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Une réunion secrète entre un salafiste égyptien et Tzipi Livni suscite la controverse

Nader Bakkar, vice-président du parti salafiste égyptien al-Nour, a rencontré une femme politique israélienne de premier plan aux États-Unis
L’ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni se prépare à prononcer un discours lors de la campagne électorale 2015 à Tel Aviv, le 25 janvier 2015 (AFP)
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La révélation d’une rencontre secrète entre un leader salafiste égyptien et l’ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a déclenché une vive controverse dans les médias égyptiens.

Le tabloïd égyptien Youm7 a rapporté ce week-end que Nader Bakkar, le vice-président du parti salafiste égyptien al-Nour, a rencontré la femme politique israélienne en avril à l’université de Harvard, à la demande de Bakkar.

Bakkar a obtenu vendredi sa maîtrise en administration publique de la Kennedy School of Government de Harvard.

Toutefois, Livni avait avant cela visité Harvard le 16 avril pour donner une conférence sur le conflit israélo-palestinien.

Des sources auraient indiqué au journal égyptien que, après avoir découvert que Livni venait s’exprimer, Bakkar a contacté la société pour organiser une réunion à huis clos avec Livni. Elle a accepté et la réunion s’est tenue au sein de l’université après sa conférence.

Youm7 a rapporté : « La réunion de Nader Bakkar avec Tzipi Livni a duré environ 40 minutes, au cours desquelles Bakkar a parlé de la force du parti al-Nour et de sa popularité, qu’il était la principale raison du succès des Frères [musulmans] après la révolution du 25 janvier… »

Absence de commentaires

Livni n’a pas fait part de la réunion à l’époque, mais des sources proches d’elle ont confirmé à l’Israel Broadcasting Authority (IBA) que la réunion avait bien eu lieu.

Ces sources ont dit à l’IBA qu’elles croyaient que l’information concernant la réunion avait été divulguée par des factions égyptiennes opposées à la normalisation des relations avec Israël.

La révélation de cette réunion intervient après la visite controversée du ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shokry en Israël dimanche soir.

Livni a occupé différents postes ministériels entre 2001 et 2014, et a été ministre des Affaires étrangères entre 2006 et 2009.

La police britannique a tenté de l’interroger plus tôt ce mois-ci par rapport à des crimes de guerre qui auraient été commis contre les Palestiniens pendant le conflit de 2008-2009 avec Gaza, connu en Israël sous le nom d’Opération Plomb durci.

Elle est actuellement une personnalité de premier plan dans l’Union sioniste, parti d’opposition de centre-gauche.

Bakkar, pour sa part, est l’un des salafistes les plus importants d’Égypte. Le salafisme est une forme ultraorthodoxe de l’islam.

Le parti al-Nour, bras politique du mouvement égyptien Appel salafiste, est un véhément partisan du coup d’État militaire qui a renversé Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu d’Égypte et membre des Frères musulmans rivaux.

Malgré la répression implacable du président Abdel Fattah al-Sissi contre les groupes islamistes en Égypte, le parti al-Nour est resté un allié fidèle de l’autoritaire dirigeant égyptien.

Comme Livni, Bakkar a refusé de commenter cette rencontre secrète, postant à la place un tweet fêtant son diplôme.

Traduction : « Merci à tous ceux qui m’ont félicité pour mon diplôme de Harvard, si Dieu le veut, je travaillerai dur pour utiliser ces connaissances pour les fils de mon pays et mon oumma [communauté islamique mondiale]. Je joins de nouvelles photos :) » –  نادر بكار (@naderbakkar)

Répercussions

Le député pro-gouvernement Mostafa Bakry, connu pour ses coups d’éclats extravagants et controversés, a déclaré aux médias égyptiens : « C’est un scandale que veut Nader Bakkar, et cela le place dans les rangs de ceux qui veulent la normalisation avec l’ennemi israélien. »

Il a également lié cette rencontre secrète « avec ses études suspectes [celles de Bakkar] à l’Université américaine de Harvard. »

Mazhar Shaheen, l’un des religieux pro-gouvernement les plus importants d’Égypte, a publié un commentaire sarcastique sur Facebook : « Les gars, ne faites pas grand cas de cette situation et ne soyez pas injuste envers lui… C’est vrai, pourquoi aurait-il rencontrer Tzipi Livni, la ministre sioniste ? Je crois qu’il essayait de la convaincre de porter le niqab… ou il pensait que le chemin vers Ittihadiya [le palais présidentiel égyptien] passe par Tel Aviv. »

« La chose la plus importante est qu’elle n’a rien photographié », a poursuivi Shahin. « Cette dame a de l’expérience dans la photographie de rencontres comme celles-ci. »

Il faisait allusion à un article datant de 2012 publié par le quotidien égyptien al-Masry al-Youm qui accusait l’ancienne ministre des Affaires étrangères d’avoir piégé d’importantes personnalités arabes au moyen de scandales sexuels.

The Times of Israel a rapporté que des sources proches de Livni à l’époque affirmaient que ces accusations étaient « insensées et absurdes ».

Interrogé par Youm7 sur la rencontre secrète, Yasser Borhami, vice-président du mouvement salafiste, a répondu sans ambages : « Allez lui [Bakkar] demander. Je n’ai rien à voir avec cette affaire. »

Le moment choisi pour ces révélations et la réaction des médias pro-gouvernementaux ont conduit au moins un militant de l’opposition égyptienne à spéculer que le gouvernement lui-même avait divulgué l’information pour détourner l’attention de la visite controversée de son propre ministre des Affaires étrangères en Israël.

Traduction : « Un président de la République nommé al-Sissi était un enfant qui voulait couvrir la visite du ministre des Affaires étrangères en Israël alors il a révélé qu’un autre enfant nommé Nader Bakkar avait rencontré Tzipi Livni. »

Ce feuilleton a également fourni aux Égyptiens l’occasion de se livrer à l’humour qui les caractérisent, un utilisateur des réseaux sociaux publiant un tweet montrant la barbe traditionnelle et indisciplinée de Bakkar se raccourcir progressivement de 2011 jusqu’à aujourd’hui.

Traduction : « Les étapes [de droite à gauche] du développement de la barbe de Nader Bakkar de la barbe révolutionnaire de janvier à la barbe de coup d’État à la mode qui l’a jeté dans les bras de Livni, la ministre des Affaires étrangères sioniste. Borhami est son modèle. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.