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VIDÉO : Des agents infiltrés israéliens s’en prennent aux manifestants à Bethléem

MEE a vu des hommes cagoulés et habillés en manifestants palestiniens dégainer leur arme et les pointer vers des badauds tandis que leurs collègues attrapaient un jeune Palestinien
Des agents infiltrés israéliens dégainent leur arme lors d’affrontements devant l’hôtel de luxe Jacir Palace à Bethléem (MEE)

BETHLÉEM, Cisjordanie – Abdelraham Hassan, 23 ans, était aux premières loges des manifestations qui ont eu lieu vendredi à Bethléem lorsque des hommes qui semblaient être six manifestants palestiniens cagoulés ont dégainé leur arme puis ont cherché à attraper les jeunes Palestiniens qui se trouvaient autour d’eux.

Il est devenu immédiatement évident que les six hommes, vêtus de t-shirts et de jeans et portant des foulards et des masques pour se couvrir le visage, étaient en réalité des agents israéliens infiltrés, tandis que d’autres agents israéliens en uniforme remontaient la rue et se mettaient en position pour les couvrir.

« Tout était très calme au moment de la manifestation – [les soldats israéliens] ne lançaient pas de gaz lacrymogènes et ne tiraient pas, ils ne faisaient rien du tout, a témoigné Abdelraham Hassan. Il y avait environ 30 hommes dans le cortège pendant [ces instants] de calme. Et puis d’un coup, six d’entre eux ont sorti leur arme sans prévenir, et tout le monde est parti en courant. »

Abdelraham Hassan prenait des photos, sans filmer, lorsque la situation est devenue chaotique. Avant qu’il ne puisse commencer à filmer, a-t-il précisé, l’un des agents infiltrés s’est dirigé vers lui et le journaliste qui se trouvait juste à côté, puis les a visés à la tête avec son pistolet, leur ordonnant de partir.

« Il n’avait pas le temps de s’occuper de nous, et on a seulement eu l’impression qu’on ne faisait pas partie de leur mission. Ils étaient là pour arrêter les manifestants, et ils en avaient déjà mis un à terre, donc je me suis mis à filmer seulement à ce moment-là, a continué Abdelraham Hassan. Mais c’était terrifiant : on sait que ces gars-là, ces agents infiltrés, ont reçu des ordres qui les autorisent à abattre quelqu’un en toutes circonstances. »

Les agents infiltrés ont réussi à garder un jeune homme sous leur contrôle. Les manifestants pensaient au départ que trois d’entre eux avaient été attrapés, mais les deux autres se sont enfuis.

L’un des jeunes hommes qui étaient presque maîtrisés s’est débattu et a réussi à s’échapper, emportant avec lui un foulard rouge appartenant à l’un des agents. Les manifestants se sont fait passer ce foulard d’apparence ordinaire, seule preuve tangible de ce qui venait de se produire dans leur rue.

Les manifestants se sont fait passer un foulard porté par l’un des agents, un symbolique keffieh palestinien (MEE/Abed al-Qaïsi)

C’est la deuxième fois en moins d’un mois que les forces israéliennes se font surprendre par les caméras en train d’avoir recours à des agents infiltrés pour capturer des manifestants palestiniens.

En octobre, plusieurs journalistes de la ville d’al-Bireh, attenante à Ramallah, en Cisjordanie occupée, ont filmé des agents israéliens en train d’arrêter plusieurs jeunes hommes et de leur tirer dessus pendant une rafle. La vidéo de l’événement a rapidement fait le buzz.

Abdelraham Hassan a déclaré qu’il n’avait plus vu de rafles d’agents infiltrés semblable à celle de vendredi depuis la deuxième Intifada, durant laquelle les forces israéliennes avaient attaqué puis arrêté un de ses camarades de classe tandis qu’ils rentraient de l’école ensemble.

On sait qu’Israël dispose d’un groupe d’agents de police infiltrés parlant parfaitement l’arabe et très au fait de la culture locale.

Les Palestiniens ont un mot pour décrire les Israéliens qui s’infiltrent dans leur communauté : les moustaarabine, terme désignant quelqu’un qui se déguise en Arabe.

Dans les manifestations auxquelles participent des jeunes gens issus de différents quartiers, il est d’usage pour les manifestants de rentrer leur chemise dans leur pantalon, et d’interroger ceux qui ne font pas de même. Cette pratique permet de prouver que l’on n’a pas de pistolet dissimulé à la ceinture.

Abdelraham Hassan a expliqué que des jeunes hommes de Bethléem ont déjà commencé à envisager différents moyens pour empêcher les agents israéliens de s’infiltrer à nouveau dans les manifestations.

« Les jeunes disent que, désormais, ils refusent que qui que ce soit se couvre le visage, a-t-il précisé. [En ce moment], ils portent des foulards pour tenter de dissimuler leur identité afin que les Israéliens ne les arrêtent pas par la suite. Mais maintenant, ils disent : ‘’Ça suffit. Si vous avez peur, ne venez pas.’’ »

Traduction de l’anglais (original) par Mathieu Vigouroux.