indiqué qu’ils n’avaient pas reçu les cartes électorales et n’avaient donc pas été en mesure de fonctionner.

Des problèmes de sécurité ont empêché le déroulement du vote dans sept districts du Kordofan du Sud, la région riche en pétrole située à la frontière avec le Soudan du Sud, où une guerre entre les forces gouvernementales et des groupes rebelles armés fait rage.

La commission électorale nationale a précisé que l’élection avait été surveillée par des observateurs de la Ligue arabe, du bloc de pays d’Afrique de l’Est IGAD et de l’Union africaine.

L’UA a envoyé ses délégués observer le vote malgré une revue interne effectuée en mars, et dont une copie a été rendue publique mardi, indiquant que les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et transparentes, sur la base de ses propres critères, « n’avaient pas été satisfaites ».

Le rapport accablant révèle que les déplacements des observateurs électoraux seraient sévèrement restreints dans les zones de conflit et qu’un grand nombre des quarante-quatre partis participant aux élections étaient des « créations » du parti au pouvoir, le Congrès national.

L’UA peut envoyer ses représentants surveiller les élections se déroulant dans chacun de ses cinquante-quatre Etats membres, et a la capacité d’annuler ses missions d’observation si les élections sont jugées insatisfaisantes.

Toutefois, malgré un rapport de son propre département des Affaires politiques proposant que les élections soient ajournées, l’UA a dépêché une délégation pour surveiller les élections aux dates initialement prévues.

Selon un communiqué publié par la mission d’observation, l’équipe est impliquée dans la surveillance du vote, le comptage des voix et l’annonce des résultats, prévue pour fin avril.

Ahmed A. Adam, chercheur associé en politique du développement à l’université de Cornell, a déclaré à Foreign Policy que la décision de l’UA d’envoyer des observateurs risquait de « légitimer des élections fondamentalement irrégulières et truquées ».

Des représentants de l’UA, qui a également surveillé les élections en Egypte, en Tunisie et en Mauritanie, n’étaient pas disponibles pour commenter ces allégations au moment de la publication.

Khabele Matlosa, le directeur des affaires politiques de l’organisation, a cependant indiqué à Foreign Policy que l’envoi d’une délégation, loin de légitimer le vote, était la seule manière d’évaluer correctement les problèmes encourus lors de l’élection.


Traduction de l'anglais (original).