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VIDÉO : L’armée israélienne menace les réfugiés palestiniens par haut-parleur

Des soldats ont annoncé au camp de réfugiés d’Aïda : « Si vous lancez des pierres, nous vous gazerons jusqu’à ce que vous mouriez tous – les jeunes, les enfants, les personnes âgées »
Un véhicule militaire israélien parcourt le camp de réfugiés d’Aida, dans la ville cisjordanienne occupée de Bethléem, dans la nuit du 29 octobre 2015 (capture d’écran MEE)

BETHLÉEM, territoires palestiniens occupés – Yazan Ikhlayel, 17 ans, se trouvait au centre communautaire du camp de réfugiés d’Aïda, à Bethléem, lorsque des militaires israéliens ont assailli le camp. Yazan Ihklayel s’est servi de son iPhone pour filmer la jeep israélienne qui avançait le long d’un des axes principaux du camp en envoyant du gaz lacrymogène, lorsqu’un soldat a commencé à diffuser un message aux habitants à l’aide de l’un des haut-parleurs de la jeep.

« Habitants du camp de réfugiés d’Aïda, nous sommes l’armée d’occupation », commençait le message.

« Si vous lancez des pierres, nous vous gazerons jusqu’à ce que vous mouriez tous – les jeunes, les enfants, les personnes âgées ; vous mourrez tous. »
Le soldat a continué à proférer en arabe de nouvelles menaces et des insultes à l’encontre des habitants du camp d’Aïda. Cependant, selon Yazan Ikhlayel, c’est vraiment la première phrase qui a choqué les gens.

« Pour moi, le plus important avec cette vidéo, c’est de pouvoir montrer au monde le véritable visage de la ‘’démocratie’’ israélienne », a déclaré Yazan Ikhlayel à Middle East Eye.

« Maintenant, ils reprennent nos propres mots, ils représentent l’occupation – ils ont dit ‘’nous sommes l’armée d’occupation’’. C’est la preuve que c’est un État d’apartheid, que ce n’est pas du tout démocratique. »

« C’est la première fois que je les entends déclarer une telle chose par haut-parleur pour être entendus de tous », a poursuivi Yazan Ikhlayel.

« Les jeunes n’acceptent pas ce que les soldats font, surtout en ce moment. Ils descendent dans la rue [pour manifester] tous les jours, et ils ne s’arrêtent pas. Ils n’ont pas peur d’eux. »

Lorsque nous lui avons demandé s’il pensait que le message des soldats ferait peur aux jeunes au point de mettre fin aux manifestations, Yazan Ikhlayel a secoué la tête en signe de « non » catégorique.

« Nous n’arrêterons qu’à la fin de l’occupation », a-t-il insisté.

Yazan Ikhlayel s’entretenant avec MEE (MEE/Abed al-Qaisi)

Mohammed al-Azza est un journaliste indépendant vivant dans le camp de réfugiés d’Aïda. Il était dans la rue pour prendre des photos lors de l’attaque menée jeudi contre le camp.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui n’est pas normal. Ils ont attaqué le camp de façon insensée. Certes, il y avait des manifestants dans la rue, mais les soldats ne cherchaient pas spécifiquement à balancer des gaz lacrymogènes sur les gamins qui manifestaient », a déclaré Mohammed al-Azza.

« Aujourd’hui, le principal objectif était de faire du mal aux habitants du camp plutôt que de tenter d’arrêter les manifestants dans la rue. »

Selon Mohammed al-Azza, les forces israéliennes essaient de pousser la communauté à faire pression sur les jeunes pour qu’ils arrêtent de manifester, au lieu de s’attaquer perpétuellement aux manifestants dans le cadre de ce jeu du chat et de la souris qui se joue tous les jours depuis le 2 octobre entre les jeunes et les forces israéliennes.

« Voilà bien longtemps que nous n’avions pas vu les soldats recourir aux haut-parleurs comme cela », a déclaré Mohammed al-Azza.

« Mais il y a vraiment un terme qui nous a surpris – d’habitude, ils se présentent comme l’Armée de défense israélienne, ils ne reprennent jamais notre terme d’Armée d’occupation israélienne. Pour nous et pour les gens de l’étranger, c’est bien d’entendre ça. Ils nous l’ont dit concrètement : ‘’Nous sommes l’occupation’’. »

Mohammed al-Azza espère que les gens regarderont la vidéo et réfléchiront à ce que peut être la réalité quotidienne pour les Palestiniens qui vivent sous occupation militaire.

« D’habitude, lorsqu’on parle de la Palestine, on raconte aux gens de l’étranger ce qui se passe, et en général on le fait à la suite des actions israéliennes, mais aujourd’hui, c’est une bonne chose que les gens puissent entendre ce qui se passe de la bouche des soldats israéliens. Dans leur message, ils ont dit : ‘‘Nous allons vous tuer, et nous vous ferons ceci et cela’’. Il est vraiment important que la communauté internationale entende ce genre de propos qu’ils nous donnent à entendre tous les jours.

Mohammed al-Azza s’entretenant avec MEE (MEE/Abed al-Qaisi)

Au moment où les soldats israéliens ont mis le haut-parleur en marche, Akkram Huessni et quelques-uns de ses amis portaient des masques à gaz et se déplaçaient dans tout le camp de réfugiés d’Aida pour aider les autres habitants à se mettre en sécurité. Akkram Huessni n’en croit toujours pas ses oreilles.

« Ce soir, tout le monde au camp s’est réuni pour en discuter ; ce soir, on ne parle de rien d’autre que ce que les soldats [israéliens] ont dit et fait ici », a expliqué Akkram Huessni.

« Ça nous a vraiment choqués, et j’ai encore du mal à en croire mes oreilles, et c’est ce que tout le monde dit aussi. C’est vraiment un grand choc pour nous, non pas de les avoir entendus tenir ce genre de propos, mais parce qu’ils les ont prononcés haut et fort, et en public », a précisé Akkram Huessni.

« Mais ce qui est vraiment effrayant, c’est que ce ne sont pas des paroles en l’air – nous l’avons vu aujourd’hui et nous les croyons quand ils disent vouloir tuer les habitants du camp. »

Akkram Huessni a déclaré avoir secouru jeudi avec ses amis des dizaines de personnes qui s’étaient retrouvées piégées dans les nuées de gaz. Par moments, tout ce qu’il pouvait voir autour de lui était blanc, a-t-il relaté.

« Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on a eu le sentiment de devoir mettre en place un groupe avec des membres dans toutes les rues du camp afin d’assurer la sécurité de tous. Ils envoyaient le gaz directement dans les maisons. Un bébé de deux mois a été gazé aujourd’hui, il est maintenant à l’hôpital avec ses parents », a déclaré Akkram Huessni.

« Tout cela était un choc ; certes, leurs propos étaient insensés, mais les actes des soldats l’étaient également – nous sommes vraiment convaincus qu’ils pensaient ce qu’ils ont dit dans cette vidéo. »

Akkram Huessni s’entretenant avec MEE (MEE/Abed al-Qaisi)

Traduction de l’anglais (original) par Mathieu Vigouroux.